SUISSE. — MOYENS RESTRICTIFS
dans l'institut d'Hofwill, que les rapports, à la fois fraternels et hiérarchiques , des trois classes entre elles. Une société, reposant sur une base triangulaire aussi solidement établie, ne craindrait pas d'être ébranlée par les soubresauts des révolutions, ou les assauts de la misère.
Hofwill, comme une métropole, a fondé des colonies. Tout à l'entour, et au loin, dans le canton de Berne et dans d'autres cantons, se sont élevées à l'envi des écoles rurales où l'agriculture est le premier objet de l'enseignement. Malheureusement, les résultats pécuniaires ont souvent fait défaut aux espérances de leur fondation S Mais Fellemberg et son élève Wherli n'ont pas pu semer dans le vide, et l'avenir donnera, un jour, sous ce rapport, ce que le passé a refusé, ce que le présent ne donne pas encore.
§IV
Moyens restrictifs d'obvier à la misère.
Siigmalisalion de l'assistance. — Empêchements aux mariages. — Recherche de la paternité.
L'inconvénient majeur du droit à l'assistance est de faire naître de ce droit un irrésistible penchant à eu abuser. De là, les moyens employés, en Suisse, pour mettre un frein à cet abus, en contre-balançant la propension qui y pousse par une tendance en sens contraire. Delà, les mesures restrictives adoptées, dans la plupart des cantons, pour faire de l'indigent assisté une sorte d'outlaw, et pour empêcher que le mariage ou les
* Naville, ub. sup., 1. 1, p. 280 el 283.
liaisons illégitimes ne deviennent une source nouvello de misère, à la charge des communes.
i . Stigmatisation de l'assistance.
Vêtements de misère. — La marque. — L'afilche. — Exclusion des cabarets. — Prohibition des jeux et de la danse. — Conduite à l'église sous escorte. — Solidarité des familles.
Frapper d'interdiction l'indigent qu'on assiste, et le forcer à revêtir une livrée spéciale d'indigent, c'est l'assimiler au prodigue, à l'esclave, au forçat ; c'est lui faire acheter par l'humiliation le pain de l'aumône ; c'est l'éloigner de la table des pauvres par la honte seule de s'y asseoir.
Dans le canton de Thurgovie, on stigmatise les pauvres, en leur imposant un vêtement particulier, ou des marques distinctives qu'ils doivent porter sur leurs habits.
On fait plus dans le canton d'Appenzel : on publie à l'église les noms des assistés, et l'on place, à côté du nom de l'indigent, le montant de la somme qu'il a reçue.
A Fribourg, on affiche les noms des assistés dans les auberges, et il est défendu de les en effacer.
A Berne, on punit de la prison et du travail forcé la moindre irrévérence de l'indigent envers le préposé aux secours de la paroisse.
Dans les cantons de Fribourg et de Berne, l'entrée des cabarets est interdite aux indigents assistés. L'habit particulier qui les couvre permet à tous de les reconnaître.
A Fribourg, le cabaretier qui vend à un prébendaire