‹ Du principe de population: egergie de ce principeChapitre 5 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

POSlTlOiN DE LA QUESTION DE POPULATION.

I. Le principe de populalion entrevu par plusieurs économistes et dé* montré par Malthus. — II. Singulières aberrations au sujet de cet économiste.

I» — I<e principe de population entrevu par plusieurs éeo« nomisles et démontré par Malthus.

Ce titre de Population comprend sans contredit le plus vaste sujet de l'Économie politique; car on pourrait, en traitant des questions qui se rattachent à la population (et tout en se restreignant dans le domaine du Travail et de sa rémunération), parcourir très-naturellement le champ entier de la science éco-

DU PniNCIPE DE POPULATION.

nomique et en écrire un cours complet. En effet, la population est à la fois le but et le moyen de l'industrie humaine, qui crée la richesse. C'est en vue d'elle et par elle qu'a lieu la production ; c'est par elle encore que s'opère la consommation. Ce n'est donc pas sous son aspect général que nous considérerons ici ce vaste sujet : nous nous circonscrirons dans le cercle des questions que fait naître le nombre des hommes, et dont la discussion éclaire celles qui se rattachent aux questions fondamentales de l'offre et de la demande, de la concurrence, des salaires et de la condition des sociétés. Ce cercle est encore fort étendu.

Les questions qu'il embrasse ont souvent été discutées, surtout dans le courant du dernier siècle et de nos jours; mais celui de tous les écrivains qui les a le plus et le mieux creusées, celui dont les idées forment pour ainsi dire à cet égard le pivot des discussions des économistes^ des moralistes et des publicistes de tout ordre, c'est sans contredit le célèbre Malthus, sur les recherches et, nous pouvons le dire, sur les découvertes duquel il faut avant tout nous arrêter.

C'est Malthus qui a posé la question ; c'est lui qui en a le premier démontré la suprême importance ; c'est lui qui a recueilli les éléments scientifiques de la discussion dans son célèbre Essai sur le principe de la population^ publié en 1803, et auquel il avait pré^

ludé par un premier coup d'œil sur le sujet en 1798, en répondant à des propositions de Godwin, qui devait à son tour, vingt ans après, maïs sans succès, chercher à le réfuter. Ce n*est pas qu'avant Malthus il n'ait été émis certaines idées justes sur la population par un petit nombre d'écrivains, par quelquesuns de l'école physiocratique, et par James Steuart, Adam Smith, Wallace, Hume, Gian Maria Ortes, etc. *; mais c'est au philosophe anglais qu'appartient l'honneur d'avoir vu et signalé la profondeur du problème, d'^i avoir fait l'objet de nombreuses recherches statistiques et historiques, et d'avoir produit un important faisceau de lumières.

Jusqu'au commencement de ce siècle, jusqu'à Malthus, les législateurs, les hommes d'État, les philosophes, partaient de ces aphorismes : « La population est toujours un bien*. — Là où est la population, disait-on, là est la force. — C'est par le nombre de leurs sujets, disait Vauban, que la grandeur des rois se mesure. » On ne tenait pas compte des conditions dans lesquelles cette population pouvait vivre ; personne ne combattait la proposition, et toutes les institutions sociales tendaient à faire grossir le chiffre de la population. Colbert, Pitt, Napoléon lui-même, ont voulu accorder des primes aux producteurs de nombreuses

* Voir une note historique h la fin de œt écrit.

* Montesquieu professe cette opinion dans les Lettres persanes^ à pix>pos de la population de Ferapire romain.

DU ntlMCil'Ë LE POfULATlUM.

familles, et le parlement sarde abrogeait seulement en 1852 une loi rédigée dans cet esprit*. On ne se doutait pas qu'il faut que le nombre des hommes se proportionne au capital disponible, afin que le capital et le travail produisent leur plus grand effet possible; et Ton croyait que, s'il était constaté, par exemple, que mille travailleurs produisent un million, il n'y aurait qu'à faire naître dans l'État deux rpille travailleui's pour obtenir deux millions. Les lois de tous les pays de l'Europe ont pris naissance sous l'empire de cette idée, et aujourd'hui encore législateurs et publicistes, prêtres et philosophes, moralistes et poètes, invoquent en majorité cette doctrine. On croit encore assez généralement que c'est le propre d'un bon gouvernement et d'un législateur éclairé de faire tout ce qui est en son pouvoir pour augmenter artificiellement la population.

Le dix-huitième siècle enseignait aussi générale^ ment que le sort des hommes dépend complètement des lois ou des arrangements sociaux et politiques par elles formulés. Ce fut l'opinion de l'antiquité, et ce devait être encore celle de la Révolution française et des gouvernements de nos jours.

De cette croyance, combinée avec les prescriptions religieuses, et flattant l'amour-propre des gouvernements et la manie réglementaire des administrations,

*■ Voir uue note finale sur les primes à la population.

étaient nées dans les diverses classes de la société la doctrine du droit des pauvres à être entretenus parla société, et diverses utopies et illusions populaires.

Cest contre cette triple erreur (sur la population, la portée des lois et la possibilité d'organisations sociales chimériques) que Malthus a réagi en en signalant les dangers pour la société tout entière et pour les classes pauvres en particulier, les premières à souffrir des \iolations des lois naturelles. — 11 a montré à quelles conditions Taccroissement de la population est un bien, et quels maux en résultent inévitablement, si Fespèce humaine n'use de son libre arbitre pour régler cet accroissement proportionnellement à ses moyens d'existence. — Il a ré\élé à l'homme une belle partie de sa propre responsabilité, en lui enseignant que les progrès des mœurs et de la prévoyance, l'énergie du travail, ont sur la condition des hommes une plus grande influence que les actes des législateurs ou des gouvernements.

Il a montré les illusions des Politiques, qui promettent toujours aux populations trop crédules plus qu'ils ne peuvent tenir; celles des Philanthropes, qui exagèrent la portée des institutions et des mesures charitables et en mécx)nnaissent le danger; celles des Socialistes (ou inventeurs de sociétés nouvelles) de son temps, et en particulier ce prétendai Droit au travail ou à l'assistance, à l'aide duquel, la logique ai-

dant, on arrive à la violation de la propriété, def de voûte de rédifice social.

Il a rendu un immense service à la société, et, pour le récompenser, on Ta fait responsable des lois méconnues dont il signalé l'existence; on l'a accusé des maux dont il a cherché et indiqué le remède, et il a retiré de son livre, comme a dit M. Du Puynode, les injures que mériterait à peine la plus coupable action.

Nous devons donc tout d'abord exposer ses idées, et indiquer, chemin faisant, l'appui que lui ont prêté et les modifications qu'ont apportées à sa doctrine d'autres économistes éminents, ainsi que les fâtagérations auxquelles elle a donné lieu, les sottises dont l'ignorance l'a rendue responsable, et les principales objections ou critiques dont elle a été l'objet. Mais, avant tout, il ne sera pas hors de propos de dire quelques mots de la manière dont on est parvenu à travestir ses pensées et ses sentiments dans l'opinion publique.

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