ROYER-COLLARD
Habile à la spéculation, rompu aux sciences exactes, nourri de Descartes et de Leibnitz, il honora grandement la chaire de philosophie, à la Faculté des Lettres. L'homme d'État continua le professeur. On admira, dans les assemblées politiques, l'ampleur et la puissance oratoire par lui déployées, au service de la tradition ou des nouveautés, qu'il avait prises sous le patronage de sa raison. Une raison supérieurement ferme, quand cette fermeté ne dégénérait pas en intransigeance et en partialité. C'était un caractère tout d'une pièce, un esprit altier, dogmatique, se drapant volontiers dans un langage d'oracle, mais capable aussi de s'assouplir, de montrer beaucoup d'à-propos, de finesse. 11 eut des mots à la Talleyrand. C'était prudence, en conversant avec lui, de ne pas s'exposer aux vivacités de ses ripostes. Royer-CoUard avait la fierté de sa bourgeoisie intacte autant que les aristocrates de leur blason plus ou moins trouble. L'abbé de Montesquiou lui demandait un jour, sur le ton de la plaisanterie : « Voulez-vous que le roi rctis fasse comte? — Comte vous-même », lui répliqua-t-il de sa voix mordante.