TACITE
Le modèle des historiens par l'énergie calme, ^ni réside en ses jugements, il a contribué à élever et à fortifier la pensée humaine. Napoléon haïssait ce peintre sans complaisance de la vie scandaleuse des Césars : « Tacite! Tacite! ne me parlez pas de ce pamphlétaire, il a calomnié les empereurs Tibère et Néron. » L'un des auditeurs de la tirade, un diplomate, François Cacault, s'approcha de Napoléon Bonaparte et lui dit à mi-voix, en souriant : « Sire, esi>ril. de corps J esprit de corps! »
TALLEYKAND (LE PKLNCE DE)
Deux volumes chargés de faits et de considérations : il n'en fallait pas moins pour établir historiquement, avec preuves, que Tallejrand fut un grand diplomate et un personnage de beaucoup d'esprit rli. La page est restée blanche, où nous aurions voulu pouvoir inscrire aussi que l'évéque d'Autun fut un modèle de vertu. Vertu, principes, honneur, devoir, il connaissait tout cela par définition ; il savait donner à ces mots la valeur
[l) Un terrible jugeur, Barbey d'Aurevilly, n'y aurait pas accordé tant d'espace, lui qui prétendait enfermer tout l'homme en ces deux lignes : « Talleijrand, une tèle creuse et éventée, (ju'oa avait prise jxnir une tête de génie, parce qu'elle était inipertinemnient posée sur une cravate blanche à trente-six tours l »
350 GALERIE ANECDOïIQUE ET CUIÏIQUE
théorique, qu'excellent à leur imprimer des lèvres éloquentes. On s'en aperçut bien, en la fameuse séance académique du 3 mars 1838, où> devant une assistance d'élite, courbaturée de respect et d'admiration, lui, le moins scrupuleux des hommes d'État, il dressa des autels à la bonne loi. A l'entendre, ce jour-là, à le considérer si ferme en sa contenance, si sûr de sa parole, on aurait juré qu'il n'appliqua jamais d'autre règle dans les développements de sa longue carrière. « Ce bon sujet de Talleyrand! » disait Joseph de Maistre.