‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 114 sur 168 · CONVENTION. — THÉORIES RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

CONVENTION. — THÉORIES RÉVOLUTIONNAIRES

composer la fortune de tous. Ils étaient là, quinze ou vingt, sur la crête de leur montagne, docteurs de cette «école de fraternité, » qui luttait, comme dit Louis Blanc, contre les tendances égoïstes de la bourgeoisie *, et qui essayaient, sur le bon sens de leurs collègues, l'effet de leurs extravagantes rêveries, comme l'alchim-ste, dans son laboratoire, essaie, sur la matière inerte, ses procédés hermétiques et ses combinaisons de substances. Pour eux, la solution du problème de la misère n'était nulle autre part ailleurs que dans le nivellement de toutes les inégalités sociales et dans le transvasement du trop du riche dans le pas assez du pauvre. Pour cela, il fallait abolir le droit de propriété*, appliquer à la France les lois de Platon et de Lycurgue % distribuer également, entre tous, les biens de la terre, notre mère commune^, etc., etc. Or, c'était la doctrine que prêchaient, de concert, Robespierre % Saint-Just % Marat %

* Voy. Louis Blanc, Histoire de la Révolution française, l. I, p. 533^

* Robespierre définissait la propriété : « Le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi » (Art. 7 du projet de déclaration des droits). Il ajoutait que a la propriété ne peut préjudicier ni k la sûrelé, ni à la liberté, ni à l'existence, ni à la propriété de nos semblables » (art. 9j} maxime par laquelle on pouvait justifier toute espèce de spoliation.

^ Le beau régime que c'eût été! (Voy. ce que nous avons dit des lois de Lycurgue et de Platon dans notre premier volume, p. 297 et 298}.

* Voy. Histoire parlementaire de la Révolution, t. XXVI, p. 52 et

* Voy. la note 2 ci-dessus; et Sudre, Histoire du Communisme, p. 266, 269.

« Sainl-Just se montrait surtout partisan de la loi agraire : « Un homme n'est fait ni pour les méliers ni pour l'hôpilal. Il faut que l'homme vive indépendant; il ne faut ni riches ni pauvres... » (Voy. Fragments de Saint-Just sur les institutions républicaines, trouvés dans ses papiers et publiés par Ch. Nodier en dSSi).

' Marat proposait de réduire tous les riches à la condition des sans-

Babeuf et autres, voire môme le girondin Rabaut de Saint-Élienne ^ tant était générale la monomanie du niveau qui troublait alors les meilleures tôtes.

Mais la Convention, — tant qu'elle fut libre du moins, — s'opposa énergiquement aux doctrines qui portaient atteinte à la propriété. Le 18 mars 1793, elle avait décrété la peine de mort contre quiconque proposerait la loi agraire '. Après le 31 mai, bien que décimée et asservie, elle n'accepta point les théories de Robespierre et de Saint-Just, se montrant bien plus touchée de cette parole de Vergniaud : w Chaque déclamation contre les propriétés voue quelque terre à la stérilité, quelque famille à la misère... » Dans la déclaration des droits de l'homme, placée en tête de la constitution de 1793, elle définit la propriété : « Le droit qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie ; » définition qui se trouve reproduite dans la constitution de l'an III.

Ces principes, la Convention les viola souvent, soit en fixant un maximum de prix pour la vente des denrées et marchandises, et pour les salaires, maind'œuvre et journées de travail *, soit en séquestrant les biens des riches pour indemniser les patriotes indigents % etc., etc. Mais, en les violant, elle ne les nia

culottes « en ne leur laissant pas de quoi se couvrir le... derrière » (Voy. Sudre, ub. supy p. 269).

* Voy. ci-après, p. 422, note 1 et 2.

* Voy. Histoire parlementaire, t. XXIII, p. 467.

' Voy. sur ce que c'était que la loi agraire, dans la république romaine, notre premier \olume, p. 295etsuiv.

* Décret du 29 septembre 1793.

** Le 3 mai 1794, Saint-Just fit adopter k l'unanimité le décret suivant : « Les propriétés des patriotes sont inviolables et sacrées j les

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