‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 13 sur 82 · CLIENTS · texte numérisé non relu

CLIENTS

exclusive des quîrites; longtemps ils ne purent se choisir de patrons que dans la caste patricienne. A la fin, une place leur fut assignée dans FÉtat, et les plébéiens purent se placer sous le patronat de la classe plébéienne.

Dans le principe , les rapports de clients à patrons furent ceux de faibles à forts, de protégés à protecteurs, de fifs à pères. Ces rapports établissaient entre clients et patrons des droits et des devoirs réciproques, dont nous parlerons en traitant du patronat, au chap. IV ciaprès.

Plus tard , et notamment sous les empereurs , ces droits et ces devoirs disparurent. Alors le patronat n'exista plus que de nom , et la clientèle ne fut plus qu'affaire de corruption et de luxe. Les clients ne servaient plus, en effet, qu'à faire cortège au patron quand il sortait, voyageait ou se promenait,, et qu'à faire antichambre des journées entières dans le vestibule de sa maison, attendant le salut ou le sourire du maître. Ils se levaient avant l'aurore, dit un poète, pour accourir chez le patron , et tâcher de devancer leurs rivaux. Ils ne prenaient pas même le temps défaire leur barbe et accouraient à moitié chaussés ^ .

Ou appelait salutaiores ceux de ces clients qui se contentaient de la simple visite obligée au patron ; assectatores ou deductores ceux qui, outre cela, descendaient avec lui au forum ; etproseeutores ou anteambulones ceux qui le suivaient en tous lieux et ne le quittaient point de la journée. Les Romains trouvaient que traîner ainsi après soi une nombreuse suite de gens donnait une grandeur et une majesté vénérables; et, dans

* MarLX, 82; XIV, 125; m, 36.

le fait, ils avaient raison, la multitude n'étant 4)or-» tée à estimer les grands qu'à cause du fracas qu'ils font^

Un savant annaliste, l'auteur de Rome au siècle d'Auguste , a décrit ainsi qu'il suit les misères d'obsé-quiosité et do famélique dépendance des clients du temps de Martial, de Juvénal et dé Sénèque :

Au petit jour, sur les vestibules des grandes maisons, ou même dans la rue pour la plupart^ on voit des rassemblements plus ou moins nombreux qui viennent là se morfondre en attendant que les portes s'ouvrent : c'est la foule salutatrice des clients. A la vue des gi-oupes on reconnaît à peu près le patron; si c'est un ora«* teur, un magistrat, un jurisconsulte ou simplement un homme riche.

Pendant que les clients vulgaires attendent ainsi dehors, les amis et les clients du premier et du second ordre, ceux qui ont chez le patron leurs entrées partie culières, se glissent dans la maison, soit par la porte de derrière, soit par celle du vestibule qu'on leur ouvre à moitié, et vont prendre part à des réceptions ap« pelées premières et secondes admissions.

Le jour paraît tout à fait ; le janilor ouvre à ceux qui n'ont que les entrées publiques, et la foule se précipite dans Yatrium. Là, les clients font une nouvelle station pendant qpie le patron se tient enfermé avec un petit cercle d'amis ou même sommeille encore. Cette réception du matin s'appelle salutation.

Enfin, des esclaves annoncent son entrée. Ceux qui ont la tête couverte d'un pan de leur robe se hâtent de se découvrir; les conversations cessent aussitôt, etcha-

^ Voy. Dezobryy Rome au siècle d'AugiiSte^ I, p. 424.

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