‹ Du prince de Benevent au due de MornyChapitre 7 sur 130 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Sous les deux monarchies : ministre et ambassadeur.

Lenteur des dernières signatures; les difficultés que rencontre Talleyrand à obtenir ses passeports. — Son départ de Vienne; les raisons qui le font s'attarder en route. — Une rencontre sensationnelle avec Louis XVIII, à Mons, sur le chemin du retour en France. — Demi-brouille, et la revanche de Talleyrand, premier ministre. — Courte durée de sou ministère; les motifs principaux de sa chute; Tin i initié du tsar de Russie. — Hors du pouvoir ; opposition insidieuse ou déclarée de Talleyrand. — A la Cour de Louis XVIII; le prince dans son rôle de grand-chambellan. — A la Chambre des Pairs. — Spectateur et critique des fautes de la Restauration. — Vers la maison d'Orléans. — Au lendemain de la chute de Charles X. — Une importante conversation avec Louis-Philippe. — Sa nomination d'ambassadeur à Londres. — Heureuse période de sa carrière finissante. — Les succès qu'il moissonne, auprès de la haute société britannique et dans la suite de ses négociations, à la Conférence de Londres. — Les affaires de la Belgique, du Luxembourg, tout à l'heure de la Quadruple alliance. — Entre deux déplacements. — Les changements qu'il a vu s'opérer dans la politique anglaise, intérieure ou étrangère. — Déclin de son influence. — Palmerston et Talleyrand : opposition de leurs caractères et de leurs desseins. — Comment le prince de Talleyrand, sur la crainte de compromettre des avantages précédemment obtenus, se décide à quitter la partie.

Le 8 juin I8I0, le Congrès avait clos par « l'Acte final » ses délibérations épineuses. Les signatures avaient tardé plus longtemps, néanmoins, que ne s'y était attendu Talleyrand, qui, dans sa lettre du 27 mai, au roi Louis XVIII lui annonçait pour le lendemain, ou le surlendemain, l'accomplissement de cette dernière formalité.

Depuis un certain temps, des difficultés nouvelles

s'étaient amassées, traînant le départ du représentant des Bourbons qui, ses malles toutes prêtes, brûlait de courir sur les chemins, où l'appelaient les intérêts de la France et les siens (1). Des intrigues s'étaient reformées du côté de la Prusse et de la Russie, prétendant remettre en question des points décidés ou qui devaient l'être.

Un autre motif que celui de lasser la patience du diplomate français avait empêché qu'on le laissât quitter Vienne aussi aisément et aussi vite qu'il l'eût souhaité.

Le soupçon continuait à planer sur sa tête. L'équivoque et le doute le suivaient comme une ombre persistante, eti celte cour de Vienne à laquelle il avait rendu et voulu rendre tant de bons offices, au plus fort de la domination napoléonienne. Ce n'était pas de la veille, en réalité, qu'on y recueillait avidement les propos les moins croyables tenus à son sujet par les oisifs du monde et de la rue. A l'empereur François quelqu'un était venu dire, récemment, en grande confidence, que Talleyrand, malgré ses déclarations publiques contre l'usurpateur, malgré son zèle affecté contre tout ce qui portait le nom de Bonaparte, avait entretenu une correspondance suivie avec Napoléon, pendant le séjour de l'île d'Elbe et par l'intermédiaire d'Augereau. Sans objecter rien de précis à l'invraisemblance de la délation,

(1) Dès le 28 avril 1815, Jaucourt le pressait d'accourir : « Il faut que vous arriviez. Vous ferez, en ce moment, votre place comme vous voudrez. Le ministère sera composé comme vous le voudrez encore. Si ce ministère est fort, les anciennes habitudes, les prédilections, les préjugés de Monsieur lui céderont. » (Jaucourt, Lettreà TuHei/raml, 28 Si\ri\ 1815.)

Surun antre ton, deux jours plus tard, Pozzo di Borgo adressait cette sorte d'invitation à iN'esselrode :

« Si M. de Talleyrand n'est pas parti, chassez-le de Vienne, sa présence ici est indispensable; il ne peut, maintenant être utile qu'auprès du roi. » (Pozzo di Borgo, Lellre jMriicultèie, Gand,30 avril/12 mai 1815.)

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