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V. Conclusion

I. — lie sud ponvani ré«aller «e l'énercie «a prteeipe «e populaiten est remé^ii^Ue p«r Im PréTeyanee, ~ C^ntrainte nerale ûe WÊmHhum ou UmitAiioB préventive de la pepultttieB.

Uobstacle que Malthus conseille d'opposer au principe de population pour éviter les funestes effets de l'excessive concurrence, la baisse des salaires S la

* V. ÉlémenUi de Vécon. polit, y chap. xx.

misère et l'action meurtrière des obstacles répressifs, c'est la prudence dans le mariage, qu'il a nommée moral restreint y expression que MM. Prévost, de Genève, ses traducteurs, n'ont peut-être pas exactement rendue par celle de contrainte morale^ bien qu'à tout prendre il fût difficile de la traduire autrement. Il se résume dans le conseil de ce père de famille qui recommande à ses enfants de mettre le plus grand soin à proportionner le nombre de leurs enfants à leurs .moyens d'entretien, c'est-à-dire au revenu de leur capital, de leur industrie ou de leur travail. Ne vous mariez, dit-il principalement aux pauvres, et n'ayez des enfants que lorsque vous pourrez les nourrir. Songez que votre famille n'a d'autre appui que vousmême, et que les moyens avec lesquels on a pu endormir votre jugement et votre prévoyance seront impuissants pour vous tirer de la misère dans laquelle vous tomberez, sous l'influence de laquelle vous ou les vôtres serez sans cesse exposés à devenir la proie des maux et des vices qui poussent les gêné* rations vers la tombe 1

Malthus a discuté en détailla liste des améliorations capables d'apporter un soulagement aux classes nécessiteuses, et, après avoir apprécié la portée de ces améliorations, il revient à son conseil pour en développer les effets avec plus de force et d'énergie dans un appendice de son ouvrage qui en forme la cinquième partie, et dans lequel, après avoir réfuté de

LÀ PRéVOTANCE, GORTRAIIITE MORALE, ETC. 79

nouveau les principales objections faites à ses idées, il résume toute sa doctrine. En le relisant, nou§ nous sommes de nouveau convaincu que toutes les critiques, depiHS les plus bienveillantes jusqu'aux plus outrées, ne sont vraiment pas justifiées par ce que cet homme de bien a écrit.

Quelques publicistes, et de ce nombre M. de Sismondi, admettant la tendance de la population à dépasser les subsistances, en lont proclamé la fatalité, ainsi que l'inutilité du remède.

Malthus n'a pas donné dans cette erreur, nous ne saurions trop le répéter. Il pense que la population en excès peut ne pas naître ; car Thomme est intelligent et libre : il peut prévenir le mal, et éviter le danger quand il le connaît; sans cela il faudrait avouer qu'il serait moins bien partagé que certains animaux, qui ne naissent pas où ilsnepeuventpas vivre. C'estfaute de l'avoir lu complètement, ou pour l'avoir oublié, qu'on lui a reproché cette désolante conclusion ; car il s'est donné beaucoup de peine pour montrer l'efficacité du remède, à côté du danger qu'il a voulu faire ressortir dans toute sa vérité. Et, si nous ne pouvons rapporter ici toutes les erreurs commises dans èe sens, même par des hommes dont la parole a eu de l'autorité, nous relèverons cependant celle que nous avons trouvée avec bien du regret dans les premières pages des Harmonies économiqiies, que l'auteur a voulu atténuer plus tard dans un chapitre spécial sur la po-

pulation, écrit pour la seconde édition de son livre, et qu'il aurait complètement réparée, nous le croyons, s'il avait eu le temps de relire Malthus. Nous avons dît que Bastiat avait gratuitement prêté à ce dernier ridée qu'à chaque excédant de moyens d'existence correspond forcément un excédant supérieur de population. C'est par suite de cette méprise, entretenue dans son esprit par les déclamations des écrivains socialistes et autres , qu'oubliant ce qu'il avait lu il reproche à Malthus* d'avoir abouti à la fatalité de l'obstacle répressif : le vice, la misère, la guerre, la peste, la famine et la mortalité, « soit, ajoute-t-il, au paupérisme inévitable; » de n'avoir vu que le côté sombre de la question de population, et d'avoir soulevé l'esprit public par des conclusions décourageantes*. Or la conclusion de Malthus est toute différente ; Malthus a précisément fait tous ses efforts pour montrer comment le danger pouvait être conjuré, comment le paupérisme pouvait être évité. Bastiat s'est laissé induire en erreiu* par oubli ; et la preuve, c'est que les conséquences auxquelles cette erreur le conduit sont en contradiction avec l'approbation éclatante qu'il donne directement et indirectement aux

*■ Haitnonies économiques» Introduction : A la jeunesse française, V. p. 8 , note. Lorsque Bastiat a écrit ce livre, il se sentait mourir. Il n*a pas eu le temps, en plusieurs points, de se raccorder avec lui-môme.

* Ibid , chap. xvi : De la population.

Là PRÉVOTAMCB, contrainte lORALE, ETC. 8i

idées deMalthus ; c est que, à l'exception de ces contradictions qui lui ont échappé, on voit que, s'il dit souvent mieux que l'économiste anglais, il ne dit pas autrement, tout en ayant le tort de croire qu'il présente un système plus nouveau et plus cx>nsolant que celui de Malthus.

Citons, à Tappui de notre appréciation et des idées de Malthus, deux belles pages de ce remarquable écrivain. « On ne se fait pas une idée morale du vaste domaine de la prévoyance, que le traducteur de Malthus a beaucoup circonscrit en mettant en circulation cette vague et insuffisante expression, con" trainte morale, dont il a encore amoindri la portée par la définition qu'il en donne : « La vertu qui consiste à ne point se marier quand on n'a pas de quoi faire subsister une famille, et toutefois à vivre dans la chasteté. » Le tort, s'il y en a un, appartient à Malthus, qui a dit : moral restreint, et qu'il est difficile de traduire d'une manièi^e plus heureuse. Mais il était également très-difficile à Malthus de prendre un terme plus à l'abri des critiques, pour exprimer une abstention, une prudence, qui aurait exigé bien des périphrases dans le cours du discours. Quant à la définition en elle-même, on va voir qu'elle est l'exacte expression des développements que Bastiat donne à sa pensée et qui se retrouvent aussi dans Malthus, seulement en termes moins élégants. Nous continuons la citation. « Les obstacles que l'intelli-

83 DU PRINCIPE Ofi POPULATION.

génie société humaine oppose à la multiplication possible des hommes prennent bien d'autres formes que celle de la contrainte morale ainsi définie. Et, par exemple, qu'est-ce que cette sainte ignorance du premier âge, la seule ignorance sans doute qu'il soit criminel de dissiper, que chacun respecte, et sur laquelle la mère craintive veille comme sur un trésor? Qu'est-ce que la pudeur qui succède à l'ignorance, ai'me mystérieuse de la jeune fille, qui enchante et intimide l'amant, et prolonge en l'embellissant la saison des innocentes amours?..'. Qu'est-ce que cette puissance de l'opinion qui impose des lois si sévères aux relations des personnes de sexes différents, flétrit la plus légère transgression de ces lois?... Qu'est-ce que cet honneur si délicat, cette rigide réserve, si généralement admirée même de ceux qui s'en affranchissent, ces institutions, ces difficultés de convenance, ces précautions de toutes sortes, si ce n'est l'action de la loi de limitation manifestée dans l'ordre intelligent, mord\, préventif, et par conséquent exclusivement humain ?

« Que ces barrières soient renversées, que l'espèce humaine, en ce qui concerne l'union des sexes, ne se préoccupe ni de convenances, ni de fortune, ni d'avenir, ni d'opinion, ni de mœurs, qu'elle se ravale à la condition des espèces végétales et animales : peut-on douter que, pour celles-là comme pour celles-ci, la puissance de multiplication n'agira avec assez de

LA PRÉVOTâNCE, contrainte MORALE, ETC. 85

force pour nécessiter bientôt l'intervention de la loi de limitation y manifestée cette fois dans l'ordre physique, brutal, répressif, c'est-à-dire par le ministère de l'indigence, de la maladie, de la mort?

« Est-il possible de nier que, abstraction faite de toute prévoyance et de toute moralité, il n'y ait assez d'attrait dans le rapprochement des sexes pour le déterminer, dans notre espèce comme dans toute autre, dès la première apparition de la puberté? Si on la flxe à seize ans, et si les actes de l'état civil prouvent qu'on ne se marie pas, dans un pays donné, avant vingt-quatre ans, ce sont donc huit années soustraites, parla partie morale et préventive de la loi de limitation, à l'action de la loi de la multiplication ; et si l'on ajoute à ce chiffre ce qu'il faut attribuer au célibat absolu, on restera convaincu que l'humanité intelligente n'a pas été traitée par le Créateur comme l'animalité brutale, et qu'il est en sa puissance de transformer la limitation répressive en limitation préventive.

« Il est assez singulier que l'école spiritualiste et l'école matérialiste aient, pour ainsi dire, changé de rôle dans cette grande question. La première, tonnant contre la prévoyance, s'efforce de faire prédominer le principe brutal; la seconde, exaltant la partie morale de l'homme, recommande l'empire de la raison sur les passions et les appétits. C'est qu'il y a en tout ceci un véritable malentendu. Qu'un

84 DU PMINCIPE DE POPUUTION.

père de famille consuKe, pour sa maison, le prêtre le plus orthodoxe ; assurément il en recevra, pour ce cas particulier, des conseils entièrement conformes aux idées que la science a érigés en principes, et que ce même prêtre repousse comme tels. . . — Attendez, dira le vieux prêtre, qu'un parti honnête et sorts^le se présente... Songez que le mariage dans la pauvreté entraîne beaucoup de souffrances et encore plus de dangers. Rappelez-vous ces vieux proverbes qui sont la sagesse des nations, et qui nous avertissent que Taisance e^t la plus pure garantie de Tunion et de la paix. Pourquoi vous presseriez-vous? Voulez-vous qu'à vingt-cinq ans votre fille soit chargée de famille, qu'elle ne puisse l'élever et l'instruire selon votre rang et votre condition? Voulez-vous que le mari, incapable de surmonter l'insuffisance de son salaire, tombe d'abord dans l'affliction, puis dans le désespoir, et peut-être enfin dans le désordre?... Dieu n'a pas ordonné aux hommes de croître sans discernement et sans mesure, de s'unir comme les bêtes, sans nulle prévoyance de l'avenir; ij n'a pas donné la raison à sa créature de prédilection pour lui en interdire l'usage dans les circonstances les plus solennelles. H a bien ordonné à l'homme de croître; mais pour croître il faut vivre, et pour vivre il faut en avoir les moyens ; donc dans l'ordre de croître est impliqué celui de préparer aux jeunes générations des moyens d'existence '... »> * Harmonies économiqms, 2* édition, p. 439.

Ce langage de Bastiat, c'est celui de Malthus, des Economistes en général, des moralistes, des philosophes qui ont réfléchi sur cette question. En le tenant, Bastiat n'a eu qu'un tort, celui de croire qu'il faisait du nouveau, tandis qu'il se bornait à formuler trèsutilement une fois de plus des vérités développées et creusées depuis cinquante ans^ par Malthus, répétées par J.-B. Say, Sismondi, de Tracy, Dunoyer et presque tous les Économistes, et plus récemment encore par l'illustre Rossi et par M. John Stuart-Mill.

II. — •bJeetiMi» tmiimm à bà VMrale étt la prév«y«iee t elle M'est Mi mrimt^ermiiUinej si ••■Iraire aux prescriplkNUi die îm seiemee, si im^tûemte» — •« la pmtf enee eaoju- C«lc. — Lettre die M. Ch. Someyer. — Ceasell» tf •« eaMil«te0. — Jkrgmmemim de MM. rrewtfiieB et TiOer».

On reproche à ce principe de la Contrainte morale

* Quelques personnes ont voulu croire que Bastiat nous avait laissé une théorie sur la population en opposition radicale avec Malthus. C'est une erreur. Mieux que Malthus, Bastiat a su exprimer la distinction entre le principe virtuel de la population et les faits réellem^t accomplis. Il a insisté sur cette vérité, d'ailleurs bien connue, que le niveau du bien-être tend à s'élever constamment, et que la population tend à baser ses moyens d'existence sur une échelle de plus en plus grande. Il a cru, donner une appréciation plus juste de Tobstacle préventif, qu'il fait résider dans l'attribut de perfectibilité dont est doué le genre humain. Enfin il a mis au nombre des remèdes naturels au principe de population les avantages d'une population plus dense, pour développer la production et le progrès naturel et moral. Nous examinons ces divers points dans cet article.

OU de la limitation préventive, qui se résumerait {voir plus loin, p. 91) dans Fabstinence et les mariages tardifs, d'être aristocratique, contraire aux principes de l'Évangile et inefficace.

Il serait aristocratique, parce qu'il reconnaît aux gens riches et aisés la faculté d'élever des familles plus nombreuses? Le reproche est peu fondé. Ce n'est pas la quantité des enfants qui fait la joie du père de famille, c'est leur santé et leur bien-être; et, à ce point de vue, mieux vaut n'avoir pas d'enfants que de les voir privés de ce qui leur est nécessaire. En second lieu, recommander aux pauvres de ne pas se mettre trop vite en ménage, c'est les exhorter à une abstention qui leur permettra d'avoir une famille dan& de meilleures conditions, de ne pas trop se multiplier, de ne pas trop se faire concurrence, d'être plus indépendants; et, sous ce double rapport, le conseil est essentiellement démocratique.

Ce premier reproche estirrMéchi . Ce n'est pas ladootrine qui eslaristocratiquCyd est l'espèce humaine, c'est la nature. Si on prouve que la population ne tend pas à dépasser les subsistances, il n'y a plus de doctrine de Malthus; mais, si on ne peut le nier, il est évident qu'il n'y a que les gens aisés de toutes les classes qui aient le privilège d'avoir des enfants; jeni'explique, des enfants heureux, sains et bien portants. Les autres, on ne saurait trop le dire, mettront au jour des créatures hâves et chétives qui trébucheront du berceau dans la tombe.

Dites que cette doctrine a constaté une dure vérité, dites qu'elle vous a fait voir la profondeur de la misère, et que vous n'oserez plus, si vous n'êtes relativement à l'aise, songer, sans frémir, aux joies de la paternité; sondez le mal si vous pouvez, cherchez des remèdes , mais ne calomniez pas le savant physiologiste de la société. Est-ce sa faute si son génie lui a montré un abîme réel dans ce que vous preniez pour Téxpression d'une grande prospérité?

Et, sises propositions sont vraies, pourquoi seraitil inhumain de vous dire : Soyez prudent. Vous pouvez nourrir deux enfants, mais le troisième serait de trop.

Bastiat vient de répondre en ce qui touche les prescriptions de rÉvangile. Le Crescite et multiplicamini s'adressait à des gens qui avaieM de la terre et de l'espace devant eux, et ne peut être pris pour une inutile exhortation à la procréation incessante, à la multiplication des malheureux; c'est une bénédiction et une prédiction. Nous ne croyons pas qu'il faille traduire dans un pays où la population se presse : Croissez et multipliez, mais bjen : Croissez et prospérez. Or, pour prospérer, il faut user de la liberté, de la raison, de la prévoyance enfin, de ces attributs de l'homme supérieur au quadrupède ou à l'ovipare.

Telle était la pensée de saint Paul, qui a dit : « Les personnes qui se marient imprudemment souffriront

dans leur chair des afflictions et des ms^ux; or je voudrais vous les épargner. » Nous empruntons cette citation à M. de Villeneuve-Bargemont , auteur d'une Êcmomie politique chrétienne^ qui revendique, avec quelque raison, pour le catholicisme, la priorité de la doctrine malthusienne . « Les paroles formelles de celui que rÉglise appelle le grand apôtre, dit-il, et qui son devenues le fondement des institutions civiles et religieuses (M. de Villeneuve veut sans doute parler des couvents) dans les pays où le catholicisme a régné exclusivement, répondent suffisamment aux allégations contradictoires des philosophes modernes et des économistes de Técole anglaise, qui, après s'être élevés contre le célibat des prêtres, ont depuis reproché au clergé d'encourager indiscrètement la population; mais, sous ce point de vue même, l'ouvrage de Malthus nous est doublement prédeux, car il a mis sur la voie de combattre de vieilles erreurs anticatholiques*. » Nous aurions beaucoup à répondre sûr ce passage et les curieux reproches qu'il contient. Nous ne nous y arrêtons que pour constater que l'auteur de YÉconomie politique chrétienne, homme essentiellement pieux dans sa vie et dans ses écrits, pense au fond, comme cet « odieux » Malthus, tant accusé par d'autres écrivains et orateurs catholiques *. Remar-

* Histoire de Véconomie politique, 1841, 2* vol., p. 278. > « Ce n*est pas un disciple de Malthus qui a écrit : Dieu fait naître les âmes pour la vie et non pour la mort... Que ceux que

qiions aussi que Malthus, dans son passage le plus critiqué de son édition de 1803, auquel M. de Villeneuve a sans doute fait allusion en parlant de propositions exagérées et repoussantes, n'a pas dit autre chose que ce qui est exprimé par les paroles de saint Paul. Au reste, cet apôtre et d'autres Pères de l'Eglise ne se seraient pas exprimés de la sorte que Malthus n'en serait pas moins un philosophe éminemment chrétien^ et que sa doctrine, ayant pour base l'influence de notre conduite sur notre condition, n'en serait pas moins le fond de la morale du christianisme, c'est-à-dire de la morale la plus pure.

En effet, le christianisme a été une réaction contre le caractère sensuel des religions et des mœurs du. paganisme. Il ^joint à l'homme de faire prédominer l'esprit sur la chair; il lui impose la répression des penchants physiques; il place la perfection dans le renoncement aux affections terrestres et finalement il recommande le célibat comme la meilleure \oie pour arriver au salut. Si ces prescriptions et les institutions qui en sont émanées n'avaient pas directement pour objet de limiter la population, tel était leur résultat.

Si donc, à côté de ce mobile religieux, on considère le mobile aristocratique, c'est-à-dire le goût du bienleur indigence empèdie de nourrir leurs enfants s'abstiennent de leurs épouses... C'est Lactance. » Du Puynode, Études sur la pop. et la chanté, II, dans le Journal des Économistes, i 854, 1855.

être et le besoin de se maintenir à un rang élevé de Téchelle sociale, qui a agi dès la plus haute antiquité dans certaines classes de la population, on voit que la contrainte morale, qui a pour objet de réglementer le mouvement de la population, conformément aux nécessités économiques et sociales, n'est pas une invention de Malthus, qu'on en trouve Tinfluence dans plusieurs prescriptions civiles ou religieuses, et que Malthus s'est borné à faire ressortir les avantages, surtout pour les classes inférieures de la société*, d'une vieille pratique de l'humanité, seule capable de prévenir l'excès de population et l'action homicide de la nature qui réprime cet excès.

J'avoue maintenant que le reproche d'inefficacité me toucherait davantage : premièrement, parce que les unions conjugales, quoique tardives, peuvent être très-fécondes, et d'autant plus fécondes qu'elles ont été plus tardives et que les conjoints sont dans de meilleures conditions pour avoir ime progéniture bien constituée; secondement, parce que le célibat de toute la vie ne semble devoir être qu'une exception; troisièmement, parce que la chasteté et l'abstention absolues sont peu praticables, soit aux champs, soit à la ville, dans une société composée d'hommes et de femmes qui ne sont pas séparément reclus dans des monastères bien surveillés. De sorte que nous sommes

* Nous indiquons plus loin quelques exceptions.

conduit à dire franchement, positivement, que la Prévoyance comprend non-seulement les mariages tardifs, non-seulement le célibat pour ceux qui peuvent le pratiquer, mais encore la prudence dans le ma^ riage. Malthus n'a pas exprimé en termes bien explicites cette prudence dans ce qu'il a appelé contrainte morale ^ Bastiat ne Ténumère pas non plus parmi ses moyens de limitation préventive; mais il est évident que tous deux, que M. de Villeneuve lui^nême et la plupart deà écrivains, rontsous-entendue. Nous pourrions la sous-entendre aussi; mais nous ne voulons pas éviter de répondre à des objections qui se croient d'autant plus victorieuses, qu'on craint davantage de les discuter, et aussi parce que, à l'abri de cette fausse pudeur, on a propagé de dangereux sophismes.

Par mariages tardifs, il faudrait donc comprendre ceux dans lesquels les contractants attendent le capital ou f industrie nécessaires pour pourvoir aux besoins d'une famille, plutôt que ceux dont seraient exclus les hommes jeunes; car l'expérience prouve aussi que l'homme marié de bonne heure mène une vie plus régulière et qui prévient les naissances illégi-

* MM. Prévost, traducteurs de V Essai sun' le principe de population, font remarquer, çn semblant être de son avis, que Malthus a quelquefms compris dans la contrainte (moral restreint) la simple prudence (prudential restreint), qui ne suppose pas Tobservation d'une rigoureuse chasteté, « et qui est par conséquent mêlée de vice sans être vicieuse, n Livre I, chap. xiv.

92 DU I>niKGlPE D£ POPILAIION.

times. Toutefois ces mariages doivent être prudemment conduits pour éviter la misère. C'est le conseil que donnait M. Charles Dunoyer, alors qu'il était préfet d'Amiens*, aux classes indigentes de son département, en leur signalant T insuffisance des secours publics pour l'amélioration de leur sort : «Les classes les plus à plaindre de la société, disait-il, ne parviennent à s'affranchir de leur douloureux état qu'à force d'activité, de raison, de prudence, de prudence surtout dans l'union conjugale, et en mettant un soin extrême à éviter de rendre leur mariage plus prolifique que leur industrie. »

A propos de cette prudence dans le mariage, on i^enouvelle les objections^i-dessus mentionnées (p . 85) au sujet de l'abstinence absolue, à savoir qu'elle est aristocratique, contraire aux prescriptions de l'Évangile comme au but du Créateur, et immorale. Quoique nous ayons peut-être suffisamment répondu à ces objections, nous allons insister de nouveau; mais nous nous empfessons de faire remarquer que, si nous disons plus clairement, nous ne disons pas autre chose que

* En 1832, ces paroles si justes furent vivement critiquées par le clergé du diocèse et une partie de la presse parisienne. M. Dunoyer répondit plus tard k ces inintelligentes attaques dans un Mémoire à consulter sur quelques-unes des principales ques^ lions que la Révolution de juillet a fait naître, Paris, Delaunay,

LA PRëVOYAKGE, €OI<J'ntAIl!ITE MORALg, ETC. 93

ce qu'ont pensé tous ceux qui ont écrit pour recommander la prévoyance aux pères de famille; et que nous ne sommes pas non plus le premier ni le seul à nous prononcer si nettement dans ce sens.

Nous tenions un semblable langage dans la première édition de nos Éléments de V économie politique (1845); quelques années après, M. MiU s'exprimait, sur ce sujet fondamental, avec supériorité et bien plus de frandiise que nous, et voici Texcellente raison qu'il en donnait : « Le peuple ne se doute guère de tout ce que coûte cette pruderie de langage. On ne peut pas plus prévenir et guérir les maladies sociales que les maladies du corps sans en parler clairement. »

Les écrivains catholiques, partisans de la morale des casuistes, concluent en dernière analyse à l'abstinence continue, au célibat perpétuel d'une partie de Tespèce humaine, et, d* autre part, au devoir d'une procréation incessante pour ceux qui se marient; c'est-à-dire à la mortification par l'abstinence absolue et par la misère. Ces deux conditions sont contraires à la nature et à la destinée de l'homme. Le célibat absolu et perpétuel, l'abstinence continue, ne peuvent être, nous le répétons, qu'une exception, par cela fort inefficace; d'où résultent la nécessité des unions conjugales et la nécessité de la prudence dans ces unions, et ici* nous laissons la parole à un de nos maîtres

Voici en quels termes M. Ch. Dunoyer, membre de l'Institut (section de morale), nous écrivait, à propos d'une discussion sur ce sujet grave et délicat, au sein de la Société d'économie politique, en notre qualité de secrétaire perpétuel de cette société :

« Voici, mon cher monsieur Garnier, sous une forme à la fois plus précise et plus complète, les observations, un peu trop écourtées peut-être, que j'ai cru devoir faire à notre dernière réunion, au moment même où j'allais quitter la séance, sur le point délicat que venait de toucher M. Louis Leclerc, dans la grave question de la population. Notre ami convenait volontiers de la nécessité qu'il y a, pour les pauvres gens surtout, de ne s'engager qu'avec circonspection dans les liens du mariage; mais il exprimait des doutes sur le point de savoir si, le mariage une fois contracté et en prenant convenablement conseil des lois de la morale et des prescriptions de l'hygiène, il était nécessaire aussi de n'user des droits que le mariage donne qu'avec un certain degré de réflexion et de retenue. Je me suis permis de trouver ces doutes de notre ami peu raisonnables*

(ï J'ai dit que toutes les actions humaines avaient besoin d'être réglées, celle-ci peut-être plus qu'une autre, et j'en ai déduit brièvement les raisons. Ce sont ces raisons que je demande à feproduire, non pas précisément telles que je les ai dites, mais telles

que je les ai fonnulées, il y a dix-huit ans, dans un ouvrage dont l'édition est depuis longtemps épuisée. c< Il serait étrange, écrivais-je, qu'une telle remarque (la remarque qu'une certaine action, l'action la plus sérieuse de ce monde, ne pouvait, même dans les Uens du mariage, se passer de toute règle), il serait étrange qu'une telle remarque pût jamais devenir un objet de blâme ou de raillerie. On ne voit pas trop, en effet, par où elle pourrait donner prise à la critique, et ce qu'on en voudrait blâmer dans la forme ou dans le fond. Il suffit de la comparer à certains articles du Décalogue, et, par exemple, à ees sixième et neuvièipe commandements, que doivent répéter deuxfois par jour les lèvres les plus pudiques, et qui parlent en termes si crus de l'œuvre de la chair, pour la trouver, quant à la forme, parfaitement modeste; et, quant au fond, je ne sais quelle morale pourrait s'offenser de cette observation que le mariage n'affranchit pas de toute contrainte, et qu'alors même qu'ils ont été unis par le prêtre, des époux ont encore quelque frein à s'imposer.

« n est incroyable q^e l'action d'appeler des hom^ mes à la vie, celle sans contredit des actions humaines qui tire le plus à conséquence, soit précisément celle qu'on a le moins senti le besoin de régler ou qu'on a réglé le plus maL On y a mis, il est vrai, la façon de l'acte civil et du sacrement; mais, le mariage une fois contracté, on a voulu que ses suites fussent laissées^

96 DU PRINCIPE DE P0PUf<AT10N.

pour ainsi dire, à la volonté de Dieu. La seule r^le prescrite a été qu'il fallait ou s'abstenir de tout rapprochement, ou ne rien omettre de ce qui pourrait rendre Funion féconde. Tant que des époux peuvent croire qu'ils ne font pas une œuvre vaine, la morale des casuites ne trouve rien à leur reprocher; qu'ils se manquent à eux-mêmes, qu'ils abusent l'un de l'autre, qu'ils se dispensent surtout de songer au tiers absent et peut-être infortuné qu'ils vont appeler à la vie sans s'inquiéter du sort qui l'attend, peu importe: l'essentiel n'est pas qu'ils s'abstiennent d'un acte triplement nuisible, l'essentiel est qu'ils évitent de faire un acte vain. Telle est la morale des casuîstes, morale à rebours de toute morale et de tout bon sens; car ce que veulent le bon sens et la morale, ce n'est sûrement pas tant qu'on s'abstienne de faire des actes vains que de faire des actes nuisibles.

« Aussi la vérité, en dépit de ces graves sottises, est-elle que, si des époux ne doivent pas regarder comme blâmable tout rapprochement qui ne tendrait pas à accroître leur postérité, ils ont pourtant, même dans les rapprochements les plus autorisés et au sein de l'union la plus légitime^ des ménagements à garder, soit envers eux-mêmes, soit l'un envers l'autre, soit l'un et l'autre surtout envers les tiers qui peuvent être le fruit de leur union. Il va sans dire que le mariage n'affrandiit pas de toute règle la chose du monde qui voudrait être le plus réglée, le mouvement des

LA PnÉVOYANit:, COMKAIWTE MOU AIE, ETC. 97

naissances et de la population. Le mariage, sans doute, a pour objet Taccroissement de Tespèce, mais son accroissement judicieux, son accroissement proportionné aux moyens que l'espèce a de vivre. Est-ce obéir, je le demande, aux préceptes de l'Ecriture que de multiplier le nombre des malheureux? Est-ce accroître l'espèce que de procréer des myriades d'êtres destinés à une prochaine et inévitable destruction? Des époux ne sont pas pardonnables qui, avant d'appeler un enfant à la vie, ne prennent pas la peine d'examiner s'ils vont l'appeler à une vie heureuse ou misérable V.. »

« Je borne là cette citation, monsieur; j'aurais pu l'étendre encore, et peut-être avec quelque fruit; mais je tiens à me renfermer dans ce qui a le plus directement trait à la matière délicate qu'a abordée M. Louis Leclerc. Notre ami reconnaîtra, j'espère, que si un peu de prévoyance est nécessaire avant le mariage, il n'est pas superflu d'en avoir aussi pendant, et que la responsabilité, que notre sottise voudrait faire peser sur la Providence, ne pèse, en réalité, que sur nous; que Dieu ne nous a dispensés, sous aucun rapport, de songer aux conséquences de nos actes.

« Agréez, etc., etc.

« Ch. Dunoyer. »

* Mémoire à consulter sur quelques-unes des principales questions que la Révolution de juillet a fait naître, p. 176 etsuiv., in-8". A Paris, chez Delaunay. J855.

C'est pour être restés étrangers aux recherches et aux études sur la population qui sont venues éclairer et rectifier la morale des casuistes que les docteurs modernes de l'Église répandent encore, surtout au confessionnal, des conseils opposés au bon sens des familles et à l'intérêt delà population. Nous pourrions renvoyer le lecteur choqué de notre assertion à une foule d'ouvrages; nous nous bornons à lui signaler celui que nous indiquons ici en note * .

Il y aurait une grande utilité à ce que Ton fît approfondir aux jeunes ecclésiastiques la question de population et les notions fondamentales de l'économie politique; le premier évêque qui introduira cet enseignement dans les séminaires rendra un service signalé à la morale et à la société.

Avant d'abandonner cette partie de notre sujet, nous avons encore à nous arrêter sur le dire d'un écrivain fort opposé à ceux que nous venons de com* battre.

* On vend à Paris, chez Poussielgue-Rusand, libraire du clergé, un livre intitulé : Mœchialogie, traité des péchés contre lés sixième et neuvième commandements du Décalogue, etc*, par Debreyne; avec cette indication entre parenthèses : « Il est exclusivement destiné au clergé. » L'auteur dit être médecin, professeur, prêtre et religieux de la Trappe; c*est un recueil de doctrines et de con* seils, en français et en latin, dirigés contre la prévoyance conjugale , que le confesseur doit présenter à ses pénitents conmie le plus danmable des péchés mortels;

Ces principes de moralité, déjà formulés par nous dans ime autre publication, ont été l'objet d'une critic[ue plus que vive de la part de M. Proudhon, dans un de ses plus volumineux et de ses plus sérieux ouvrages. M. Proudhon a dit à cet égard bien des choses; mais nous laissons de côté les exagérations du pamphlétaire, et nous nous arrêtons aux arguments suivants, les seuls sérieux dans cette réfutation : « S'il est vrai, dit M. Proudhon^, que*la contrainte morale, subitement devenue contrainte physique et résolvant à sa manière le problème de la population, soit d'une pratique utile aux gens mariés, cette utilité n'est pas moindre aux gens non mariés; or c est ici le côté immoral de la chose, non prévu par les économistes : le plaisir étant voulu et recherché pour lui-même, sans la conséquence de progéniture, le mariage devient une institution superflue, la vie des jeunes gens une fornication stérile; la famille s'éteint, et avec la famille la propriété. Le mouvement économique reste sans solution, et la société retourne à l'état barbare. Malthus et les économistes moraux rendent le mariage inaccessible; les économistes physiciens le rendent inutile; les uns et les autres ajoutent au manque de pain le manque d'affections, provoquent la dissolution du lien social. Et voilà ce qu'on appelle prévenir le

* Contradictions économiques y tome II, p. 447. 1" édition de 1846.

paupérisme ! voilà ce qu'on entend par répression de la misère ! Profonds moralistes ! profonds politiques ! profonds philanthropes ! ... » etc.

A cela nous avons répondu * que, si le mariage a pour but la procréation des enfants, il a aussi pour but non moins évident les soins de ces mêmes enfants, afin qu'ils puissent trouver, depuis Fépoque de leur conception jusqu'à l'époque où ils savent se suffire à eux-mêmes, les conditions nécessaires d'existence, tant sous le rapport matériel et hygiénique que sous le rapport intellectuel et moral; de sorte que les conjoints manquent au premier, au plus indispensable de leurs devoirs, s'ils ont plus d'enfants qu'ils n'en peuvent nourrir, qu'ils n'en peuvent élever dignement, qu'ils n'en peuvent munir d'un métier qui suffise au moins à leurs besoins. Au père de famille, bien certainement, incombe le droit d'user, dans cette affaire plus que dans toute autre, de son libre arbitre, et de faire acte de créature intelligente, morale et responsable.

Sera-t-il immoral s'il ne veut avoir qu'un nombre limité d'enfants, proportionné à ses facultés et à l'avenir que sa tendresse rêve pour eux, et s'il ne se voue pas dans ce but à l'abstinence la plus rigoureuse et la plus absolue ? Il est inutile de discuter sur ce

* Collection des principaux ÉconomisteSy tome VII ; Emi sur le pnncipe de population, 2" ^dit., 1852, p. 662.

LA PnÉVOYAWCE, COxNTRAINTE VORALF, ETC. 40l

point, et nous nous bornons à en appeler à toutes les consciences éclairées, et à celle de M* Proudhon, devenu, lui aussi, depuis la publication de Touvrage qui nous occupe, chef de famille. Qu'on se demande s'il est plus moral, plus conforme au cri de la conscience humaine, de faire éclore des enfants au milieu des privations, ou de les empêcher de naître, et qu'on réponde!

Nous avons répondu plus haut à la crainte de voir s'éteindre la famille.

Il nous est impossible de voir, dans le mariage dans lequel le nombre des enfants dépend de la prudence et de la prévoyance des parents, que « le manque d'affections soit ajouté au manque de pain. » C'est le contraire qui est évidemment l'expression de la vérité.

Il nous est encore impossible de comprendre comment les conseils de la prudence conduisent à la suppression du mariage et à la débauche de la jeunesse, La prudence n'a-t-elle pas pour effet de rendre l'état de mariage plus prospère et plus attrayant? et l'expérience ne prouve-t-elle pas que l'imprévoyance est une des causes du concubinage et de la démoralisation, soit par suite de la violation du pacte conjugal, soit par suite de cette coupable insouciance qui fait qu'on s'expose à créer une famille sans s'engager à la soutenir?

Il est aussi un autre point de vue qu'il ne faut pas

négliger : c'est que le mariage peut très-bien être admis, en dehors de la famille, comme association assurément très-naturelle pour l'assistance mutuelle entre les deux conjoints. A ce point de vue, et même sans la conséquence de progéniture, le mariage est loin d'être une institution superflue. Nous ne voulons pas parler de l'abus du plaisir des sens, si ce n'est pour faire observer que les unions imprévoyantes n'en sont pas précisément les plus exemptes. Enfin, loin de détendre le lien social et de provoquer aux conséquences détaillées par M. Proudhon, les idées de prévoyance, de prudence, de responsabilité, de moralité, nous semblent devoir raffermir le principe de famille, et même le principe de propriété, dont il est assez remarquable que M. Proudhon se préoccupe. La jeunesse se trouve encouragée au mariage plus facilement par l'exemple de ménages prospères et sagement conduits que par l'exemple des ménages soumis aux tortures de la misère.

Mais cette prévoyance conjugale est à la fois justiciable de la morale et de l'hygiène, qui toutes deux s'accordent à leurs points de vue respectifs pour prescrire au chef de la famille le respect de la compagne de sa vie. Maxima debetur sponsx reverentia; ce serait là un précepte qui ne fait peut-être pas assez l'objet de l'éducation intime que le père doit à son fils quand il a atteint l'âge de raison, et qu'il aspire lui-même à fonder une nouvelle famille.

LA PRÉVOYANCE, CONTRAINTE MORALE, ETC. iOS

Ce respect, on ne saurait trop le faire pénétrer dans Fesprit de toutes les classes de la société, de celles surtout qui s'adonnent à Fintempérance de la table et à l'ivrognerie. L'intempérance et l'ivrognerie ont une grande part dans les misères de ce monde : elles font perdre aux hommes le sentiment de leur dignité envers eux-mêmes, celui du devoir envers leurs familles; elles étouffent la voix de la raison; elles neutralisent toute prévoyance intérieure; elles amènent après elles le découragement, bientôt suivi de l'affaiblissement du ressort moral.

M. Thiers était l'écho de M. Proudhon, auteur du pamphlet les Malthusiens (1848), lorsqu'il écrivait dans sa défense de la propriété (1848) : « On se récrie contre les disciples de Malthus qui arrêtent l'homme prêt à se rapprocher de sa fenmie, en lui disant : Prenez garde, il y aurait un être de plus à nourrir sur la terre ! . . . on se récrie contre ces philosophes de labstention, on les appelle barbares, on les dénonce au peuple, et on a raison. Arrêter la fécondité du genre humain est un crime contre la nature* ...» Le bon sens de M. Thiers est ici en défaut. Le savant écrivain n'a pas assez réfléchi sur ce sujet. Comment la fécondité de l'homme, réglée par les ressources de la famille, peut-elle être plus contre nature que la procréation insouciante?

* De la propriété, liv. III, cliap. vii.

L'homme esl-il un être raisonnable et libre, ou une brute simplement douée d'instinct? En vérité, les barbares sont ceux qui disent aux masses d'agir sans réflexion, sans retenue, sans prévoyance, sans souci des mères et des enfants.

III. — BfTeto ée«B«Bik|ae«9 ■■•rMix, ••eiaux et polHii|ne« de I* pr*lii|iie de I* préT«yMiee par iem elmmae» les plus ■•■ilNreiMetf. — Suite des •I^Jeettons.

Après tout ce que nous avons dit dans les deux paragraphes précédents, peu de paroles vont nous suffire pour indiquer les effets moraux, sociaux et politiques de la pratique de la prévoyance par les classes les plus nombreuses. Nous insisterons un peu plus sur les effets économiques.

Au point de vue moral, le développement de la contrainte morale et de la prudence dans le mariage, amenant l'aisance et la diminution des fatigues physiques et morales des deux créateurs de la famille, si souvent affaissés sous le fardeau qu'ils se sont donné sans réflexion, laisse au sentiment paternel et maternel toute Faction de son expansion naturelle, produit le respect réciproque des époux et la paix du ménage, rend possible l'éducation morale et l'instruction des enfants, — d'où résultent à leur tour le respect des enfants pour leurs parents, l'énergie de l'esprit de famille, l'augmentation du lien de solidarité, et une

j.A phsyoyâmce, contràikte morale, etc. iOô

diminution notable de vices et de misères dans le corps social.

Au point de vue économiquey la prévoyance des classes les plus nombreuses diminue la concurrence des travailleurs, qui ne doit pas devenir excessive pour produire les bons effets que nous avons reconnus au principe de libre concurrence dans les Éléments de l'économie politique *. De cette diminution tésiiïte le maintien ou la baisse des salaires, c'est-à-dire de Taisance relative de la partie la plus nombreuse de l'humanité, puisque le taux des salaires se règle sur le rapport de la population aux capitaux*. Or c'est là, pour les classes qui vivent du produit de leur travail, de la vente de leurs services, le seul moyen à leur disposition d'arriver à une rémunération plus élevée de leurs efforts et de leur industrie; car, si la hausse des salaires peut encore résulter de l'augmentation des capitaux, cette augmentation n'est pas en leur pouvoir; elle ne peut être d'autre part aussi rapide que leur propre nombre, et elle est en partie dévorée par l'excès de population, comme nous allons le montrer tout à l'heure.

Le règlement de la population est aussi le seul moyen efficace, pour les classes ouvrières, de faire

* 5^ édition, 1856, chap. ix, p. 139, traitant du principe de libre concurrence, stimulant de Findustrie, régulateur des produits et des services, générateur de Tordre économique.

* V. ibid., chap. xx. Dm salaire ou revenu du travail.

élever leurs Salaires. Nous passons en revue dans les chapitres suivants les divers moyens sur lesquels on a illusoirement compté pour contre-balancer les funestes effets de l'accroissement excessif des travailleurs.

Quelques lecteurs pourraient faire ici les objections qui ont été faites quelquefois à l'élévation des salaires dans leurs rapports avec la moralité et les prétentions des classes ouvrières, la cherté des pro duits et la diminution des exportations Nous les renvoyons à ce que nous av(ms dit dans les Éléments d'économie politique à ce sujets

Nous venons de rappeler l'effet de l'excès de population sur le Salaire ou revenu du travail. Un effet inverse se produit sur la Rente du sol, et la hausse des fermages progresse comme la population alimentée par ce sol, à moins que les progrès de la culture ne viennent contre-balancer l'accroissement de la progression. C'est ce qui résulte évidemment de la nature de la rente* et des faits que fournit l'observation de la vente des produits agricoles. Or cette élévation qui se traduit par celle de la valeur des propriétés foncières n'est pas un progrès désirable, puisqu'il est obtenu aux dépens de la masse de la population,

* V. chap. XXIII, p. 396.

« V. Éléments de Véconomie politique, chap. xxiv. Du revenu de la terre.-

quand elle ne résulte pas des progrès de la culture et des conquêtes de la science agronomique sur la nature ou sur la routine ou les préjugés.

Il en est de même, à divers égards, des profits des capitalistes et des entrepreneurs, qui ne. sont désirables que lorsqu'ils ne sont pas obtenus par la baisse des salaires, toais par l'emploi intelligent des instruments de travail et l'application des procédés ingénieux.

Un effet remarquable est encore produit par l'excès de population sur l'emploi d'un produit net de la société; et ici nous allons laisser la parole à M. de Molinari \ qui a jeté sur le point de la question que nous traitons en ce moment une clarté nouvelle.

« La loi de la population n'est qu'un corollaire d'une loi qui a été précédemment exposée, savoir : qu'il y a une proportion naturelle et nécessaire entre les agents dont la production exige le concours. Cela étant, il est clair que la population dépasse la proportion requise; aussitôt que le personnel disponible pour la production excède le matériel, le surplus ne peut être employé. Cet excédant de la population doit cependant être alimenté et entretenu. Sur quoi ses frais d'alimentation et d'entretien peuvent-ils être prélevés? Sur la rémunération nécessaire des agents

* Cours d'économie politique professé au Musée royal de Finduslrie belge, 1" vol. 1855, p. 375.

productifs 7 Sur les éléments et les matériaux indispensables pour entretenir et renouveler les ouvriers, les outils, les machines, les bâtiments, etc. , consacrés à la production? Non, évidemment. Car les agents productifs personnels et matériels, qui façonnent la masse des produits destinés à Falimentation et à Fentretien delà communauté, ces agents seraient alors entamés, et la production diminuerait. Sur quoi donc la substance de l'excédant inutile peut-elle être prélevé^? Uniquement sur le produit net.

« Chaque nation peut disposer de son produit net comme bon lui semble. Elle peut remployer à seprocurer un supplément de jouissances actuelles; elle peut s'en servir pour constituer un supplément d'agents productifs, travailleurs, outils, machines, matières premières, agents naturels, appropriés en vue d'augmenter sa production, partant ses jouissances futures; elle peut encore le jeter dans lô gouffre d'une guerre étrangère, ou l'employer à nourrir, dans l'abjection et la souffrance, un excédant de population.

« Le§ nations européennes nourrissent, pour la plupart, un excédant de population; mais elles ne consacrent à cet usage qu'une portion, probablement assez faible, de leur produit net. La preuve en est qu'elles croissent en richesses, ce qui n'aurait pas lieu si tout le montant de leur produit net annuel se trouvait absorbé par l'entretien d'un excédant de population. Selon toute apparence; la portion du produit net qui

est consacrée à cet entretien ne dépasse jamais celle qui est attachée à la part du travail, d'où il résulte que c'est toujours uniquement sur la classe ouvrière que retombe le fardeau de l'entretien d'une population surabondante.

« Cette conclusion peut sembler singulière , mais elle n'en est pas moins conforme à la nature des choses. Quel est, en effet, le résultat inévitable de l'apparition d'un excédant de travailleurs sur le marché? C'est de faire baisser le salaire : or il ne faut pas oublier, d'une part, que cette baisse s'opère en progression géométrique; d'une autre part, qu'elle a ses limites naturelles dans les frais de production du travail.

« Il suffit donc de la présence d'un très-faible excédant de travail sur le marché pour réduire les travailleurs au minimum des substances qui leur est indispensable. Supposons maintenant que cet excédant de travail continue à peser d'une manière régulière et permanente sur le marché, qu'en résulterat-il? C'est que les travailleurs se trouveront dépouillés, d'une manière régulière et permanente aussi, de leur part proportionnelle de produit net, laquelle ira grossir, sous forme de prime ou de rente, celle des détenteurs des autres agents productifs. Cependant les capitalistes ou les propriétaires fonciers, qui bénéficieront de cette prime ou de cette rente, seront obligés, en revanche, de subvenir à l'entretien de

110 DU PKliSCIPE DE rOPULATlON.

l'excédant de travailleui*s, auxquels ils en seront redevables. Ils seront obligés de s'imposer une taxe des pauvres. Celle-ci pourra être volontaire ou obligatoire. Mais, quel que soit son caractère, la taxe des pauvres ne pourra jamais, selon toute apparence, dépasser le montant de la prime ou de la rente que la présence d'un excédant de travail sur le marché conférera aux détenteurs des autres agents productifs. S'il en était autrement, si, dans un pays quelconque, la taxe allouée pour l'entretien d'un travail surabondant venait entamer la part proportionnelle de produit net afférente aux autres agents productifs, cçuxci ne manqueraient point d'émigrer^ autant du moins que cela leur serait possible, dans des pays où ils ne seraient point obligés de supporter cette réduction de leurs profits. On peut donc affirmer, au moins d'une manière générale, que la somme des frais d'entretien d'un excédant de population ne peut jamais dépasser la part proportionnelle du produit net afférent au travail. C'est ainsi que la classe des travailleurs porte, quoi qu'on fasse pour la soulager, la peine de son imprévoyance. En tout cas, une nation ne peut rien consacrer au delà de son produit net à l'entretien d'une population surabondante. Telle est la limite maximum que la nature oppose à l'accroissement de l'espèce humaine; ce majcimum venant à être dépassé, la production diminue, et la population avec elle. » Il résulte des explications qui précèdent que le déve-

LA PKÉVOYANCE, CONTRAINTE MOHALE, ETC. Ml

loppement de la prévoyance conjugale chez les classes les plus nombreuses est le principal moyen de maintenir à leur avantage le taux des salaires, celui des profits et de la rentfe du sol, et d'éviter l'absorption du produit net à Faide duquel elles peuvent s'élever dans l'échelle sociale.

Pour compléter ce relevé des effets économiques de la prévoyance, arrêtons-nous à quelques objections tirées de cet ordre d'idées, et qui complètent celles qui ont été présentées plus haut.

On reproche à ce précepte de modération et de retenue que, s'il venait à se généraliser, la population resterait stationnaire ou décroîtrait même, et que la nation ne tarderait pas à perdre de son importance relative à côté d'autres où la population serait progressive.

En réponse, nous pourrions répéter d'abord ce qui a été dit plus haut (p. 62) sur la densité de la population, qui n'est une mesure de prospérité que si la prospérité s'est accrue parallèlement aux moyens de travail et de subsistance; — rappeler, en exemple, la supériorité des deux millions de Suisses aux six millions d'Irlandais, la supériorité de trente-six millions de Français prospères à soixante-douze millions de Français dans la misère; — et conclure qu'une population stationnaire, peu progressive ou décroissante même, peut être un signe de moralité d'abord, de diminution de vice et de misère, et d'augmentation

de prospt'rilé, s'il est obtenu par la diminution des naissances parallèlement avec la diminution de la mortalité et Taugmentation de la vie moyenne.

En second lieu, la nature a répondu elle-même à Tobjection. Le désir de fonder une famille et de goûter les joies qui en résultent est assez irrésistible pour lutter toujours avec avantage contre la prudence et la prévoyance; et cette lutte est précisément une des conditions du progrès (v. p. 35), pourvu que les deux forces contraires se balancent dans une certaine mesure.

A tout prendre, la pratique des vertus domestiques, que recommandent les économistes, contrairement à la doctrine insensée des casuites, qui pousse à une procréation incessante, est favorable à Taugmentation d'une population saine et prospère. « C'est méconnaître entièrement mes principes, disait avec raison Malthus, que de m'envisager comme un ennemi de la population. Les ennemis que je combats sont le vice et la misère*. »

Arrivé à ce point de notre discussion, il devient inutile de répondre à ce sophisme que la doctrine de la prévoyance tend à enlever aux pauvres le seul plaisir que la nature leur ait donné.

Mais on dit plus sérieusement que, si la prévoyance pénétrait dans les masses , la population ne dépasse-

* Essai sur le principe de populalionf liv. V, chap. i.

raitplus les subsistances, et, se trouvant heureuse chez eUe, n'émigrerait plus, et la civilisation perdrait un de ses modes providentiels.

Nous dirons plus loin' les illusions et les déboires de rémigration des classes pauvres. Ajoutons ici que les pays encore inhabités peuvent parfaitement se peupler de proche en proche comme ont fait et comme font les États-Unis. En tout cas, il y aura toujours des hommes aventureux qui voudront aller tenter la fortune ailleurs, avec d'autant plus de chances, qu'ils am*<^t plus de capital disponible, et finalement nous ne voyons pas quel intérêt il y a à créer des sociétés nouvelles aux dépens des générations présentes , excitées par l'aiguillon de la misère à une expatriation lointaine : la vapeur, les chemins de fer et les télégraphes électriques sont tout aussi efficaces par les facilités qu'ils offrent aux hommes pour se déplacer, aller fonder des familles et tenter la fortune au loin.

Mettons-nous maintenant au point de vue social et pditiqtie. Remarquons d'abord que les effets sociaux et économiques que nous venons d'indiquer ont forcément une portée sociale et politique. Il nous suffira ensuite de rappeler que le développement de la prévoyance aura pour effets la diminution des obstacles répressifs qu'emploie la nature, c'<esl-à-dire la dimhiution du vice et de la misère, du paupérisme et delà criminalité, avec ce triste attirail de mendicité, d'institutions de diarité légale,* de crimes et d'agita-

lions (le toute sorte, qui donnent de temps à autre la fièvre et le cauchemar à toutes les sociétés civilisées; et réciproquement que, la prévoyance, de plus en plus générale, contribuant à la moralité et à la perfectibilité humaines, à la fois causes et effets du même résultat, l'harmonie des intérêts marchera parallèlement et contribuera au bonheur de notre espèce, idéal qui va se réalisant par la diminution des malheurs.

MW.—A quelle eendilieB le VMiTail, réeenonrie et le« MmrniU tntieni de préveyMiee penveat mMiIre-iMawBeer les wamax peuTAiil ré^olier de l'énergie du prineipe de pepnlatieB.

Nous venons d'insister longuement sur la nécessité absolue, pour les classes les plus nombreuses, de développer la principale branche de l'arbre de la prévoyance.

Avons-nous besoin de dire que la prévoyance sous toutes les formes, que le développement des institutions de prévoyance est essentiellement désirable et ne peut avoir que des résultats efficaces pour prévenir ou atténuer la misère des populations?

Avons-nous besoin d'ajouter que l'assiduité au travail, l'économie, la bonne conduite, le bon sens, une intelligente administration de ses ressources, sont les moyens élémentaires que dpit employer tout homme qui ne veut pas se laisser envahir par l'oisiveté, le désordre, par la misère physique comme par la misère morale?

LA PRÉVOYANCE, CONTRAINTE MORALE, ETC \\b

Sans économie, sans conduite, sans bon sens, sans une bonne administration, le plus beau patrimoine ne tardera pas à s'évanouir; j'ajouterai même sans travail, car il faut souvent un très-grand et très intelligent travail pour faire prospérer, pour bien employer ou surtout pour ne pas perdre le bien qu'on a reçu en héritage ou en don, ou celui qu'on a gagné par son industrie. J'ajouterai encore que ce travail, fort utile à son auteur, est encore fort utile à la société, puisqu'il a pour résultat la conservation d'un capital qui est une force productive.

Sans travail, l'homme qui n'est pas né de parents fortunés ne produit rien; sans conduite, sans épargne et sans économie, sa peine le fait vivre au jour le jour; mais il ne capitalise pas*, il n'améliore pas sa condition, et reste exposé aux privations des chômages, de la vieillesse et des mauvais jours.

II n'y a pas de contestation à cet égard. Nous sommes, en nous exprimant comme nous venons de le faire, les écho^ d'une moralité, banale au moins en théorie, car l'application, l'expérience le prouve, est assez difficile.

Tout le monde est donc d'accord sur la nécessité, sur rindispensabîlité d'un travail incessant, d'une conduite régulière, d'une économie prévoyante, du

* Voir, sur TÉpargne et le Capital, les Éléments de V économie politique, à la table fies matitVes (Capitac, et Épargne).

bon sens dans radministration de ses ressources.

Mais peu d'hommes ont réfléchi qu'à ces qualités le père de famille doit en ajouter une autre non moins indispensable, la prudence par suite de laquelle sa famille ne s'augmente pas au delà de ses ressources ou des moyens qu'il a ou peut avoir d'élever et d'acheminer ses enfants. Sans cette qualité, les bons effets de son ardeur au travail et de son économie sont neutraUsés; sans cette qualité, on ne peut pas dire strictement que sa conduite soit régulière et morale, on ne peut pas dire qu'il ait du bon sens I

Voilà ce dont il s'agit; voilà la révolution qui doit s'opérer dans les esprits et l'opinion publique avant qu'on puisse arriver, dans les pays peuplés, à une amélioration du sort des classes les plus nombreuses et les plus pauvres.

Parlons maintenant des diverses institutions, caisses ou associations qui, depuis un demi-siècle, ont pris un développement remarquable dans plusieurs pays, qui rendent et peuvent rendre des services signalés aux classes les plus nombreuses; mais sur lesquelles on compterait en vain, sans la prévoyance spéciale sur laquelle nous avons tant insisté.

Parmi ces institutions se trouvent les caisses d'épargne, les sociétés de secours mutuels, les caisses de retraite, les assurances sur la vie, etc.

Les Caisses d'épargne offrent aux petits bénéfices, aux petites économies, si faciles à dissiper, un entre-

p^ suret facilement accessible. Écoles primaires pour le capitaliste futur, elles suscitent le sentiment de la propriété et les qualités nécessaires pour l'acquérir et la conserver : le travail, Féconomie, la conduite, la prévoyance. Peu à peu, insensiblement, les dqposaiits sont amenés à y recueillir, dans les temps de prospérité, des ressources pour les époques de crise, de chômage, de maladie et de vieillesse. L'industrie ne tarde pas à y trouver un aliment, soit parles placements que font les déposants devenus propri^ires d'un petit capital, soit par les acquisitions et les consommations à Taide desquelles ils augmentent leur instruction, leur bien-être et celui de leur famille. En même temps se produisent le calme et Findépendance des populations ouvrières, le respect des lois, de plus ÉMles garanties d'ordre et de tranquillité, le progrès de la morale et des libertés publiques*.

Les Caisses de retraite complètent les caisses d'épargne. A de certains égards, ce sont des établisse-

^ Il y a trois ans, les caisses d'épargne d^ Angleterre, de France, des Ëtats-Unis, d'Allemagne, de Suisse, de Belgique, de Russie, de Pologne , d^Espagne et d'Italie réunies possédaient 1 milliard et demi de francs. On peut évaluera 12 milliards la totalité des versements opérés dans ces divers établissements depuis leur originCf Celles de France ont possédé, en 1845, 560 millions de francs, divisés en 660,000 Uvrets : ces dépots ont été beaucoup diminués par suite de la crise de 1848. Celles d'Angleterre ont près de 900 millions. La première caisse d'épargne date, en Angleterre, de 1810, et en France (Paris) de 1818.

118 DD PRINCIPE DK POPPLATION.

ments moins utiles, puisque les déposants ne pensent qu'à eux-mêmes ; mais elles stimulent pareillement la bonne conduite , la prévoyance , Féconomie. C'est de la même manière qu'agissent les Sociétés de secours mutuels, qui procurent aux ouvriers d'une même profession des soins et des secours en cas de maladie; et les Assurance^ sur la vie, qui présentent des combinaisons diverses en cas de vie ou en cas de mort, dans l'intérêt du déposant ou celui de la famille, avec ou sans alimentation du capital; et encore, les institutions de crédit bien organisées, comme les banques d'Ecosse, fonctionnant à la fois comme caisses d'épargne et comme banques commanditaires . en faveur du travailleur économe et laborieux.

Rien n'est plus désirable donc que le développement de ces diverses combinaisons et autres qui pourront encore être inventées pour faciliter les économies des masses et la formation des capitaux, pour augmenter l'assurance mutuelle, la solidiarité et Tindépendance des hommes laborieux. Il resterait toutefois à traiter de la meilleure organisation de ces institutions, du meilleur moyen de les propager et des avantages ou des inconvénients qu'elles rencontrent dans l'intervention de l'Etat, ainsi que du degré de développement qu'elles sont susceptibles de prendre dans l'avenir.

Quoi qu'il en soit, nous pouvons conclure que, quant à présent, l'action des institutions de prévoyance est

à peu près insignifiante pour conlre-balancer celle du principe de population*, et que dans l'avenir ces établissements ne seront profitables aux classes les plus nombreuses que si, avec l'économie et le travail, ces classer font pénétrer dans leur conduite la principale des prévoyances.

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