PREMIÈRE PARTIE
PREMIER -MÉMOIRE
§ Ier. Expériences et Recherches sur les pertes
de sang.
35i°. L’utilité des saignées dans une foule de cas , l’abus qu’on en a fait dans d’autres , des observations d’hémorragies énormes chez l’homme, sans que la mort s’en suivît, m’ont conduit à faire sur les animaux un grand nombre d’expériences dont je vais mentionner ici les principales; M. Bruguière m’a beaucoup aidé dans cestravaux. Je dois noter qu’ils ont été faits dans l’hiver de 1826, et que le thermomètre marquait toujours de 3 , l\ ou 5 degrés au-dessous de o.
3 52°. Ire Exp. On ouvre la veine crurale gauche d’un chien de quatre ans, du poids de soixante livres, d’une force musculaire très-développée, et dont le pouls est trèsplein. Hémorragie abondante pendant un quart-d’heure : nul affaiblissement dans les contractions musculaires et dans les battemens du cœur. Ouverture de la veine crurale droite : hémorragie aussi abondante que la première; accélération des battemens du cœur, qui sont affaiblis. L’écoulement de sang veineux est insuffisant pour déterminer la mort. Section transversale de l’artère crurale;
petitesse et accélération extrême des battemens du cœur; mouvemens respiratoires convulsifs; contractions tétaniques des muscles extérieurs du tronc ; la vessie et le rectum se vident des matières qu’ils contiennent : mort apparente quatre minutes après l’ouverture de l’artère. La tête de l’animal étant fortement inclinée vers la terre, il se manifeste quelques mouvemens des lèvres et des mâchoires; perte de sang veineux, cinq livres douze onces; perte de sang artériel, douze onces; total, six livres et demie. Ainsi, il a fallu que le chien perdît, en une seule fois, un dixième de son poids de sang pour périr.
353°. II e Exp. Sur un chien de dix mois, du poids de cinquante livres, très-musculeux, mais dont le pouls est un peu moins fort que chez l’animal de la première expérience, mêmes opérations, suivies de phénomènes semblables. L’hémorragie est prompte ; elle est obtenue en une seule fois , et dans l’espace d’une heure. On tire deux livres huit onces de sang veineux, deux livres de sang artériel; total, quatre livres et demie, par conséquent à peu près le onzième du poids du corps : c’est après une hémorragie pareille que la mort a lieu.
354°. Pendant les opérations successives faites sur ces deux animaux, toutes les parties de leurs corps avaient été constamment maintenues sur un plan horisontal : conséquemment l’afflux du sang vers le cerveau avait été toujours facile. L’animal a donc pu perdre beaucoup de sang sans que l’encéphale cessât d’être stimulé. La syncope n’a eu lieu que par l’effet d’un épuisement absolu; aussi, la position déclive de la tête de l’animal, pour faire cesser l’évanouissement, n’a point eu de succès dans le premier cas, et bien peu dans l’autre.
355°. IIIe Exp. Un chien, du poids de trente-neuf livres , d’une force musculaire très-prononcée, a offert les résultats suivans :
La mort n’est survenue qu’après la perte de deux livres douze onces de sang artériel, c’est-à-dire le quatorzième à peu (près du poids du corps; ce sang a été tiré en une seule fois : l’hémorragie a duré près de trois quarts-d’heure. A cette époque, le chien, qu’on croyait épuisé par la perte de sang et par les souffrances, et partant incapable de mouvemens violens, a été démuselé; mais bientôt il a commencé à donner des signes énergiques d’une colère encore
puissante; il a essayé de se relever avec violence. Vers la lin de l’hémorragie , lorsque les battemens du cœur se sont affaiblis , et avant que la respiration ait été abdominale , la vessie et le rectum se sont vidés spontanément des matières qu’ils contenaient.
Pendant les phénomènes nerveux analogues à ceux observés dans les deux premiers cas, et qui précédèrent de peu de temps la mort, le jet artériel s’arrêtait; il reparaissait quand ces phénomènes cessaient.
356°. IVe Exp. Un chien de deux ans, du poids de vingt-sept livres, d’une force musculaire assez développée, n’a pas mangé depuis vingt-quatre heures au moins. Le 28 décembre, l’ouverture d’une des veines sous-cutanées du pli de la patte droite étant faite, neuf onces de sang se sont écoulées dans l’espace d’une demi-heure ; vers la huitième once, la vessie et le rectum se vident : contractions très-violentes des muscles.
357°. L’hémorragie n’a pas autant affaibli l’animal qu’on pourrait le croire ; il marche pendant près de deux lieues ; il tombe en arrivant, mais il se ranime bientôt; il ne mange que le lendemain matin, et repose parfaitement la nuit.
358°. Le 3o décembre , ouverture de l’une des jugulaires externes; issue assez prompte de neuf onces et demie de sang. Le chien va tranquillement gagner un coin, où il se repose; ses forces ne paraissent pas sensiblement altérées.
3590. Le 3i décembre, dix onces de sang lui sont extraites en moins de cinq minutes, par l’ouverture de la veine jugulaire externe droite. L’hémorragie s’arrêtant , l’animal est mis en liberté; il chancèle, tombe, urine; il est agité de quelques mouvemens convulsifs, fait de profondes et longues expirations; il paraît dans un grand affaissement. Quatre minutes de repos dans une position liorisontale dissipent ces accidens, et, au bout d’un quart-d’heure, l’animal est en état de se mettre en chemin ; mais il est tellement abattu, qu’au moindre attouchement il se couche et s’étend nonchalamment. Le 3i, il n’a pas voulu marcher; mais, arrivé dans l’écurie, il s’est promené. Le icr janvier, il a peu mangé et beaucoup bu.
36o°. Le 2 janvier au matin , il est à jeun . On lui ouvre largement la jugulaire externe droite (le chien est debout, la tête levée). Déjà dix-huit onces de sang s’étaient écou-
lées et rien n’annonçait une syncope. L’hémorragie cesse. On met l’animal dans une position totalement verticale ; après deux minutes, la respiration devient stertoreuse, difficile et plaintive; des mouvemens convulsifs se manifestent, et dans les yeux, et dans la partie supérieure du tronc: l’urine s’écoule, les excrémens sortent; le cœur ne bat plus. On met alors la tête dans une position déclive; ces phénomènes disparaissent bientôt. Trois fois ces expériences sont renouvelées, trois fois les mêmes résultats sont obtenus. La quatrième fois le cerveau est placé dans cette même position déclive, il ne se manifeste que quelques niouvemens convulsifs, et la mort a lieu. Chaque fois que l’animal était mis dans une position verticale, l’urine et les excrémens sortaient; ces déjections cessaient quand la tête était basse.
36 1°. Nécropsie : Muscles décolorés; le système artériel entièrement vide de sang; le ventricule et Loreillette droits, les veines caves vers leurs embouchures contiennent un peude sang d’un noir roussâtre, fluide. Lavessieestvide; le foie, l’estomac, la rate sont peu colorés; les poumons contractés, refoulés dans la poitrine, repliés sur eux-mêmes, et d’un gris pâle. Le cerveau, la moelle épinière et ses enveloppes contiennent peu de sang. Si l’on se rappelle que l’animal n’est mort que lorsqu’il a été mis plusieurs fois dans une position verticale; qu’avant les syncopes provoqués par cette attitude, le chien était assez bien portant; qu’à l’ouverture on n’a trouvé qu’un peu de sang veineux dans le cœur, on en conclura : i°. qu’il faut peu de sang pour l’entretien de la vie; 2°. que tant qu’il se porte un peu de ce fluide vers le cerveau, la mort n’a pas lieu.
302°. Ce chien avait perdu en cinq jours près de trois livres de sang, c’est-à-dire plus du dixième de son poids sans mourir.
363°. Ve Exp. faite sur un chien couchant , de dix-huit mois, du poids de trente-septlivres, d’une force musculaire moyenne et d’une bonne santé. Le 2 janvier , ouverture de l’une des jugulaires externes (le chien est debout sur ses quatre pattes pendant toute l’opération ) : issue rapide d’une livre et demie de sang; pas de syncopes; contractions du cœur peu ralenties; forces musculaires à peu près les mêmes. L’hémorragie s’arrêtant, le chien est mis en liberté, il se promène quelque temps et va se reposer dans
un coin. Api’ès un quart d’heure, ouverture de l’autre veine jugulaire externe. Quatre onces de sang sont à peine écoulées; lespattes de derrière fléchissent, l’animal tombe, l’hémorragie s’arrête; syncope imminente; on élève le siège et les extrémités postérieures de deux pieds au-dessus du niveau de la tête; à l’instant, quoiqu’on vienne d’ôter la ligature, le sang coule avec abondance par la plaie; l’animal se soutient sur ses pattes de devant pendant une minute, ses yeux reprennent l’éclat qu’ils avaient perdus, ses forces musculaires se raniment. On relève soudain sa tête de deux pieds à peu près au-dessus du siège; quelques secondes après, contractions tétaniques ; la tête se renverse en arrière , l’hémorragie s’arrête, les mouvemens du cœur sont suspendus; on met aussitôt l’animal dans une position lxorisontale, à l’instant il pousse un profond soupir et un cri. Après quarante secondes il se relève et se soutient sur ses pattes, quoiqu’avec difficulté, puis il marche et va se coucher dans un coin. Les battemens du cœur sont réguliers et faibles; les forces de l’animal, après un repos d’une heure, paraissent presque rétablies.
364°. Le 3 janvier le chien a beaucoup mangé le matin; le soir on lui extrait, étant constamment tenu debout, treize onces de sang par l’ouverture de la veine jugulaire externe droite ; le jet est rapide et large. Après cette saignée l’animal manifeste encoredes mouvemens musculaires très-énergiques , quoique les mouvemens du cœur soient presque nuis ou du moins très-affaiblis.
365°. Le 5 janvier, le chien étant debout, la tête un peu plus élevée que le tronc, on ouvre la veine jugulaire droite : écoulement x’apide de vingt-deux onces de sang : nul phénomène de syncope; l’animal est mis alox-s dans une position totalement verticale; bientôt cessation de l’hémorragie; battemens du cœur imperceptibles, respiration suspirieuse, largement et longuement développée; la vessie et le rectum se vident; les yeux de l’animal se convulsent, les autres mouvemens musculaires sont suspendus; on met la tête dans une position très-déclive, deux onces de sang s’écoulent par l’influence de celte position, la respiration devient plus facile, les battemens du cœur reviennent, les yeux s’animent, l’animal lève sa tête et la soutient; des nausées surviennent, on arrête l’écoulement du sang; le chien avait mangé une heure avant l’ex-
périence ; mort dans la nuit, le sang obtenu est trèsséreux.
366°. Nécropsie. Les muscles sont très-colorés, les veines sous-cutanées fortement injectées; les veines pulmonaires gorgées d’un sang très-noir; le ventricule droit est distendu par ce fluide, l’oreillette droite, les veines caves et pulmonaires contiennent une matière opaline, tremblotante, se liquéfiant promptement par le contact de l’air en un fluide analogue au sérum.
367°. Les poumons, excepté dans les endroits correspondans aux principales branches des veines pulmonaires sont d’un gris pâle, refoulés contre la colonne vertébrale’ Le foie^st d’un jaune pâle, excepté dans les endroits où les principaux troncs des veines hépatiques sont gorgés de sang. La rate est d’un rouge noir et imbibée d’un sang noir.
368°. La vessie contient encore deux ou trois gouttes d’urine et présente une flaccidité et une pâleur remarquables.
369°. L’estomac renferme quelques alimens réduits en une bouilliejaunâtre, fétide; il est contracté : ses rides sont extrêmement prononcées. Au reste, la muqueuse est pâle, si ce n’est près du pylore, où elle a une teinte rosacée. Les intestins sont pâles et contractés sur eux-mêmes, si fortement dansquelques endroit, s, qu’ilsressemblent à une corde bien tendue.
370°. Les muscles de la tête sont peu colorés comparativement à ceux du tronc et des extrémités. Les veines du cerveau sont vides de sang. Le cerveau intérieurement est pâle; à peine aperçoit-on à l’extérieur et sur la duremère quelques capillaires remplis de sang veineux : même état de choses dans la moelle épinière et dans ses membranes.
371°. Ce chien perdit en quatre jours, quatre livres une once de sang, le neuvième à peu près du poids de son corps.
372°. Yle Exp. faite sur un chien du poids de trentecinq livres et demie, âgé de dix mois, plein de force, et n’ayant pas mangé depuis deux jours.
Incision longitudinale de la jugulaire externe droite : hémorragie rapide et abondante, le chien étant debout. Après cinq minutes la respiration s’accéléré, devient stertoreuse, l’ animal écume, il se plaint. Ces effets sont évidemment dus à une congestion cérébrale produite par la forte compression exercée autour du cou, pour faire gon-
fier la jugulaire ; car la compression étant diminuée, ses effets cessent; ils reparaissent si elle est exercée comme auparavant. Ajoutons à cela que lorsque la respiration était stertoreuse, le sang veineux était d’une couleur noire , assez foncée, et que lorsqu’elle devenait plus facile, le sang était plus rouge. L’hémorragie durait depuis dix minutes; deux livres de sang avaient été recueillies et l’animal ne tombait pas en syncope. Vainement voulut-on la produire en mettant le cliien dans une position verticale. Le sang ne coulant plus, ouverture de la Veine correspondante : l’on obtient encore une petite quantité de ce fluide. L’animal se débat vigoureusement, son cœur bat avec une force étonnante. Appuyé sur ses pattes de derrière, celles de devant étant légèrement fléchies, sa tête étant par conséquent inclinée en bas, on lui ouvre en même temps les deux artères crurales, écoulement prompt de neuf onces de sang; l’hémorragie s’arrête, l’animal cesse tout à coup de se plaindre, fait deux grandes inspirations et paraît mort. Mis alors dans une position horisoritale, au bout de deux minutes, une quinzaine de mouvemens expirateurs ont lieu; placé dans une position verticale, un peu de sang s’écoule encore par l’ouverture des artères, et les mouvemens expirateurs cessent. L’animal est mort.
3y3°. La perte de sang fut ici de près de trois livres, c’est-à-dire près du douzième du poids du corps. Cette énorme perte de sang fut supportée en quelques minutes; tout porte à croire que l’animal ne serait pas mort si on l’avait laissé dans la position horisontale.
3/4°. VIIe Exp. Un chien de chasse de vingt mois, du poids de vingt-deux livres, d’une force musculaire moyenne, n’ayant pas mangé dans la journée, perd rapidement, la tête étant tenue élevée, quatorze onces de sang par l’ouverture de l’une des jugulaires externes. Nul phénomène notable, si ce n’est la défécation survenue immédiatement après l’hémorragie ; le chien est peu affaibli , il est mis à la diète et ne boit que de l’eau. Le 6 janvier on extrait par l’ouverture de l’une des jugulaires externes autant de sang que la veine comprimée peut en fournir; dix onces. L’animal, abandonné à lui-même, tombe; il respire péniblement. Après huit minutes, il se relève et se promène; les contractions du cœur, imperceptibles vers la fin de l’opération, se prononcent alors. Le sang, de plus en plus
SUR LA CIRCULATION. 2l5
rongea mesure qu’il s’écoulait, était très-peu séreux. Diète, eau pour boisson.
375°. Le 7 janvier, les forces et les contractions du cœur sont redevenues ce qu’elles étaient la veille avant la saignée, huit onces et demie de sang sont extraites par la jugulaire externe droite. Pour favoriser l’écoulemeut du fluide, la tête est maintenue élevée, et on la laisse dans cette position jusqu’à ce que l’hémorragie s’arrête spontanément. Le chien fait de violens efforts pour s’évader; à peine est-il abandonné à lui-même qu’il tombe sur le flanc droit. 11 reste ainsi pendant quatre minutes environ; il se lève, mais se soutient, quoiqu’avec peine; ouverture de la fémorale gauche, issue lente de trois onces de sang; respiration stertoreuse , mouvemens du cœur précipités et affaiblis, bientôt imperceptibles; l’animal meurt après qae/ques contractions tétaniques.
376°. La nécropsie nous a fourni les mêmes remarques que celle du chien (n° 366), si ce n’est que Je système artériel contenait très-peu de sang.
3 770. Ce chien périt après avoir perdu, en quatre jours deux livres trois onces de sang, c’est-à-dire à peu près le dixième de son poids.
378°. VIIIe Exp. Le 9 janvier, on ouvrit la veine jugulaire gauche d’un chien caniche bâtard, âgé de deux ans, pesant vingt-une livres, d’une force musculaire développée: écoulement abondant de sang. L’hémorragie s’arrête après cinq minutes : ouverture de l’autre veine jugulaire, issue peu considérable de liquide; quatorze onces de sang sont extraites; du reste, l’animal est peu affaibli. Il n’a rien mangé depuis vingt-quatre heures; on continue à le tenir à une diète absolue.
379°. Le 10 janvier, section des veines jugulaires gauche et droite; issue de onze onces de sang. Le 12 janvier, ouverture de la veine jugulaire droite; jet de sang rapide, il cesse après quelques minutes; on élève alors les parties postérieures de l’animal, de telle sorte que la tête est penchée verticalement, le jetrecommence; l’animal, placé liorisontalement, l’écoulement cesse instantanément; sang extrait, neuf onces. L’expérience étant terminée, l’animal a bu environ autant d’eau qu’il avait perdu de sang; unelieure après tentatives vaines pour obtenir de nouveau sang; diète.
38o°. Le i3 janvier, il abeaucoupbu, n’a pasmangé; ilest
fort. Ouverture des veines jugulaires; écoulement de six onces de sang Irès-séreux. Après huit minutes, respiration. difficile , stertoreuse ; affaiblissement des mouvemens du cœur; violentes contractions musculaires ; mort. Il est évident que ce chien eût survécu à une sa gnée du dixième du poids de son corps obtenue en quatre jours et que les dernières six onces du 1 3 janvier l’ont seules fait périr.
38i°. IXe Exp. Sur un chien danois, âgé de dixliuit mois, d’une grande force musculaire, du poids de vingt -huit livres et demie, section de la veine jugulaire droite; écoulement rapide de quinze onces de sang; après cinq minutes, l’hémorragie cesse ; section de la seconde jugulaire; huit onces de sang s’écoulent; mais vers la fin de cette saignée, la respiration devient petite, et presque insensible; la faiblesse de l’animal est très-prononcée; au bout de quelques minutes, il paraît plus fort ; il se relève, se soutient un instant avec peine sur ses pattes et tombe immédiatement après comme mort. On élève les extrémités postérieures, l’animal reprend promptement assez de force pour pouvoir se soutenir sur ses pattes et marcher; il perdait encore du sang dans cette situation, on défait la ligature, le sangcesse de couler; lechien urine, ne sesoutient plus, on le soulève de nouveau en lui soutenant le tronc, il se ranime, la respiration est convulsive , suspicieuse , les mouvemens du cœur sont nuis; râle. On relève la tête dans la crainte que ce soit une congestion cérébrale; l’animal rend les fèces, et paraît mort.
382°. L’ouverture est faite sur-le-champ; le cœur bat avec force, on l’incise, le sang en jaillit fortement; détaché de la poitrine ses baltemens sont forts ; on recueille quatre onces de sang dans le thorax ; ce liquide ne coule plus, soit qu’on élève le siège, soit qu’on élève la tête. Point de caillots dans le cœur, point de fibrine coagulée.
383°. Dans ce cas une saignée d’une livre et demie faite très-promptement a causé une mort apparente, il n’y avait pas cependant de cessation dans l’action du cœur, qui contenait encore du sang, mais le liquide n’était pas assez abondant pour être porté vers le cerveau.
384°. Xe Exp. sur un très-petit chien griffon, de trois mois, du poids de six livres et demie; le jo janvier, extraction de quatre onces de sang par la jugulaire gauche, l’animal est peu affaibli ; diète; le 12, extraction de trois
onces de sang; l’animal est peu faible. Le i3 nouvelle hémorragie de quatre onces; le rectum se vide, l’animal se soutient facilement sur les jambes de derrière.
385°. Le 1 5 janvier, large ouverture de la jugulaire droite; jet de sang volumineux (trois onces et demie); les hattemens du cœur s’affaiblissent; l’animal jette un cri; il a des contractions tétaniques, il cesse de respirer pendant deux minutes ; on ôte la ligature, on élève les extrémités postérieures; le chien reste immobile pendant quelques secondes; peu à peu retour à la vie; la respiration se rétablit, les battemens du cœur reprennent de la force; le chien soulève sa tête et se soutient sur ses pattes antérieures, les extrémités postérieures paraissent paralysées; soixante - quatorze heures après, l’animal est assez fort pour se soutenir facilement et faire quelques pas ; puis il tombe ; on soulève les extrémités postérieures; mêmes phénomènes que précédemment; cette opération a été renouvelée plusieurs fois, et toujours avec le même succès; mort.
386°. Ce jeune chien a supporté la perte de quatorze onces et demie de sang, du huitième du poids du corps, en cinq jours; il a survécu quelque temps; peut-être qu’en conservant mieux sa chaleur, il aurait pu se rétablir. II esta remarquer que lorsque la syncope est la suite d’abondantes émissions sanguines, elle devient mortelle si plusieurs fois on ranime le chien en stimulant le cerveau, et si l’on ramène la syncope en élevant la tête et les pattes antérieures.
387°. XIe Exp. Le i4 janvier, section des deux veines jugulaires sur un chien de chasse de six mois, du poids de neuf livres et demie et d’une force moyenne; extraction de sept onces de sang; l’animal est très-affaibli.
388°. Le 16 janvier, on tient les extrémités inférieures constamment abaissées. Large ouverture de la veine jugulaire droite ; issue de cinq onces de sang. On laisse l’animal dans cette position, et il est impossible d’obtenir plus de sang, même par l’autre jugulaire ; les battemens du cœur sont imperceptibles ; on maintient long-temps (un quart d’heure) la tête de l’animal élevée; la faiblesse devient extrême ; il paraît privé de tout mouvement , on sent quelques battemens artériels mais à peine sensibles; respiration imperceptible; il semble mort; cette syncope dure dix minutes; on relève les extrémités postérieures; retour à la vie; l’animal est placé chaudement.
21 8 COIXECTION DE MÉMOIRES
389°. Le sang obtenu offre une sérosité lactescente, qui semble transider du caillot, lequel a l’aspect d’un poumon hépatisé qui contient déjà du pus. L’animal est mort quelques heures après.
390°. Le ventricule gauche renferme du sang rouge, le ventricule droit du sang noir 5 les viscères ont peu de volume, les poumons sont revenus sur eux-mêmes.
391°. XIIe Exp. Jeune chien de trois mois, pesant dix livres, perte de quatre onces de sang le 23 décembre par l’ouverture de la saphène ; de trois onces le 24$ d’une once le 2 5 5 de quatre onces le 27. Ces saignées faites par les veines laissent de nombreuses plaies qui sont en voie de guérison. L’animal mange, boit et perd peu de forces. On extrait trois onces de sang le 28 , deux le 3o, trois onces et demie le 3i , quatre onces le 2 janvier, cinq onces le 4j ces nouvelles hémorragies ne paraissent pas affaiblir le chien, l’issue du sang est toujours rapide; l’animal reste cependant deux jours sans manger, mais il boit beaucoup. Le 5 janvier extraction de cinq onces de sang; le 6, hémorragie de cinq onces; quatre onces sont encore extraites le 7; le chien s’est bien porté les jours suivans et même plusieurs semaines après. Les plaies nombreuses qu’il a fallu lui faire pour obtenir du sang se sont cicatrisées; ses forces n’ont pas décru. A la fin des expériences, il sautait à trois pieds de hauteur sur une table; malgré les hémorragies et bien qu’il ait très-peu mangé, son poids est resté le même. Ici la perte de sang faite en quinze jours a été de quarante-trois onces et demie , plus du quart du poids de ce jeune animal ; jamais aussi on 11’a fait sur lui d’énormes saignées. Longtemps conservé , sa santé a été parfaitement bonne.
392°. Ces expériences sur les animaux ne sont que la plus petite partie de celles que j’ai recueillies et que j’ai variées à l’infini; les résultats ayant toujours été du même genre, je 11e les reproduirai pas.
$ II. Observations sur V homme.
3g3°. Un grand nombre de faits sont consignés dans les auteurs sur les grandes pertes de sang que l’homme peut éprouver sans qu’il en résulte de
graves accidens ; mais je préfère citer quelques observations qui me sont propres. On juge mieux de ce qu’on a vu , que des choses qu’on a lues.
394°. lre Obs. Le 23 novembre 1826, un homme de vingt-huit ans , très-robuste, après s’être enivré, tombe et entraîne dans sa chute Je marbre d’un secrétaire qui le frappe et produit une solution de continuité de trois pouces de long derrière et au-dessus de l’apophyse mastoïde droite; point de fracture, perte de connaissance, stertor, conservation du sentiment et du mouvement; hémorragie énorme sur le plancher, estimée à quatre livres de sang et due à l’écoulement de ce liquide par la blessure; faiblesse extrême du -pouls, vomissemens des alimens dont le malade s’est gorgé; le 24 le pouls se relève, saignée de vingt onces, légère hémiplégie de la face à gauche; le 25 saignée de trente onces, le malade commence à parler, mais délire érotique, les mains sont toujours portées vers les organes génitaux, éjaculations non précédées d’érections; un peu de sang s’est écoulé de l’oreille gauche, nouvelle saignée de vingt onces; le 26 persistance des accidens, nouvelle saignée de trente onces, retour de la raison ; persistance , mais non augmentation de l’hémiplégie; strabisme, l’œil gauche est dévié de l’axe de la vision; cinquante sangsues derrière les oreilles, le sang coule abondamment; le 27 nouvelle saignée de seize onces, amélioration successive, le 28; persistance de l’excitation des organes génitaux ; douleur de tête, quarante sangsues derrière l’apophyse mastoïde droite, retour à la raison; le malade se plaint de ne pas bien voir quand les deux yeux sont ouverts, mais la vue est parfaite si l’œil gauche dévié est fermé; amélioration graduée et successive les jours suivans. Le 2 octobre, retour d’un peu de délire; quarante sangsues derrière l’oreille droite. Le 3, le malade qui n’a pas encore pris d’alimens se lève et a conservé beaucoup de forces. Alimentation graduée, guérison ; la face reste hémiplégique.
?x)5°. Cette observation que M. le docteur Lisfranc et moi avons recueillie, est remarquable sous le rapport de la lésion cérébrale ou plutôt cérébelleuse et de la coexistence des érections et des éjaculations. C’est un beau cas de guérison des plus graves symptômes cérébraux. Cet homme, d’une stature moyenne, plutôt maigre que gras,
perdit en dix jours quatre livres de sang par l’hémorragie; sept livres quatre onces par les saignées; et approximativement trois livres par les sangsues ; total quatorze livres quatre onces, le dixième à peu près du poids du sujet; jamais je n’ai vu de convalescence plus rapide. Aussi le tube digestif et les poumons étaient parfaitement sains.
Sçô0. IIe Obs. Dans un cas de plaie pénétrante de la poitrine, produite par une balle avec épanchement sanguin dans la plèvre, et fracture du col de l’humérus, sur un jeune homme d’une taille et d’une force moyenne , l’intensité des accidens, du côté de la respiration, fit pratiquer neuf saignées en dix jours, la quantité de sang tirée fut de douze à quatorze livres. Pendant quinze jours le malade ne prit que de l’eau sucrée, la convalescence marcha avec rapidité.
397°. IIIe Obs. Un homme de trente ans, sec, faible , maigre, petit de taille, à poitrine étroite, ayantdéjà épronvé à plusieurs reprises d’énormes hémoptysies, est atteint le 26 octobre 1825 d’un crachement de deux livres de sang; le pouls est dur, quelquefois dicrote; saignée de près de deux livres, il n’y a pas de syncope. L’hémorragie diminue; trente sangsues à l’anus. Le 27, une livre de sang est expectorée; nouvelle saignée de vingt onces, quarante sangsues aux cuisses. Le 28, nouveau crachement de sang (quatre onces), vingt sangsues appliquées au nombre de trois à la fois, mais continuellement à l’anus. Révulsifs aux mollets, l’hémorragie continue; le 3o , le malade rend par les crachats une livre de sang, pendant que le liquide coule encore, vingt-quatre onces de ce liquide sont extraites peu à peu et avec précaution par l’ouverture de la veine médiane; il n’y a pas de syncope, l’hémorragie cesse. Le malade reste assis sur son lit, se lève le surlendemain , la convalescence est prompte. Ainsi en quatre jours perte de cinq livres de sang par les crachats , de quatre livres douze onces par les saignées, d’à peu près deux livres par les sangsues; total, onze livres douze onces, c’est-à-dire, à peu près le douzième du poids du corps.
398°. IVe Obs. Un autre malade âgé de trente ans, perdit en six jours, soit par les crachats, soit par les saignées ou les sangsues douze livres de sang. La convalescence fut rapide.
399°. Ve Obs. La saignée a été quelquefois portée à trois
et quatre livres recueillies en une seule fois , et a produit les plus heureux effets 5 dans un cas de dilatation du cœur avec légère hypertrophie, la malade, maigre, faible, vieille, était sur le point d’expirer; pouls filiforme, membres refroidis, une saignée qu’on pratique donne d’abord issue à quelques gouttes de sang, qui coula en nape;à mesure que le sang est évacué, son jet devient plus fort: près dequatre livres de ce liquide sont extraites en deux reprises et à une demi-heure de distance; la respiration est rétablie et la malade fut deux mois sans éprouver d’accidens graves.
4oo°. VIe Obs. M.... âgé de quarante ans à peu près, d’une forte constitution, perd subitement connaissance; les organes des sens paraissent être fermés aux impressions, nul exercice des fonctions intellectuelles, point de mouvement des membres ou de la face , respiration rare et stertoreuse, pouls carotidien et radial très -faibles , plutôt accélérés que lents , battemens du cœur très-irréguliers et très-faibles , face pâle ; le malade est, depuis un quart d’heure, maintenu dans une attitude assise par de nombreuses personnes qui l’entourent; les assislans insistent pourqu’une saignée soit pratiquée; mais je crois reconnaître plutôt une syncope qu’une apoplexie; le malade est étendu sur le carreau , un instant après les yeux s’ouvrent , la respiration s’accélère, la face se colore, des mouvemens ont lieu, la voix se fait entendre, dans très-peu de minutes les accidens sont dissipés. ...Le lendemain, tous les organes paraissent être complètement sains, et les renseignemens sur les circonstances antérieures , n’apprennent rien qui soit digne d’être noté.
4oi°.YIIe Obs. M. Prèie, employéaux jeux, âgé de plus de soixante-quinze ans, a la face pâle, les membres grêles, et a toujours joui d’une bonne santé; il éprouve une défaillance subite, bientôt perte de connaissance, sensations et mouvemens nuis, refroidissement des extrémités ; le malade, qui depuis fort long-temps est assis, a le pouls faible et accéléré, les battemens du cœur irréguliers, la face blême, la respiration est rare, faible, et non stertoreuse. 11 était difficile de méconnaître l’identité de ce cas avec le fait précédent, M. Prèle est donc étendu sur une banquette, sa tête est tenue un peu abaissée, les accidens se dissipent aussi promptement que chez le sujet de la première observation.
402°. VIIIe Obs. M. D...., âgé de soixante-trois ans, est d’une très-forte constitution; le pouls est cliez lui habituellement large et développé; sujet d’ailleurs à des vertiges , il n’a jamais eu de syncope à la suite des nombreuses saignées qui lui ont été faites. Ayant éprouvé de légers accidens gastriques, il s’impose une diète sévère pendant quelques jours; de la fièvre survient, il s’y joint de l’assoupissement; bientôt face injectée, yeux brillans, céphalalgie, le pouls est plein, et l’artère supporte une pression assez forte sans que les battemens cessent au-dessous du point comprimé; l’état des organes thorachiques et abdominaux n’offre rien à noter. Une saignée est proposée, M. D...., tout en témoignant de l’éloignement pour ce moyen, ne tarde pas à s’y décider; le malade étant assis, j’obtiens, par une large ouverture et en peu de temps, douze onces de sang, le pouls faiblit et s’accélère singulièrement. Le bandage est à peine placé que les accidens suivans se déclarent : perte de connaissance , contracture des bras , convulsions des yeux, qui se dirigent en haut , déviation de la bouche à droite , efforts de -vomisse mens, selle bruyante et spontanée, pouls extrêmement petit et battemens du cœur très-faibles et très-irréguliers, respiration stertoreuse. La position horisontale et sur-le-champ employée, le pouis se relève, devient en quelques minutes à son état normal, tous les symptômes cérébraux se dissipent, à l’exception d’une légère céphalalgie qui persiste pendant plusieurs jours; une seconde syncope eut lieu avec les mêmes symptômes, lorsque trente-six heures après le malade se leva pour la première fois; elle céda subitement au même moyen; une troisième lipothymie se déclara une semaine plus tard, à l’occasion de l’impression morale qu’une très-légère opération causa à M. D Les accidens cessèrent encore d’une
manière subite dès que le malade fut placé liorisontalement. Loin de prescrire la diète à M. D. . . , il prit des alimens. La convalescence a été rapide , et l’état de sa sauté est maintenant très-satisfaisant.
4o3°. IXe Obs. Le 9 février 1825, je suis appelé en toute hâte pour donner des soins à M. Achard, courtier en diamans, qui venait d’être renversé par un cabriolet. M. A. était assis dans uneboutique de la rue Saint-Honoré, une foule de personnes l’entourait , la face était pâle, les lèvres décolorées, les yeux sans éclat, le pouls n’était point
appréciable, la main ne sentait point les battemens du cœur. Point de respiration, cessation complète de tout mouvement comme de toute sensation; la mort paraissait évidente. Toutefois, les faits précédens se présentant à mon esprit, je fais placer M. Acliard dans une attitude liorisontale , la tête même est tenue un peu plus abaissée que les autres parties du tronc,, quelques frictions sont faites aussi sur la région du cœur. Le pouls se ranime, un premier mouvement d’inspiration survient; plusieurs secondes après il est suivi d’un second, puis d’un troisième; les yeux s’ouvrent, quelques mouvemens de la face prouvent que les phénomènes intellectuels ont lieu; la parole se fait entendre, le biessé'se plaint de ressentir une vive douleur dans la région iliaque et dans la hanche droite; pendant près de trois minutes tous ces symptômes continuent d’avoir lieu; mais fatigué de sa position, le malheureux A... fait des efforts pour surmonter la résistance de ceux qui le maintiennent, et cherche à se mettre sur son séant. Quelques représentations qui lui soient faites, il veut être placé sur un brancard qu’on a apporté près de lui, et il est impossible de résister à ses instances, il s’assied; deux ou trois secondes après, il était dans la position où je l’avais vu lors de mon arrivée , et rien ne put le rappeler à la vie.
4o4°. On me refusa avec opiniâtreté l’autopsie cadavérique que je demandai, je fus donc obligé de me contenter des renseignemens suivans, qui me furent fournis par les assistans et par l’examen du cadavre:
Le cheval avait trépigné sur le ventre de M. Achard. Le pantalon avait été lacéré au niveau de la région iliaque droite : une ecchymose large, mais peu marquée, existait sur cette même région iliaque; une pla:e contuse, assez légère, était située sur le point de la face postérieure du bassin diamétralement opposée à la contusion antérieure. Cette plaie paraissait avoir été produite parla résistance du sol, car le blessé était tombé sur le dos ; une fluctuation très-évidente se faisait sentir dans l’abdomen ; nulle plaie ou contusion sur la tête, le thorax ou le rachis; les mouvemens des membres inférieurs avaient eu lieu pendant le court espace de temps où le malade était revenu à la vie. La mort par hémorragie, résultat de la blessure de l’un des grands vaisseaux abdominaux, ne paraît pas pour moi avoir été dans ce cas une chose douteuse.
$ III. T) es pertes de sang en général.
4o5n. Les quantités de sang qu’on peut tirer sur les animaux sains et sur les hommes dont les organes gastriques et pulmonaires sont exempts de lésions peuvent être portées en une seule fois, et sans graves inconvéniens, au vingt-cinquième, et même au vingtième du poids du corps. En quelques jours, la perte du sang peut égaler le dixième de ce poids. En général il faut approximativement déduire de la pesanteur du corps, celle qui dépend de la graisse.
4o6°. Sur les animaux d’àges divers, les résultats ont été à peu près les mêmes. Nos observations sur l’homme adulte coïncident avec le peu d’inconvéniens qui sont résultés pour les vieilles femmes de la Salpêtrière, des saignées abondantes, bien que dans aucuns cas nous ne lesayions portées aussi loin. Chez des enfans très-jeunes atteints de trachéite intense, nous avons aussi vu les larges évacuations de sang les affaiblir peu; d’un autre côté, trop de faits nous portent «à croire que les convulsions des enfans ont été le résultat d’hémorragies trop considérables.
407°. Une copieuse saignée portée jusqu’à la syncope, fût- elle du vingtième du poids du sujet, cause généralement peu d’accidens les jours suivans. Elle ne produit que de la faiblesse; mais si elle est réitérée, elle peut causer la mort dans les heures suivantes, bien que l’hémorragie soit arrêtée.
4o8°. Des saignées égalant le trentième on le quarantième du poids du corps peuvent être réitérées un grand nombre de fois, quoique l’animal soit à la diète. On peut ainsi tirer successivement du dixième au huitième du poids total.
409°. Si l’on donne quelques alimens, les saignées peuvent être portées beaucoup plus loin (n° 391). Si l’animal continue à manger et à boire, son poids varie peu, malgré les évacuations sanguines. La formation du sang paraît donc avoir lieu presqu’exclusivement aux dépens des boissonset des alimens en quelque petite quantité qu’ils soient. Les animaux à la diète absolue diminuent de poids à proportion du sang qu’on leur tire. Le sang se répare beaucoup plus lentement que dans les cas précédens.
4 io°. Chez des chiens qui ne succombent pas à l’hémorragie immédiatement après l’évacuation sanguine, mais quelques heures après, on trouve à l’ouverture faite quelque temps après la mort, de la fibrine coagulée : i°. dans les cavités gauches; 20. dans les droites; 3°. dans les grosses veines. J’ai été curieux de savoir si les caillots n’étaient point la cause de la mort de l’animal; et pour résoudre cette question, j’ai ouvert, immédiatement après la mort , d’autres chiens qui avaient été dans les mêmes circonstances. Alors aucun caillot ne se faisait remarquer; la coagulation du sang dans le coeur n’avait donc pas été la circonstance qui avait fait succomber les animaux dont je parle. La perte d’une grande quantité de sang,
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et l’absence d’une hématose nouvelle avaient donc seules fait périr les sujets des expériences précédentes. Quelle que soit la quantité de sang perdu il en reste encore beaucoup dans les centres circulatoires.
4i i°. Il faut remarquer, relativement à la mort de quelques chiens, deux ou trois heures après, d’abondantes évacuations sanguines, que la température était alors «à 5 au-dessous de o. Ceux que j’ai conservés étaient tenus dans des boîtes remplies de paille. — Chez un de ceux-là, le sang extrait le lendemain avait un sérum absolument semblable à du lait. — La veille, le sang était tel qu’on le trouve habituellement. J’ai inutilement cherché la cause de cette altération. L’animal était à la diète; a-t-il mal respiré dans cette boîte, assez hermétiquement fermée? Je l’ignore ; je ferai de nouvelles recherches à cet égard.
4 12°. L’action que les saignées très-considérables exercent sur les organes est la suivante:
4i3°. Sur le tube digestif : — Immédiatement: — Indigestion si les animaux ont pris des alimens. — Contraction des gros intestins quelques minutes avant la mort. — Si l’hémorragie n’est pas mortelle, défaut d’appétit et le plus souvent de soif. — Quelques heures après, les animaux boivent beaucoup et ne mangent pas. — La soif est ici en raison des pertes de sang et non d’une irritation gastrique ou autre.
4i4°. Sur la vessie : — L’animal urine en général en meme temps que le rectum se contracte.
4i 5°. Sur le cœur et les artères: — Les pulsations, les battememens s’affaissent , s’accélèrent à proportion qu’il y a plus de sang d’extrait. Les contractions du cœur deviennent ensuite intermittentes, irrégulières, insensibles au stéthoscope et à la main , quoique le sang coule encore des vaisseaux ouverts. — Les battemens du cœur persistent et lancent le sang avec force lorsque l’animal parait mort d’hémorragie. On s’en assure en mettant le cœur à découvert.
4i6°. Sur la respiration : — Ses mouvemens suivent l’état du cœur; elle s’embarrasse, devient suspirieuse, convulsive; le râle survient quelques momens avant la mort.
417°. Sur le cerveau et l’appareil nerveux : — La syncope n’a lieu chez les chiens que lorsque la saignée est énorme. Cette syncope devient mortelle si l’hémorragie continue. La mort est presque toujours précédée de contractions tétaniques. Lorsque le chien a perdu beaucoup de sang, le train de derrière est comble paralysé. L’animal marche difficilement; il cherche à s’appuyer contre . un . mur; s’il y parvient, il se soutient mieux et fait ainsi quelques pas.
4i 8°. Les plaies guérissent très -promptement chez les chiens qui ont supporté d’énormes évacuations de sang, et cela a lieu tantôt par première, tantôt par deuxième intention.
419°. La force de la contraction des muscles ne correspond pas à la quantité de sang qu’ils reçoivent ; car dans les expériences précédentes,
les chiens qui avaient perdu près du dixième de leur poids de sang se livraient à des mouvemens vigoureux 5 l’oesophage obéit à l’excitation de la pile près de 24 heures après la mort, et même lorsqu’il a été extrait de l’animal et que par conséquent il ne contient pas de sang.
420°. Nos organes peuvent se contracter par défaut de stimulation : l’émission involontaire de l’urine et des excrémens, les contractions tétaniques, observées sur les cinq derniers chiens soumis à nos expériences, n’ont eu lieu que lorsque l’animal allait incontinent tomber en syncope; certes alors la vessie, le rectum et le cerveau n’étaient plus suffisamment stimulés.
421°. Dans une hémorragie, l’émission de l’urine et les déjections involontaires, les convulsions annoncent une syncope imminente et dangereuse mais non toujours mortelle.
422°. Les changemens apportés dans la circulation par la saignée ne croissent pas en raison de la prolongation des hémorragies. Ainsi lors des premières saignées pratiquées à un chien et dans les coromencemens de l’écoulement du sang, le pouls s’affaiblit quelquefois prodigieusement et instantanément; cet affaiblissement du pouls persiste ensuite très-long-temps et même indéfiniment, sans que la mort s’ensuive. D’où l’on peut inférer qu’il ne faut pas se désister de la saignée, parce que les premières occasionnent chez certains individus un affaiblissement prompt et sensible de la circulation ; c’est encore ce que nous avons remarqué
dans une foule de cas observés à la Salpêtrière; une extrême petitesse du pouls lorsque le cœur était distendu par le sang ne nous a pas empêché de faire pratiquer des saignées qui ont eu les plus heureux résultats.
42 3°. La mort qui survient à la suite d’une hémorragie pendant laquelle l’animal aura en constamment la tête en bas devra nécessairement être subite, et ne sera pas précédée de syncope (n° 354); elle sera la conséquence du manque absolu de sang; dans les autres cas, des évanouissemens pourront précéder la mort réelle, parce qu’il se trouve alors dans l’économie des liquides circulans qui peuvent être reportés vers le cerveau. D’ailleurs il pourrait encore arriver que la mort aurait lieu par suite de la cessation d’abord du sang vers l’encéphale, quoiqu’il y en ait beaucoup ailleurs; il en est probablement ainsi dans certains cas d’anévrysmes où la dilatation extrême du cœur lui ôte les forces nécessaires pour porter le liquide jusque vers le cerveau; d’un autre côté, une bien petite quantité de sang peut entretenir la vie; il suffit pour cela que cette petite quantité puisse être portée vers les centres nerveux.
424°. La convalescence des pertes de sang est prompte si le sujet qui les a éprouvées mange et peut assimi 1er des a limens; mais elle serait beaucoup plus lente si ces alimens n’étaient pas en quantité suffisante. 11 suit de là, que dans les maladies des organes gastriques, pulmonaires, où l’hématose est incomplète, il faut être réservé sur l’emploi des saignées.
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425°. Le pouls est long-temps très-fréquent à la suite des grandes pertes de sang. Cette fréquence tient alors à la perte de liquide et non à une irritation locale.
$ IV. Influences de la pesanteur sur la circulation.
426°. 11 est à peu près impossible de tuer un chien par hémorragie en ne lui ouvrant qu’une des jugulaires et en lui tenant constamment la tète haute tandis que le train de derrière est abaissé. L’ouverture même de l’autre jugulaire amène alors difficilement la mort. Si l’on soulève alors le train de derrière à la hauteur de la tête, le sang coule aussitôt, et si la tête est placée dans une position déclive par rapport aux extrémités postérieures, le liquide s’échappe encore plus vite. Si l’on remet le chien dans sa première position , le sang cesse de couler.
427°. La tête d’un chien qui a perdu beaucoup de sang est-elle maintenue élevée, le siège et les pattes abaissées et pendantes, la syncope survient. Si l’on élève le train de derrière et si l’on met la tête dans une position déclive, la vie se manifeste de nouveau.
428°. Si sur un chien qui paraît mort d’hémorragie et dont les extrémités sont restées dans leur position naturelle; lorsque la respiration, après avoir été suspirieusc, râlante, paraît avoir cessé, lorsque les battemens du coeur ne se ma-
infestent plus à ia main, quand l’apparence de mort dure depuis une ou deux minutes; si, dis-je, on élève alors le train de derrière, et si l’on tient la tête basse, la respiration ne tarde pas à se ranimer, le coeur à se contracter sensiblement, la tète qui était pendante à se relever, les pattes à se soutenir, l’action céphalique à se manifester.
429°. Si, dans cet état de mort apparente, ou laisse le chien dans sa position première, il revient rarement à la vie.
43o°. Si, pendant quelques minutes, toutes les parties du corps sont, chez l’animal qu’une position déclive de la tête avait fait revivre, tenues dans une position opposée à celle-ci, tous lesaccidens reparaissent et la syncope survient. On peut réitérer cette expérience une troisième, une quatrième fois. E lie est d an gereuse. Cepen da n t j ’ai lo n g- tero ps conservé trois chiens qui ont résisté à de semblables expérimentations.
43 1°. Les mêmes influences de la pesanteur sont évidentes sur l’homme (nos 4°°, 401j 402j 4°3)- Le retour momentané de M. Achard (4°3) à l’existence est dû évidemment à l’abord du peu de sang qui restait vers le cerveau, et cet abord a été la conséquence des lois de la gravitation favorisant l’action du coeur. Dans plusieurs cas d’anémie, à la Salpêtrière, j’ai vu des faits si non aussi remarquables, du moins du même genre. Chez une agonisante qui avait la tête haute et qui rendait le dernier soupir, la vie fut prolongée de quelques heures en lui mettant la tête basse.
432°. On se rend facilement raison de ces faits, qui n’ont rien de merveilleux. La circulation peut se faire dans une partie du corps, lorsque la pesanteur la favorise, et cesser d’avoir lieu dans les autres, parce que la pesanteur lui est contraire. Il n’est pas douteux que c’est l’absence ou la présence du sang dans les vaisseaux du cerveau qui cause ou non la syncope, car j’ai fait remarquer que ce sang coulait ou non des veines jugulaires ouvertes, suivant la position que l’on donne à l’animal.
433°. C’est en vertu de l’influence de la pesanteur : i°. Que les veines des extrémités supérieures se tuméfient, que les capillaires s’infiltrent si les bras sont tenus pendans, que ces veines se vident d’une manière instantanée, et que les capillaires pâlissen t si le membre est subitement élevé. 20. Que les varices, les varicocèles augmentent dans la station, et diminuent dans le décubitus. 3°. Que la tcte rougit quand elle est abaissée, et pâlit dans la position opposée. 4°* Que la pituitaire est gonflée par le sang sur la partie des fosses nasales correspondante au côté sur lequel on se couche (Bourdon). 5°. Que la pneumonie envahit le bord postérieur du poumon, si l’on est couché sur le dos: de là cet te fréquence extrême du siège de la pneumonie et de l’engouement sur les parties postérieures des poumons. 6°. Que dans les cas où, accidentellement, les malades sont couchés sur le ventre, la péripneumonie a lieu sur le bord antérieur du poumon. J’ai vu, à la clinique de M. Laënnec, un cas de ce genre fort remarquable : le malade en délire se tint
couché sur le ventre pendant les jours qui précédèrent la mort; une escarrhe au sacrum lui rendait toute autre attitude pénible. A l’autopsie, le bord postérieur du poumon était sain, et une pneumonie au deuxième degré occupait le bord antérieur de cet organe. 70. Que dans l’érésypcle des membres inférieurs, dans la curation des ulcères des jambes, dans les inflammations qui suivent les plaies, et notamment celles d’armes à feu, on tire le plus grand parti d’une position du membre telle que les liquides reviennent facilement vers le tronc.
4340. Notons ici quelques faits de thérapeutique déduits des considérations précédentes.
435°. Dans trois cas d’érésypèle des membres inférieurs à la Salpêtrière, dans trois faits d’engorgement inflammatoire du bras, suites de phlébite dans le même hôpital et à l’Hôtel-Dieu, la position très-élevée de ces extrémités au-dessus du niveau du tronc, soutenues d’ailleurs par des oreillers, a eu sur la marche de la maladie l’influence la plus prompteet la plusheureuse; dans les inflammations des membres, suites des plaies d’armes à feu, aux Incurables de la rue de Sèvres, l’engorgement s’est dissipé quelquefois en une nuit en suivant cette pratique; dans un cas de fracture par arme à feu de la malléole externe, où les accidens furent terribles, le blessé dut évidemment la conservation de son membre et peut-être de sa vie à cette position. Dans une hémorragie de l’arcade palmaire profonde, la ligature fut rendue inutile; la main fut maintenue élevée d’un pied au-dessus de la tête et
le sang qui coulait avec abondance depuis une demi-heure s’arrêta sur-le-champ. Je crois qu’en suivant cette méthode la ligature de la radiale, sera inutile. Une malade était dans une syncope voisine de la mort, par suite d’une hémorragie utérine, immédiatement apres l’accouchement; le bassin fut relevé d’un pied au-dessus de la tête, l’hémorragie s’arrêta, l’écoulement cessa; la connaissance revint à l’instant et la malade fut sauvée. Dans une foule de cas l’observation nous a prouvé, soit dans la pneumonie, soit dans la pleurésie, l’utilité de faire coucher le malade sur un côté du thorax opposé à celui ou l’affection a son siège;, l’engorgement inflammatoire du testicule a cédé brusquement, chez plusieurs malades, à l’emploi d’un bandage qui le maintenait élevé au-dessus du niveau du pubis.
436°. Je conclus de ces faits et de ces réflexions, que les circulations artérielle, veineuse(i) et capillaire, sont soumises, à un degré très-marqué, aux lois de la pesanteur, et cela a surtout lieu chez les individus affaiblis par une cause quelconque.
(1) Pour juger de l’influence de la pesanteur sur la circulation veineuse, on peut faire l’expérience suivante : Comprimez, avec le doigt, l’une des veines superficielles du bras, le sang distendra encore le vaisseau entre le point comprimé et le cœur. Inspirez largement, et vous ne verrez pas la veine se vider, ce qui prouve que l’aspiration du sang, attribuée au cœur ou à la respiration , n’est pas portée à un bien haut degré; mais élevez le bras au-dessus du niveau de l’aisselle, et à l’instant la veine sera vide.
$ V. Considérations générales sur la syncope et la congestion cérébrale.
437°. Causes de la syncope. — On croit en général que la syncope tient à la suspension de l’action du cœur. Bicliat surtout a contribué à accréditer cetle opinion. Cependant un grand nombre de causes qui la produisent, les impressions morales, les odeurs, la vue d’un objet cfai répugne, etc., ne peuvent agir que sur le cerveau, ou sur les organes des sens. En est-il ainsi pour la syncope par hémorragie? Interrogeons les faits. 1 ». Il est rare que dans la syncope l’action du cœur cesse entièrement d’avoir lieu. 20. Dans l’hémorrliagie, l’action cérébrale se suspend avant que celle du cœur cesse de se manifester. 3°. Le cœur bat faiblement, il est vrai, mais long-temps encore après que le cerveau a suspendu ses actions sensoriales, ou locomotrices. 4°* H bat encore quand l’animal a cessé de vivre par suite de l’hémorragie. 5°. Ses contractions sont perceptibles à l’oreille qui ausculte le thorax, et à l’œil même, lorsque la cavité de la poitrine est ouverte. 6°. Si l’on tient la tête élevée et qu’il y ait beaucoup de sang perdu, la syucope survient j cependant le cœur bat encore, et de manière à ce que le pouls se conserve dans les artères inférieures. C’est donc le cerveau qui est le point de départ de la lipothymie. 70. Si l’on abaisse la tête, les extrémités inférieures étant relevées, la syncope n’a plus lieu:
c’est donc le retour de l’excitation cérébrale qui met un terme à la lipothymie.
438°. Les syncopes produites par les impressions morales, et celles qui succèdent à certaines sensations (ce qui constitue une même série de faits), tiennent-elles aussi à un défaut d’action du cerveau? Je répondrais par l’affirmative. i°. Les symptômes sont indentiques, et l’identité des phénomènes porte à admettre l’identité des causes. 2°. Les mêmes moyens qui font cesser la syncope par hémorragie , guérissent aussi la lipothymie par causes morales. 3°. Cullen, à la vérité, séparait ces deux ordres de syncope, et suivant lui, celles qui résultent de l’hémorragie ont leur point de départ dans le coeur, tandis que le siège primitif de celles qui succèdent à des causes morales est dans le cerveau; mais Bichat, dont je combats les opinions, admettait, comme je le fais, que les causes et le siège des unes et des autres sont identiques.
439°. Je conclus de ces considérations, que la syncope, quelle qu’en soit la cause, consiste dans une diminution ou une suspension de l’action cérébrale. Si elle a lieu spontanément et par l’effet d’une cause morale, c’est l’action de l’encéphale qui est suspendue, c’est l’influence de cet organe sur le cœur qui est elle-même diminuée. Ce phénomène peut être rapproché de la cessation d’action d’un muscle, ou de l’estomac, à la suite de certaines sensations ou de certaines passions. Si elle a lieu par hémorragie, c’est le cerveau qui
cesse d’être excité par le sang. Bichat admettait bien cette idée, mais il voulait toujours que le cœur cessât d’abord d’agir; or, c’est ce qui n’est pas, puisque les battemens de cet organe persévèrent.
44o°. J’ai lu attentivement les argumens de Bichat, pour prouver que la cause de la syncope est dans le cœur. Ils me paraissent susceptibles d’être réfutés. i°. Les passions, dit-il, agissent sur le cœur et non sur le cerveau. M. Gall a fait justice de cette erreur. 2°. Les maladies du cœur causent la syncope, cela est vrai; mais dans ces maladies, le cœur ne cesse cependant pas d’agir; seulement quelque obstacle au cours du sang a lieu vers le cerveau, et c’est pour cela que la syncope survient. 3°. Lorsque la syncope a lieu, une sensation pénible se manifeste vers la région précordiale; mais dans ce cas, on éprouve bien plus souvent des nausées, et cependant l’estomac n’est pas alors le siège de la syncope. 4°- Les maladies du cœur, et non celles du cerveau, sont causées par les passions; je m’étonne de ce qu’un homme du mérite de Bichat, et disciple de l’illustre Pinel, ait pu oublier que la manie, la mélancolie, l’apoplexie, se déclarent souvent à la suite du trouble que les passions apportent dans l’organisme. 5°. Le cœur bat indépendamment de l’encéphale; ce point est encore en litige, et est d’ailleurs à peu près étranger à la question. 6°. Les effets des passions se font sentir sur le cœur, et non sur le cerveau; cela n’est pas toujours exact, et le fait fût-il vrai, il ne prouve rien pour l’opinion de
Bichat; car tout porte à croire que les phénomènes qu’on éprouve vers le cœur sont secondaires à ceux qui ont d’abord eu lieu vers le cerveau. Le cœur n’est pas le siège des sensations, ce n’est pas avec lui que l’intellect a des connexions ; ce n’est donc pas lui qui peut être le point central des impressions qui causent la syncope.
44i°. H y a du reste, ici, une influence trèsétroite entre les deux organes, et un cercle vicieux de causes et d’effets. Le cerveau , ou plutôt le système cérébro-spinal , suspend son influence sur le cœur, dont les battemens sont moins forts et moins réguliers : de là, moins de sang vers le cerveau, moins d’excitation, moins d’influence sur le cœur, tendance générale à la persistance de la lipothymie; mais excitez le cerveau par la position déclive, la syncope cesse, et les battemens du cœur, qui n’ont pas discontinué, prennent plus d’énergie et de régularité.
442°. Ces battemens du cœur qui persistent ne sont pas susceptibles de surmonter, sur un homme affaibli par l’hémorragie, la résistance que la pesanteur des liquides met à leur élévation vers le cerveau ; mais faites que la pesanteur agisse dans le même sens que l’action du cœur, et vous verrez la syncope cesser.
443°. J’admets donc, avec Bichat, que la syncope qui suit l’hémorragie a lieu , parce que le cerveau n’est plus stimulé par le sang ; mais je ne pense pas que le cœur cesse d’agir avant le cerveau ; la cause de la mort est le défaut de sang et
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non le défaut exaction du cœur. Cette discussion ne me paraît pas sans importance; car le traitement de la syncope dépendra du siège précis qu’on lui assignera.
444°. Diagnostic de la syncope et de la congestion cérébrale. — Reconnaître qu’un organesouffre est en général une chose facile. Préciser son mode de souffrance est souvent d’une difficulté insurmontable. Si l’irritation était toujours une, si les maladies étaient dans tous les cas des altérations en plus et jamais en moins, s’il n’y avait pas des altérations spéciales, le diagnostic serait moins épineux. Mais l’expérience et le raisonnement ne sont point d’accord avec la théorie de l’unité de l’irritation, et c’est en voulant la soutenir, que les partisans de la localisation des maladies ont été attaqués avec le plus d’avantage.
445°. Un organe donne souvent lieu aux mêmes symptômes, par excès de stimulus, comme par défaut de ce même stimulus. i°. Lorsque la rétine est excitée par une très- vive lumière, l’éblouissement en est la suite. Lorsque d’un lieu très-éclairé on passe dans l’obscurité, le même éblouissement survient. 2°. La voix est enrouée, lorsque le larynx a été long-temps en action. La voix est quelquefois enrouée, lorsque l’on s’impose pendant plusieurs jours un silence absolu. Une personne de ma connaissance éprouve depuis long-temps quelque gêne dans le larynx lorsqu’elle a beaucoup exercé cet organe; inquiète sur son état, elle reste trois jours sa ns parler, et le quatrième, lorsqu’elle veut pronon-
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cer quelques mots , elle éprouve un enrouement si fort, qu’elle peut à peine se faire entendre; elle cherche à exercer l’organe de la voix, elle y parvient, et peu d’heures après, l’enrouement n’existait plus. Une année plus tard, la même épreuve conduisit au même résultat. 3°. L’estomac est douloureux, s’ i rrite, s’enflamme par des excès de table. Le même organe devient le siège d’accidens identiques, si on le soumet à une diète trop absolue. 4°- Chez un gfand nombre de personnes, l'affection nerveuse, si improprement appelée migraine, se déclare lorsque l’estomac souffre de la faim. Chez un grand nombre d’autres, elle a lieu lorsque des alimens excitans sont portés dans le même viscère. On observe quelquefois cette même maladie chez les mêmes individus, à la suite de l’action de ces causes opposées. 5°. L’estomac, la vessie, le rectum se contractent par suite de leur excitation ou de l’influence que le système nerveux irrité a sur ces organes; les mêmes viscères se contractent convulsivement, lorsque le sang cesse d’y aborder, ou que l’encéphale souffre par défaut de sang. 6°. Les phénomènes de la syncope et ceux de l’apoplexie ou de la congestion sanguine du cerveau ont entr’eux une telle analogie, que je ne doute pas qu’on les ait souvent confondus.
446°. Ceci mérite peut-être de fixer davantage l’attention. Voyons s’il est quelques symptômes fonctionnels qui puissent éclairer le diagnostic de ces cas importans. a Dans la congestion cérébrale ou l’apoplexie, suspension plus ou moins instanta-
née des phénomènes intellectuels : la même chose a lieu dans la syncope, b. Dans les premières, suspension de l’action des organes des sens; la même suspension a également lieu dans la lipothymie. c. Dans toutes ces aifections, on observe tantôt des contractions spasmodiques, tantôt la résolution des membres. J’ai remarqué tous ces phénomènes chez les animaux qui ont fait le sujet de mes expériences. Dans les sixième et septième observations, il y avait résolution des membres, et dans la huitième, contractions épileptiformes. -c?. La déviation de la bouche, la paralysie, qu’on a données comme signes pathognomoniques d’un épanchement ou d’une désorganisation cérébrale, ont eu manifestement lieu dans la syncope de M. D. (Obs. Y11I). On le conçoit facilement, puisque la paralysie n’est que la cessation de l’action nerveuse, e. Les convulsions des yeux et des muScles de la face se retrouvent et dans la congestion cérébrale et dans la syncope. f. Les organes de la voix exécutent difficilement leur action dans un cas comme dans l’autre, g*. Les évacuations spontanées surviennent dans l’une et l’autre circonstances, h. La respiration de M. D. était stertoreuse, comme celle d’un apoplectique** 447°. L’état de la circulation fournit en général des données plus importantes; en effet, les contractions du cœur sont lentes, fortes, susceptibles d’une analyse facile dans la congestion cérébrale. Elles sont accélérées, faibles, très -irrégulières dans la syncope. Le pouls en général, et sur-tout celui des artères de la tête, est large, vibrant, lent dans l’a-
poplexie; il est petit, dépressible, accéléré dans la syncope. La face, les lèvres et les gencives sont roses on rouges dans l’apoplexie; elles sont pâles dans la syncope.
448°. La circulation ne fournit pas toujours ces données positives , car des congestions cérébrales ou des apoplexies surviennent chez les individus dont le coeur bat très-faiblement, dont le pouls est débile et accéléré, dont la face, les lèvres, les gencives sont décolorées : des cas de ce genre sont
trop communs pour que je croie utile d’en extraire des auteurs; quelquefois le pouls est faible et accéléré chez des hommes très -robustes, et à la dernière période d’une apoplexie ou d’une congestion cérébrale. Un fait de ce genre a été remarquable par l’utilité très- grande qu’eurent momentanément d’énormes saignées quand tout paraissait désespéré.
449°. Le diagnostic entre la syncope et l’apoplexie me parait donc, dans certains cas, infiniment difficile, et cependant il est extrêmement important. Vous pouvez sauver la vie par la saignée s’il s’agit d’une apoplexie ou d’une congestion cérébrale; vous pouvez donner la mort par le même moyen, si c’est à une syncope que vous avez à faire.
45o°. Je suis sûr qu’on a souvent confondu l’une avec l’autre ; je crois avoir commis cette méprise sur madame de Saint-M... qui, d’une faible constitution, très-avancée en âge, éprouva à la suite d’un repas une augmentation dans une hernie ombilicale, dont elle était depuis long-temps allée-
tée. Bientôt perte de connaissance, hémiplégie, stertor ; la hernie est réduite. La malade est placée dans son lit, tous les accidens cessent. Aucune saignée ne fut pratiquée , et madame M... vécut plus d’une année après cet accident. J’ai cité ce fait comme le résultat d’une congestion cérébrale symptomatique {Journal cornpl. du Dict. des Sc. mëd ., 1823); les observations que j’ai faites postérieurement me portent à penser qu’il s’agissait d’une syncope.
45 1°. Je crois pouvoir indiquer un moyen de diagnostic entre la syncope et la congestion cérébrale. Ce moyen est tout-à-fait physique, et c’est de l’attitude horisontale ou verticale qu’il s’agit.
452°. Conserve-t-on des doutes sur l’état d’un malade qui présente des symptômes cérébraux, et qui peut être atteint de syncope comme de congestion cérébrale? Est-on porté à croire, par l’ensemble des accidens, qu’il y ait plutôt défaut qu’excès de sang vers le cerveau? Que l’on se garde alors de laisser le malade assis, qu’on le place dans une attitude horisontale, la tête même un peu inclinée en bas. Si le diagnostic a été juste, bientôt les fonctions du cerveau se manifesteront, et un mieuxêtre marqué aura lieu. Tout porte-t-il à croire , au contraire, qu’il s’agit d’une apoplexie ou d’une congestion cérébrale? que le malade soit mis dans une position aussi verticale que possible, que la tête soit élevée, les pieds pendans, des ligatures placées sur les cuisses, les bras, pour déterminer une stase de sang veineux vers les extrémités ; s’il ne s’agit
que d’une congestion, il y aura probablement un mieux-être rapide, et s’il y a déjà apoplexie, le mal n’augmentera pas. Les saignées portées très- loin seront alors manifestement indiquées.
453°. 11 est évident que , dans le cas où la congestion cérébrale serait plus probable que la syncope, il faudrait se garder de placer la tête dans une position déclive relativement aux autres parties du corps, caron pourrait ainsi tuer le malade pour apprendre comment il souffre.
4540. Je conclus de ces considérations, que, dans les cas douteux de syncope et d’apoplexie, l’attitude horisontale ou verticale du malade pourra éclairer le diagnostic, et avec d’autant plus d’avantage que le moyen de reconnaître la maladie servira en même temps pour la guérir.
4550. Traitement de la syncope. — Il est évident que le principal moyen thérapeutique consiste ici dans la position déclive de la tête relativement au tronc, que tous les autres ne sont qu’accessoires à celui-ci. Ce moyen suffit seul dans presque tous les cas; je n’en emploie pas d’autre, et la syncope se dissipe comme par enchantement. Beaucoup de praticiens emploient déjà l’attitude horisontale; mais on peut y joindre avec un succès marqué l’élévation des jambes, des cuisses, du bassin, des bras. On réunit ainsi vers le cerveau tout le sang veineux de l’économie; en quelque petite quantité qu’il soit, vers chacune des extrémités, il suffit pour former, par su réunion, et lorsqu’il est arrivé vers l’encéphale, une colonne de liquide considérable.
456°. Une objection importante se présente ici ; le sang qui arrive au cœur droit est veineux. Il faut qu’il soit dirigé vers le cœur gauche pourarriverau cerveau. Or, comment concevoir que la position déclive delà tête puisse rendre subitement à la vie, lorsque la respiration est suspendue? A ceci je réponds que les faits passent avant les raisonnemens, et que les faits que j’annonce sont certains ; que d’ailleurs le raisonnement n’infirme pas ces résultats. Il reste toujours en effet, et cela lors même que la syncope a été complète, une certaine quantité de sang artériel dans le ventricule gauche et dans les artères. Cette colonne de liquide n’est pas en assez grande quantité pour pouvoir, dans la station, être lancée vers le cerveau, parce qu’il faut qu’elle se partage entre les parties diverses du système artériel ; mais si vous changez la position , comme je l’ai dit précédemment, une proportion considérable de liquide nutritif qui se portera vers les parties déclives , stimulera assez l’encéphale pour que les premiers mouvemens inspirateurs aient lieu; dès lors, le sang veineux qui arrivera successivement des extrémités au cœur éprouvera l’influence de l’air, et, porté vers le cerveau , il entretiendra la vie.
§ VI. De la mort -par syncope et considérations générales sur la phlébotomie .
457°. La mort par syncope, c’est-à-dire par cessation de l’abord du sang vers le cerveau, est, après
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celle que cause l’asphyxie par l’écume bronchique, la manière dont succombent la plupart des hommes. Une perte de sang extrême a-t-elle lieu par hémorragie, comme à la suite de l’ouverture d’une artère, une abondante évacuation de mucosités intestinales ou de tout autre fluide exhalé, comme dans une diarrhée excessive, fait-elle perdre secondairement une énorme quantité de fluides circulans? Une alimentation insuffisante est-elle trop long -temps continuée? De graves lésions organiques, telles que des tubercules pulmonaires, ou un cancer de l’estomac empêchent-elles l’hématose et le sang qui se consomme sans cesse, ne pouvant passe réparer, finit-il par n’être plus en suffisante quantité pour entretenir la vie? Le coeur enfin, trop distendu, ou ne recevant pas une influence nerveuse assez énergique, n a-t-il plus la foi ce necessaire pour porter le sang jusque vers 1 encéphale? Le défaut de stimulation de celui-ci et la mort sont la conséquence de ces graves circonstances.
458°. Dans ces diverses conditions organiques qui amènent la mort, il y a des choses communes
et des choses dissemblables.
459°. Toujours la mort du cerveau a lieu la première; les sensations s’affaiblissent, l’intelligence décroît, les mouvemens volontaires n’ont plus lieu et la vie s’évanouit , etc. Mais les derniers moyens diffèrent dans la syncope dont la cause agit rapidement, et dans celle qui survient peu à peu . dans la première, le cerveau, qui a conservé toute sa
vigueur, et dont la nutrition n’avait pas langui, souffre infiniment par suite de la perte subite de son excitant ; de là , dans les grandes hémorragies, les convulsions, les contractures qui précèdent la mort ; mais dans la seconde, c’est lentement que la stimulation décroît; l’organe qui s’alrophie et qui s’affaiblit successivement, s’habitue à cette diminution graduée, et ne réagit pas au moment où elle arrive à son dernier terme; c’est ainsi que périssent sans souffrir et sans accidens cérébraux certains phlysiques et quelques cancérés.
46o°. Tantôt dans la syncope, la perte de sang est absolue, ce liquide manque partout, il y a anémie; d’autres fois elle est relative; le cerveau ne reçoit pas de sang, mais il y en a ailleurs. Dans le premier cas, la syncope ne serait curable que si l’on rendait du sang à l’économie en général, soit par des injections dans les veines, comme cela a été pratiqué avec succès en Angleterre, soit par l’action propre des organes qui, même lorsque la vie cérébrale est suspendue, peuvent étendre de fluides absorbés le peu de sang qui reste dans les vaisseaux. Le second cas est susceptible d’une prompte guérison; il suffit, pour l’obtenir, de faire arriver vers le cerveau les liquides qui se trouvent ailleurs. C’est ainsi qu’agit la position déclive du centre nerveux par rapport à celle des autres parties.
46j°. Un caractère anatomique sépare la mort par syncope de celle qui suit le raie ( Mémoires sur l’ Asphyxie par L’ écume bronchique). Le pou-
mon à l’ouverture du thorax est rétracté, très-peu volumineux et placé tout-à-fait en arrière vers sa racine, et surtout non crépitant. Cette rétraction du poumon vient de ce qu’au moment de l’ouverture de la plèvre, il n’y a rien dans les bronches qui s’oppose à l’issue de l’air, et que la contraction de tissu y a lieu. Tel était l’état des organes respiratoires dans toutes nos expériences, celui qu’ils présentent dans les boucheries lorsqu’ils n’ont pas été insufflés, et dans la mort subite par anémie.
462°. Quand la perte de sang est absolue, le parenchyme pulmonaire est pâle et ses vaisseaux peu volumineux. Quand elle n’est que relative, ils sont distendus et le tissu du poumon est coloré. Dans la mort par cessation brusque de l’action nerveuse, l’organe de la respiration pourra présenter le même affaissement que dans la syncope en général - mais il contiendra du sang et sera trèscoloré comme dans les cas où la vie s’est étei nte, non pas parce qu’il n’y avait plus de sang, mais parce qu’il 11’en arrivait plus au cerveau. Du reste, la mort par sidération nerveuse est bien rare. Elle a lieu, dit-on, lorsqu’on est frappé par la foudre et dans l’apoplexie de la protubérance annullaire, ou des points les plus élevés de la moelle de l’épine; l’hémorragie cérébrale de tout autre point fait périr avec le râle.
463p. La mort peut avoir été le résultat du défaut d’abord du sang dans le cerveau, bien qu’à la nécropsie les sinus contiennent des liquides. Ce
n’est pas le fluide qui reste dans l’encéphale qui entretient la vie, c’est celui qui y circule. Or, les veines cérébrales doivent rester pleines quand bien même il y aurait anémie générale. La boîte du crâne forme les parois d’une cavité où l’air extérieur ne peut s’introduire; or, la pression athmosphérique doit y retenir le sang, ou sans cela, un vide aurait lieu dans le crâne. Pour que le sang veineux quitte les sinus, il faut qu’il soit poussé plus loin par le sang qui viendrait des artères, et dans la syncope ce sang là n’arrive plus.
4640* Appliquons la connaissance de ces faits au traitement des maladies et surtout à l’emploi de la saignée. Trop souvent dans les dilatations du coeur 011 a vu la phlébotomie actuellement suivie de la mort; de tristes exemples de ce genre ont été recueillis à l’ Hôtel-Dieu; les ventricules, tout à coup revenus sur eux-mêmes, n’ont plus eu la force de porter assez de sang vers le cerveau. On a vu une syncope mortellelerminer brusquement la vied’un homme, atteint d’une congestion cérébrale et que l’on saignait (1); cherchons à prévenir de tels malheurs, voyons comment on peut apprécier la
(1) Les hommes les plus sujets et les plus exposés à la congestion cérébrale éprouvent plus que d’autres, à l’occasion d'une syncope , des accidens analogues à l’apoplexie. L’explication de ce fai! est difficile à donner. Estce parce que le cerveau est chez eux habitué à recevoir beaucoup de sang, et qu’il réagit davantage lorsque sa circulation languit?
2bO COLLECTION DE MÉMOIRES
quantité approximative de sang que contient un sujet, quelles sont les précautions à prendre pour pratiquer la saignée sans danger, et les circonstances qui autorisent à la porter très-loin; notons quelques-unes de celles qui la contre-indiquent ; établissons enfin quels sont les principaux moyens de remédier aux accidens qui surviennent.
465°. Lorsque chez un sujet le poumon présente de la matité, avec persistance de la respiration (n° i36), quand le cœur est dilaté (n° 193 et suivans), le foie volumineux (nos 264, 205), quand la rate est grosse ( n° 291 ), les veines distendues et lorsque le sang y circule avec rapidité, quand le pouls est fort et plein , les capillaires injectés , les membranes muqueuses rouges, quand les muscles sont fermes et gros, alors la quantité de sang est énorme; vous pouvez en tirer sans crainte une proportion considérable. Si les signes inverses annoiicent l’anémie, gardez-vous de saigner; ne le faites jamais surtout si des lésions organiques profondes s’opposent à la réparation ultérieure du liquide que vous pourriez extraire.
4G6'’. Mais quelques-uns de ces caractères peuvent manquer; étudiez alors avec plus de soin. Le pouls peut être faible, la circulation veineuse extérieure diflici le , les capillaires pâles; mais si les signes des congestions internes ont lieu, il y a du sang ; seulement il est mal réparti; il est accumulé dans le cœur, si celui-ci est gros; dans le poumon, si cct organe donne de la matité; dans le foie ou la rate, si ces viscères ont promptement acquis un
SLR LA CIRCULATION.
grand volume. Saignez, mais avec précaution et observez.
4 67°. Méfiez-vous de la saignée chez les individus dont les tégumens seront colorés, mais dont les organes internes donneront les signes opposés à la pléthore. Ces individus à teint frais et rosé supportent moins bien la phlébotomie que les hommes secs, maigres et à visage pâle.
468°. Si une dilatation du coeur vous fait craindre l’effet instantané de la phlébotomie, si vous redoutez des symptômes cérébraux plus violens par suite de la saignée dans une congestion vers la tête (u°464), ne négligez aucune des précautions que la prudence peut suggérer.
469°. Presquejamais il ne faudra saigner le malade dans une position telle que la tête soit de niveau avec le tronc; car si on ne suivait pas ce précepte et si une syncope survenait, on serait privé des principaux moyens de la guérir. Le malade sera assis sur son lit. Ordinairement cette position est préférable à toute autre ; s’il est sur une chaise on disposera auprès de lui plusieurs autres meubles pour construire subitement avec eux, s’il en est besoin, un plan horisontal sur lequel on puisse étendre le malade; si cette précaution n’avait pas été prise et s’il survenait une syncope, il faudrait faire coucher le sujet sur le sol. Si l’on voulait produire uue syncope prompte, sans faire perdre beaucoupdesangonsaignerait le malade debout, ou bien encore on le ferait asseoir les jambes pendantes, et des ligatures étant placées sur les quatre membres.
470“. Quand un oncede sang sesera écoulée, on arrêtera l’hémorragie, on observera ainsi ce qui aura lieu et on donnera au malade le temps de se remettre de l’impression morale que la saignée lui cause, puis on laissera couler quelques onces de plus et on examinera encore.
7 1°* Si le jet est d’autant plus fort que le sang coule davantage (et cela indépendamment du degré de pression de la ligature, et de l’énergie des mouvemens du bras) qu’on n’ait aucune inquiétude, la phlébotomie favorise alors la circulation ; un coeur qui pousse le sang de plus en plus loin, ne tombe pas dans le collapsus; dans plus de dix cas de saignées qui auraient pu paraître hasardées à d’autres, le fluide coulait d’abord goutte à goutte, puis à un pouce, puis à un demi-pied, dans deux observations à un pied et dans une autre à dixhuit pouces. Un jeune homme qui avait reçu un coup d’épée h ui t j o urs a v an t da ns le thorax , épro u v e une dypsnée telle qu’011 croît qu’il va mourir; contractions du cœur vermiculaires, pouls filiforme, pâleur, large espace occupé par le cœur, grand volume du foie, poumon peu sonore; larges saignées des deux bras, point de sang; quarante sangsues sur la région du cœur, peu d’hémorragie; ventouse à pompe sur les morsures, écoulement de six onces de sang ; le sang s’échappe par les veines du bras, d’abord en bavant, puis à six pouces, puis à un pied; on en évacue en deux fois près de quatre livres, disparition subite des accidens, le malade est guéri.
/\r]2°. Si le jet s’affaiblit pendant l’écoulement du sang, c’est une raison pour être en garde contre les syncopes qui pourraient survenir. Examinez de nouveau le cœur, le pouls, les poumons et les capillaires, et observez et réfléchissez mûrement avant d’aller plus loin.
4730. Survient il une syncope légère si le malade est assis, élevez-lui les bras et placez les jambes sur un tabouret au niveau du bassin, vous rendrez ainsi du sang au cœur et par suite au cerveau. Dans une syncope qui faisait craindre pour la vie, et qui avait été la suite d’un épistaxis, l’élévation des deux bras suifitpour rendre instantanément la connaissance.
474°* La syncope continue-t-elle? étendez le malade sur le plan horisontal que vous avez préparé; si les accidens ne cessent pas, élevez en même temps les bras et les jambes au-dessus du niveau de la tête. Dans le cas où une syncope excessive aurait lieu, placez le cerveau plus bas que les autres parties du corps. Le sujet est-il couché? abaissez successivement la tête en ôtant un ou plusieurs oreillers, et ayez recours aux autres procédés qui viennent d’être indiqués pour la position . assise.
4750. On ne peut mesurer a priori la quantité de sang qu’il faut tirera un malade; c’est sur l’effet actuel de la saignée, sur l’étendue du jet de sang qu’il faut se régler; il est certains hommes auxquels on peut tirer quatre livres de sang, il en est d’autres que la perte d’une seule once fait tomber en syncope. Ne redoutons plus en suivant les pré-
cautions indiquées précédemment, desaigner dans la dilatation simple du cœur; s’il survient des accidens mortels, ce sera, non pas la faute de la saignée, mais de la manière dont elle a été pratiquée.