‹ Du polythéisme romain (volume 2)Chapitre 139 sur 188 · LIV. XVII. CHAP. m · texte numérisé non relu

LIV. XVII. CHAP. m

odieux aux hommes d'état accoutumés A une religion nationale^ pratique et ayant un culte extérieurement constitué.

Une religion dirigée entièrement vers l'invisible, sans culte qui frappât les regards, sans forme nationale, n'appartenant à aucune société ou peuple en particulier, était pour les hommes d'état de l'antiquité une chose inouïe. Sous ce rapport, le judaïsme qu'ils méprisaient leur paraissait valoir encore mieux que le christianisme. Les Juifs eux-mêmes, dit Cécilius , les Juifs, un misérable peuple, séparés de toutes les autres nations , ne reconnaissent à la vérité qu'un seul Dieu, mais au moins , ils le reconnaissent publiquement , dans des temples, avec des autels, des sacrifices, des cérémonies.

Celse dit de même, la religion des Juifs, quelle qu'elle soit, est au moins une religion nationale; et, sous ce rapport, les Hébreux se conduisent comme tous les autres hommes qui suivent leurs institutions héréditaires, ce qui semble utile, non seulement parce que les individus doivent observer les lois que toute la nation s'est données, mais aussi parce

qu'il est probable qu'à l'origine du monde les diverses parties de la terre ont été soumises à différentes divinités, qui leur ont imposé leurs institutions religieuses , de sorte qu'il y a sacrilège à renverser ces institutions.

Le christianisme , qui ne pouvait s'établir que sur la ruine de toutes les autres religions, semblait, vu l'union intime que l'on supposait entre la religion et l'état, ne pouvoir s'établir que sur la ruine de l'état.

Il était donc , dans ses rapports avec l'existence humaine , diamétralement opposé isur plusieurs points à l'idée que les politiques se faisaient de la religion. A leurs yeux, elle devait être essentiellement liée aux intérêts nationaux, civils et terrestres; la vie était le but ; la religion , un moyen. Les chrétiens considéraient au contraire la vie comme un moyen de parvenir à un autre but.. Leur enthousiasme pour un monde futur les détachait des soins de ce monde et de toute occupation du présent; l'amour de la patrie, que les hommes d'état voulaient appuyer sur la religion , souffrait du détachement qu'inspirait le christianisme. Aussi nommait- on les clirctiens

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