‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 65 sur 168 · Placements domestiques · texte numérisé non relu

Placements domestiques

Roundsmen. — Vicieux système. — Vagabondage organisé. — Ce qu'il faut faire pour l'éviter. — Placements à demeure. — Vieillards et enfants trouvés. — Avantages moraux et économiques.

Le placement chez les particuliers est le plus efficace et le plus économique moyen de soulager les indigents qui ne peuvent être secourus chez eux. Il est destiné à remplacer un jour les hospices. Mais, pour cela, il faut qu'il soit employé avec moralité, avec intelligence. Or c'est ce qui n'a pas toujours lieu en Suisse, où le système anglais des roundsmen est souvent appliqué. Les administrateurs des pauvres qui veulent placer ainsi un indigent lui remettent une espèce de billet à ordre sur l'un des contribuables de la commune, billet en vertu

* Voy ibid., p. 696.

2TÎ EUROPE PUOTESTAISTE.

duquel l'indigent est logé, nourri, et entretenu, pendant une durée de un à dix jours, chez le contribuable, moyennant l'indemnité convenue que celui-ci reçoit de la commune. Ce délai expiré, l'indigent est placé de la même manière chez un autre particulier. Ainsi promené de maison en maison, il ne s'attache à personne et personne ne s'attache à lui; là est le vice de ce système de ronde. C'est une sorte de vagabondage organisé. Quelques malheureux en profitent pour trafiquer de la charité qu'on exerce envers eux. Ils s'arrangent avec le propriétaire chargé de les nourrir, pour qu'il leur donne un équivalent pécuniaire; et, l'argent reçu, ils vont rançonner une autre personne*.

Mais ces exemples sont rares, et, le plus communément, les placements chez les particuliers se font pour plus longtemps et de manière à être profitables, tout à la fois, à l'indigent placé, au voisin qui le reçoit, et à la commune qui paye.

C'est ainsi que, dans le canton de Genève, 287 indigents, des deux sexes, tant vieillards qu'infirmes, ont été placés en 1845, individuellement et à demeure, à la campagne, chez des fermiers ou des paysans, moyennant un prix de pension de 180 fr. chacun, par année, soitSO centimes par jour ^, ce qui fait juste la moitié de ce que coûtent ces indigents dans nos hospices, et cela en laissant de côté les frais de construction et d'appropriation de ces riches palais de la misère.

C'est ainsi encore que, dans le même canton de Ge-

* Naville, ub. swp.,t. I, p. 95.

'^ Martin-d'Oisy, î(6 swp., p. 624. — La mortalilé, dans le courant de Tannée 1843, a été de 12 indigents sur les 237, c'est-à-dire d'environ l/20«(/6îd., p. 686)

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