La mortalité est rare
1823. Georget : « Les médecins de bonne foi ne cachent pas qu'il est très difficile de guérir cette maladie. Ce qui en impose quelquefois, ce sont des rémissions de plusieurs mois ou même de quelques années. L'épilepsie est une des plus horribles maladies ; elle guérit rarement, et on n'est guère sûr 'que la guérison soit solide ; elle tue quelquefois dans une forte attaque; elle rejette le malade de la société et lui rend la vie insupportable; elle finit ordinairement par dégrader et anéantir l'intelligence et les mouvements volontaires; elle abrège la vie (3). »
1826. Bouchet et Cazauvieilh : « Une première question qui se présente est sans doute celle-ci : L'épilepsie peutelle se guérir? L'aliénation peut-elle se guérir? Cette question, qui a été posée bien souvent et qui l'est même
(1) DJuniiel de médecine pratique. Paris cl dencvc, IRI J, p. (S7.
(2) Manuel de médecine pratique, tradiiclion do Joiirdan. \^\\, p. ?2'i.
(3) Diciionnnire de médecine en 2J volumes, 1823 , arl. Kpilepsie, p. 215 et 216.
DU PRONOSTIC GÉNÉRAL, lill
encore tous les jours par les gens du monde, est depuis bien longtemps résolue par l'affirmative pour l'aliénation mentale ; il n'en est pas de même pour l'épilepsie. Les
guérisons sont rares et douteuses (1). »
1827. Chomel: «Dans d'autres affections, au contraire, où l'art est toujours impuissant, comme dans la rage , ou presque toujours, comme dans l'épilepsie, le pronostic est très grave, bien qu'à un degré différent dans les deux cas (2). »
1827. Portai : «L'épilepsie, quoique malheureusement très commune , est l'une des maladies que l'on guérit le plus difficilement et le plus rarement. Cependant, on a de plus fréquents succès qu'on ne le croit généralement. C'est ce que savent les médecins qui traitent cette maladie d'après ses causes connues , dont chacune d'elles réclame des remèdes particuliers (3). »
1831. M. Foville : « Pour conclure , on n'a pas encore trouvé des moyens de traitement qui réussissent dans la majorité des cas récents de l'épilepsie; mais trop de médecins négligent de traiter à cetle époque celte maladie, qui doit être souvent susceptible de guérir : que tous ceux que leur position met à même de voir et soigner un certain nombre de ces malades redoublent de zèle , d'efforts , et vraisemblablement ils obtiendront le prix le plus heureux de leur courage, la guérison d'un grand nombre de malades qu'on ne traite pas parce qu'on se croit à l'avance convaincu de leurincurabilité (4). »
1832. G. de la Rive, médecin de l'hospice des aliénés à
(1) Op. cit., p. 40.
(2) Dictionnaire de médecine en 21 volâmes, art. Pronostic, p. 519.
(3) Observations sur la nature el le trnitemenl de l'épilepsie. 1827, p. 349.
(4) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Épilepsie, Paris, 1831, t. YII, 428.
lilS DU PRONOSTIC DE l'ÉPILEPSIE.
Genève (1) (Lettre particulière à l'auteur, donnée textuellement dans le livre du traitement) :« Ce remède (le nitrate d'argent) m'a réussi très souvent, au moins une fois sur deux. »
1836. M. Beau n'a point formulé de pronostic j mais dans le tableau général de ses cas (2), sur 273 sujets , il mentionne 15 guérisons , dont 9 appartiennent à des cas d'hystérie simple ou compliquée et à des malades atteints d'attaques hystérico-épileptiques.
1838. Esquirol : « J'avais à soigner (à la Salpétrière) 385 femmes ou filles de tout âge, passé la puberté, appartenant à la classe pauvre. Dans ce nombre , 46 étaient hystériques et 339 épileptiques; la plupart étaient plus ou moins aliénées. Je n'étais pas plus satisfait de la description que les auteurs ont donnée de Tépilepsie, des résultats des ouvertures cadavériques qu'ils ont publiées, que du succès des médicaments qu'ils ont proposés pour combattre cette maladie presque toujours rebelle. Je voulus soumettre à mon observation l'efficacité des remèdes les plus variés. J'essayai successivement les évacuations sanguines, les purgatifs, les bains à toute température, les exutoires, le cautère , le feu , les antispasmodiques , végétaux et minéraux j je m'arrêtai à l'acide hydrocyanique j jeme procurai, j'achetai des remèdes secrets. Tous les printemps et tous les automnes, je choisissais 30 femmes épileptiques, de la maladie desquelles je connaissais mieux le commémoratif, les causes et les symptômes : ces femmes étaient préparées à l'avance , en excitant leur imagination par la promesse répétée d'une guérison certaine. J'étais merveilleusement secondé par la surveillante et les élèves. Toujours une nouvelle médication suspendait les accès pendant quinze
(0 Note (le (le la Rive.
('2) Onv.cité, p. 329.
jours chez les unes, pendant un mois, deux mois chez d'autres, et même pendant trois mois. Après ce terme, les accès reparaissaient successivement chez toutes nos femmes, avec les caractères qu'ils avaient présentés les années précédentes. Plusieurs de nos épileptiques se sont prêtées à mes essais plusieurs années; mais l'avouerai-je ! je n'ai pu obtenir de guérison. Dans ma pratique particulière, je n'ai guère été plus heureux; si les accès ont été suspendus, ils l'ont été moins par l'action des médicaments que par l'effet de la confiance qui détermine un malade à consulter un nouveau médecin. Cette rémission, ou même cette suspension, n'a-t-elle pas été généralement observée par les médecins qui ont à traiter des maladies chroniques, particulièrement des maladies dites nerveuses?
» J'ai bientôt reconnu que l'épilepsie est rarement curable. Il est arrivé qu'on a publié des guérisons d'hystérie, qu'on avait prises pour des épilepsies. La méprise est facile, tant cette dernière maladie ressemble à l'hystérie épileptiforme. Les auteurs ont dû prendre pour guérison la suspension spontanée des accès, leur suspension par l'influence de toute médication nouvelle ; l'erreur est d'autant plus possible que les malades sont perdus de vue par le médecin, qui n'est pas consulté au retour des accès (Ij. »
1839. MM. Monneret et Fleury : « Tissot, Doussin- Dubreuil et un grand nombre d'autres médecins, se vantent d'avoir guéri beaucoup d'épileptiques. On ne saurait trop
se tenir en garde contre ces assertions La guérison de
l'épilepsie doit donc au moins être regardée comme une exception extrêmement rare; l'épilepsie compliquée d'aliénation mentale ne guérit jamais. «
(1) Traité des maladies meniales. Paris, 1838, chap, 6, de I'Épilepsie, p. 318 et 319.
» La terminaison presque constante de l'épilepsie est donc la mort (1).
ISlid. M. Debreyne : « Depuis près de vingt-cinq ans nous l'avons employé (l'extrait de belladone) sur peut-être plus de deux cents sujets. Ce chiffre approximatif est fondé sur le calcul d'un malade par mois, ce qui est assurément fort peu, puisque, dans la saison de l'été, il nous en vient souvent plusieurs par semaine, et même quelquefois en un seul jour. Eh bien ! sur ce grand nombre d'épiieptiques , il ne nous est peut-être pas arrivé une seule fois de donner la belladone sans quelque effet avantageux. Ordinairement les accès sont notablement affaiblis et éloignés, ou suspendus pendant des semaines, des mois ou même des années. Nous avons vu beaucoup de malades chez qui les accès, arrivant tous les mois, toutes les semaines ou même plusieurs fois par semaine, ont été suspendus pendant six mois, un, deux, trois ans et même davantage j car plusieurs nous ont déclaré n'être pas retombés depuis sept, huit ou neuf ans. {Note : La plupart de ces malades ne sont pas revenus nous consulter. On peut donc croire qu'au moins plusieurs ne sont pas retombés, puisqu'ils n'ont point réclamé un remède qui 'eur avait été évidemment si utile ) »
» Nous devons convenir cependant que la belladone est Certes bien loin d'être un vrai spécifique contre l'épilepsie 5 l'expérience, ce juge incorruptible, ne manquerait pas de nous donner un démenti formel. Et, en effet, il nous est assez souvent arrivé de diminuer promplemcnt d'abord l'intensité et la fréquence des accès épileptiqucs, ou môme de les suspendre tout à fait pendant plusieurs mois ou môme pendant un an- mais dès lors aussi toute médication ultérieure avec la belladone devenait tout à fait inutile, et res-
(I) Cortq>endinm de médec'mc pratique, art. Épilepsie, p. 408.
tait sans effet appréciable. Nous ajoutons que dans ces divers cas, assez nombreux, les moyens ordinaires, même les plus actifs, demeurent également inefficaces; et si alors nous continuons à traiter ces épilepsies rebelles, nous associons à la belladone ou nous lui substituons mie décoction de valériane et de feuilles d'oranger (1). »
18/1-7. M. Lélut, médecin en chef des épileptiques à la Salpêtrière : «... Je suis chargé, entre autres malades, du service des épileptiques de la Salpêtrière. J'ai traité des milliers de malheureux et de malheureuses en proie à cette affection, je n'en ai point vu ou à peu près point vu guérir. J'ai vu venir, vivre et mourir dans mon service des centaines de ces malades, que mes confrères, et des plus illustres, croyaient avoir guéris, parce que, durant un traitement qu'ils leur avaient fait suivre, leur mal avait quelquefois subi une rémission de quelques mois ou môme de quelques semaines. Je crois donc infiniment peu et aux nouveaux principes du traitement de l'épilepsie, et à leurs prétendus résultats (2). »
1847. M. Delasiauve, médecin à Bicetre, à qui nous devons un bon travail historique et critique sur le Traitement de Vépilepsie, s'exprime à deux reprises sur le pronostic de la manière suivante : « Parmi les maladies qui affligent l'espèce humaine, il n'en est point assurément de plus triste que l'épilepsie ... Mais cette cruelle affection n'est pas seulement redoutable par ses symptômes; son traitement a fait de tout temps !e désespoir de la médecine.... Aveu pénible à faire, aujourd'hui encore nous sommes, sous ce rapport, privés de toute donnée certaine, et réduits au plus obscur et plus stérile empirisme.
(1) Thérapeutique appliquée, 2" édilion. Paris, 1844, p. H el 15.
(2) Lettre particulière à l'auteur.
i82 PRONOSTIC.
» Est-ce en deux mois seulement qu'il est permis d'apprécier les effets d'un remède dans une maladie aussi opiniâtre et pour ainsi dire constamment incurable (1). «
1849. M. Clieneau : « Mon but en publiant ce travail est de rendre incontestable la curabilité de l'épilepsie par le secours de la médecine —
» Je ne crains pas de dire que j'ai obtenu de nombreuses guérisons, et j'offre avec confiance aux membres des académies de prouver ce que j'avance. Personne ne supposera sans doute que je prétende guérir l'épilepsie dans tous les
cas Mais je ne désespérerai pas non plus du succès
î^arce que l'épilepsie sera compliquée d'idiotisme, de paralysie On en trouvera la preuve dans plusieurs des observations que je vais rapporter (2). » Et M. Cheneau
donne en effet, dans son mémoire, six cas de guérison.
1849. M. Brierre de Boismont : « 11 faut bien l'avouer, jusqu'à ce jour l'épilepsie est restée incurable; tous les efforts des médecins sont venus écliouer contre cette cruelle maladie, et la plus grande preuve, c'est le nombre infini de personnes qui en sont atteintes et qui encombrent les hôpitaux (o). »
1851. M. ValleioD : « Le pronostic, considéré d'une manière générale, est grave, parce que la maladie tend naturellement à une terminaison fâcheuse.
w 11 est aujourd'hui avéré pour tout le monde qu'on n'a pas trouvé contre l'épilepsie de remède réellement efficace. On a cité, il est vrai, un certain nombre de guérisons par divers moyens; mais lorsqu'on a voulu appliquer ces
(1) ^iinnles médko-psiicholoniqitf s , 1847, mnrs , p. I9i,ct mai, p. 370.
(2) Rer.lierclnifi mir le. iruiltmeul lia L'épilepsie. Taris, 18i9. Avant-propos, \). m, IV et V.
(3) Fabiik , Itibliolh. du nu'd. yiruticini. Pari?. IRlf), I. IX, p. fiOO, W roi.
DU PRONOSTIC GÉNKUAL. '^83
riioyené à de nouveaux cas, on a presque consiammehi; échoué (1). »
Un mot entre parenthèses , avant de conclure sur toutes ces données contradictoires : nous avons quelque peu maltraité, dans notre introduction, la thérapeutique coinrae science; que pense le lecteur, en ce moment, de la science du pronostic, dont nous venons de lui ouvrir quelques pages?
Les questions que peut soulever le pronostic général de l'épilepsie peuvent, ce nous semble, se réduire aux trois suivantes :
— L'épilepsie peut-elle guérir spontanément, et, en cas d'afGrmative , quelle est la proportion ordinaire de ces guérisons?
— L'art a-t-il quelque influence sur la terminaison favorable de cette maladie, et quelles sont les limites de celte influence?
— Quelles sont, dans les cas rebelles, les suites de cette affection ?
Cherchons, d'après nos documents historiques et les témoignages confidentiels que nous y avons joints, les réponses à ces questions.
1° Sans parler des cas cités de Maisonneuve, on trouve, dans les fastes de la médecine, des preuves incontestables que l'épilepsie peut guérir en étant abandonnée aux seules ressources de la nature; mais cette heureuse issue paraît assez rare. En ne prenant dans la collection de Maisonneuve que les faits observés directement par l'auteur, et en les considérant comme une série normale, on obtient le rapport de 3 pour 75, ou li pour 100. Si nous en jugeons, non pas par notre propre expérience, mais sur l'impression
(1) Guide du médecin pmticien, 2'= édilion. Paris, 1851, t. IV, p. 706.
nécessairement bien vague que nous ont laissée nos lectures, nous serions disposé à croire que ce chiffre ne doit pas s'éloigner beaucoup de la réalité.
2° D'après l'ensemble des opinions des auteurs, il est incontestable que la médecine a guéri un certain nombre d'épileptiques. Piesterait à établir, au moins approximativement, la proportion de ces guérisons. Mais, autant les témoignages concordent sur la gravité du pronostic de l'épilepsie, autant, quand il s'agit de préciser le degré de cette gravité, ils présentent de divergence, depuis ceux des médecins qui guérissaient la moitié de leurs malades jusqu'aux allégations des praticiens qui n'en ont vu guérir aucun ou presque aucun. Au milieu de cette variété d'appréciations , comme il est impossible d'arriver à une conclusion unique , nous nous contenterons de grouper les jugements analogues, et nous résumerons ainsi l'expérience des temps passés.
— G. de la Rive et Odier, nos deux compatriotes, sont, de tous les praticiens que nous avons cités, ceux dont le pronostic est le plus favorable : le premier nous écrivant qu'il avait guéri la moitié des sujets traités par le nitrate d'argent; le second aiïirmant que, si jamais on ne peut se flatter de guérir à coup sûr un épiieptique, on ne doit jamais en désespérer. Quelle que soit la différence qui sépare ces témoignages, surtout celui de de la Pvive, de ceux de la plupart des auteurs, ils ont été rendus par des hommes trop habiles et trop consciencieux pour n'avoir pas un grand poids. De laPiive, le père du savant physicien actuel, avait une grande expérience des maladies nerveuses dont il s'occupait exclusivement, non pas seulement dans son petit hospice où il n'avait presque pas d'épileptiques, mais dans sa consultation particulière qui était fort suivie. (]e professeur,
DU i'RONOSTIC GÉNÉRAL. 685
homme très positif, avait puisé dans cette pratique toute spéciale un grand fonds de scepticisme médical. Son opinion, favorable à la curabilité de l'épilepsie, ne saurait être suspecte pour toutes les personnes qui ont connu ce médecin distingué. Odier, qui a pratiqué quarante ans, était fort réservé dans ses jugements , et fut le premier qui ait fondé des principes de thérapeutique sur les résultats numériques de très nombreuses observations recueillies avec beaucoup de soin.
— Après ce premier groupe , nous trouvons un très grand nombre d'auteurs qui , tout en regardant l'épilepsie comme une des maladies les plus difficiles à guérir , en admettent la curabilité dans certaines circonstances, et tendent à donner de la confiance à la masse des praticiens qui de tous temps paraît avoir été disposée à abandonner , après de courts essais , les malheureux épileptiques à leur sort. Ces dispositions encourageantes appartiennent à Scribonius , Arétée , Alexandre, Posidonius, Morgagni , et surtout à Tissot, Portai, et M. Debreyne, M. Fovilleémet sur ce sujet des espérances très vives, plutôt qu'une opinion fondée sur l'expérience.
— Maisonneuve , tout en donnant un pronostic défavorable, cite sept cas de guérison, dont quatre par traitement j mais nous avons vu qu'on ne peut pas tirer de ces derniers faits un rapport exprimant la chance de guérir. Hufeland estime la curabilité à un vingtième. Elle serait d'un dix-huitième d'après les chiffres de M. Beau , si sa série était naturelle , ce que le défaut de détails ne permet pas de décider.
Ces résultats plus ou moins précis sont fort peu encourageants et se rapprochent bien de l'incurabilité ; ils sont assez conformes aux impressions données par Cralo ,
A 8 6 puoNOSTic.
Sauvages, Pinel , Georget, Bouchet et Cazauvieilh , et Chomel.
— Mais rien n'égale le pronostic désespérant de MM. Monneret et Fleury, Delasiauve, Brierre de Boismont, et surtout celui d'Esquirol et de M, Lélut, dont les témoignages, appuyés à la fois d'une haute probité, d'un grand mérite scientifique et d'une vaste expérience, ne peuvent qu'avoir une puissante valeur.
En présence de ces énoncés différents, nous serions tentés de demander aux adversaires de la méthode numérique comment ils prononceraient en dernier ressort sur ces jugempnts divers. Pour nous , loin de condamner l'une des parties ou de les renvoyer toutes dos à dos , nous tenterons bientôt de les amener à conciliation au moyen de faits bien comptés et bien pesés.
3"* Sans nous fournir des résultats précis sur les suites de l'épilepsie rebelle , nos documents historiques permettent d'aflirmer que cette maladie n'est pas incompatible avec la prolongation de l'existence, mais qu'elle en abrège la durée et qu'elle en empoisonne le cours en altérant plus ou moins profondément les facultés morales et intellectuelles.
Des trois questions auxquelles nous venons de répondre, celle dont la solution importe le plus pour juger du mérite de nos traitements , c'est la prem ère, qui a trait à la guérison spontanée de l'épilepsio. Nous avons vu que cette issue doit être fort rare , et qu'en l'estimant à un vingtcinquième, ou k pour 100, il est probable qu'on ne s'éloignerait pas beaucoup de la vérité. Nanti de cette donnée nous pouvons maintenant exposer les résultats de nos faits, au triple point de vue sous lequel nous venons d'envisager le pronostic général d'après les auteurs»
Dans cet examen, nous considérerons isolément nos deux séries partielles, alin d'être en mesure d'estimer nos résultats au moyen du contrôle réciproque de conclusions fournies par deux suites de faits distincts.
Les 38 cas de notre première série se divisent, quant à leur terminaison, de la manière suivante :
Première catégorie : â cas (obs. 1,2, 3) où l'on ne fit qu'entamer un traitement pendant quelques jours. L'un des malades a été perdu de vue (obs. 2); les deux autres sont restés épileptiques, dont un idiot (obs. 3).
Seconde catégorie. — Première section : 2 malades non traités et guéris; l'un n'ayant plus eu d'attaques depuis cinq ans (obs. Il), l'autre, sujette à des vertiges, après n'en avoir eu qu'un seul en quatre ans, n'en n'a point eu depuis plus de quatre années (obs. 5).
Seconde section : 17 cas guéris après traitement (obs. 6 à 22); c'est précisément la moitié des 33 malades qui ont été traités plus ou moins complètement.
Troisième catégorie. — Première section : 3 malades (obs. 23, 2/t, 25j dont l'affection a été améliorée, quoiqu'ils n'aient fait qu'un traitement incomplet, et qui auraient probablement guéri s'ils avaient eu plus de persévérance , à en juger d'après les résultats procurés par le remède pris d'une manière insuffisante.
Seconde section : k individus (obs. 26 à 29) chez qui de^ traitements bien suivis ont amené un éioignement évident des attaques, sans parvenir à les faire disparaître.
Quatrième catégorie : 9 cas (obs. 30 à 38), tous rebelles.
Des chiffres des quatre catégories découlent les conclusions suivantes :
i° Sur 38 épileptiques , 2 ont guéri sans que l'art inter-
488 PJRONOSTIC.
vienne 5 ce qui donne !a proportion d'une guérison spontanée sur 19 cas, ou près de 5 pour 100; rapport peu éloigné de celui qui résuite des faits de Maisonneuve : li pour 100.
2° Sur 33 épileptiques traités :
17, ou 51 pour 100, ont guéri ; 7, ou 21 pour 100, ont été améliorés, dont 3 par une cure très incomplète;
9, ou 27 pour 100, n'ont pas éprouvé d'amélioration sensible sous l'influence de cures prolongées et quelquefois très multipliées.
Ainsi, le chiffre de nos guérisons (même sans faire la part des améliorés, dont deux au moins se rapprochent bien de la catégorie des guéris) atteint le maximum de celui indiqué par l'auteur qui nous a donné le pronostic le plus favorable : la guérison dans la moitié des cas.
Mais, plus ces résultats s'éloignent de l'opinion de l'immense majorité des praticiens auteurs, plus il est nécessaire de répondre d'avance aux objections qui seront soulevées contre ces conclusions, et de multiplier les preuves qui peuvent les corroborer.
On ne nous contestera pas nos cas rebelles ; nous laisserons pour !c moment les améliorés, et nous examinerons les cas de guérison. On pourra nous objecter sur ceux-ci :
— Que notre diagnostic manque d'exactitude;
— Qui3 nos malades ont guéri par l'intervention seule de la nature;
— Que nos guérisons n'ont été (jue des suspensions plus ou moins j)rolongées d'accès, témoin les retours que nous avons aj)pelés des rechutes,
1° Quant à l'exactitude du diagnostic , nous renvoyons les hommes impartiaux aux commentaires qui accompa-
DU PIIONOSTIG r.FiSFRAL. Zi89
gnent quelques unes de nos observations, et au chapitre de la classification des accès. Ils y verront que nous avons étudié avec soin la distinction de l'épiiepsie d'avec Téclampsie des enfants, la congestion cérébrale, la lipothymie et l'hystérie.
2° A ceux qui ne verraient dans nos succès que des guérisons spontanées, nous opposerons le pronostic de l'épiiepsie de tous les auteurs, sans aucune exception.
3" Resterait donc seulement, et ce serait la plus spécieuse, l'objection de ceux qui regarderaient nos guérisons comme constituant un simple éloignement des attaques. Nous répondrons en mettant d'abord sous les yeux le résumé des pièces. Commençons par les cas, au nombre de onze, oîi il n'y a pas eu de rechute :
Obs. 7. Durée, quatre ansj vertiges multipliés chaque jourj quatre attaques en trois mois, dont trois en huit jours; pendant les quatre ans, plusieurs suspensions par traitements, la plus longue de huit mois. — Guérison absolue qui se soutient depuis plus de treize ans (30 novembre 1837 à fin septembre 1850).
Obs. 8. Durée, cinq mois; plusieurs accès par jour sur la fin. — Guérison qui se soutient depuis plus de douze ans (13 mars 1838 à fin septembre 1850).
Obs. 11. Attaques ou menaces pendant trois mois, plusieurs fois par mois avant le traitement. — Guérison qui se soutient depuis plus de six ans (16 août IS/i/i. à fin septembre 1850).
Obs. ik- Plusieurs accès par jour pendant quinze jours.
— Guérison qui se soutleni depuis plus de cinq a7is ("2/1. juin 18/1.5 à fin septembre 1850).
Obs. 15. Deux accès et quelques vertiges en un mois.
— Guérison qui se soutient depuis près de cinq ans (25 octobre 1845 à fin septembre 1850).
ù90 pnoiNosTic.
Oijs. 10. Vertiges pendant dix ans, plusieurs par mois. — Guérison qui se soutient depuis près de cinq ans (novembre 1845 à fin septembre 1850).
P.bs. 20. Une seule attaque. — Guérison qqi se soutient depuis quatre ans (30 septembre I8/1.6 à fin septembre 1850).
Obs. 21. Une seule attaque. — Guérison qui se soutient depuis près de quatre ans (29 novembre 18/i6 à fin septembre 1850).
Obs. 22. Une seule attaque. — Guérison soutenue jusqu'à la mort du sujet, pendant plus de trois ans (l/i. octobre 18^6 au 13 novembre 18/i9).
Obs. 6. Attaques pendant dix ans; maximum d'intervalle, deux mois. — Guérison soutenue jusqu'à la mort du sujet , pendant vingt-sept mois (7 décembre IS/tO au 16 mars 18/t3).
Obs. 18. Une attaque environ par semaine pendant trois mois; maximum d'intervalle, quinze jours. — Guérison soutenue jusqu'à la mort du sujet, pendant plus de cinq mois il octobre 18/|9 au 2 mars 1850).
Si l'on compare, pour les sujets qui n'ont pas succombé, le temps écoulé depuis le dernier accès jusqu'à la clôture de nos observations , avec le maximum d'intervalle ordinaire de leurs attaques, il ne nous paraît pas possible qu'on puisse croire qu'il ne s'agit que d'un simple retard dans la marche de la maladie. En altendani encore quelques années, les faits les moins anciens auraient acquis sans doute beaucoup plus de valeur ; cependant nous ne craignons pas qu'on nous accuse de nous 6tre trop butés de publier rio,§ résultats. Si l'on lrouv(! qu'un petit nombre de nos cas ne sont pas suflisauuuent c(»ncluanls , nous sornfties tout prêt d'ailleurs à abandonner quelques cciitiènies de la pro-
portion des guéris ; mais , comme la grande objection est toujours qu'on ne guérit presque jamais l'épilepsie , nous croyons que nos premiers faits corroborent singulièrement la valeur des derniers.
Voyons maintenant si nos cas à rechute méritent le reproche de n'être pas de véritables guérisons. lis sont au nombre de 6 :
Obs. 9. Vertiges fréquents , idées fixes. — Guérison pendant sept ans. — Rechute : vertiges de plus en plus fréquents pendant un an, une attaque. — Guérison (sauf quelques vertiges ayant cessé depuis quatre ans) qui se soutient depuis new/'am (30 septembre 1841 à septembre 1850).
Obs. 12. Trois attaques en trois mois. — Guérison pendant six ans. — Rechute : deux attaques consécutives. — Guérison qui se soutient depuis cinq ans et demi (16 mars 18/1.5 à fin septembre 1850).
Obs. 13. Trois accès incomplets en seize mois. — Guérison pendant vingt-six mois. — Rechute : un seul accès. — Guérison qui se soutient depuis six ans et demi (19 février 18/|/t à septembre 1850).
Obs. 16. Deux attaques, quatre accès et plusieurs vertiges en un mois. — Guérison soutenue pendant plus de trente mois. — Rechute : cinq attaques et treize accès en un an. — Guérison (sauf quelques vertiges au commencement) qui se soutient depuis près de trois ans (10 décembre 18/J.7 à fin septembre 1850).
Obs. 17. Neuf attaques en quatre mois. — Guérison pendant trente mois. — Rechute : quatre attaques en trois jours. — Guérison qui se soutient depuis vingt-sept mois (7 juillet 1848 à fin septembre 1850).
Obs. 19. Trois ou quatre accès par semaine pendant près de quatre mois. — Guérison pendant cinq ans. —
/i92 PRONOSTIC.
Rechute: quelques accès pendant un mois. — Guérison qui se soutient depuis onze mois ( 2 novembre 18/i9 afin septembre 1850).
Si l'on veut bien se souvenir que l'épilepsie est, en quelque sorte, une maladie originelle ou constitutionnelle; si l'on prend en considération le fait qu'en général la guérison a été plus facile encore après la rechute que lors de la maladie primitive ; si nous ajoutons (ce que nous prouverons plus tard au livre du traitement) que la plupart de ces derniers malades n'avaient pas fait d'abord un traitement aussi complet que nous l'aurions désiré , on comprendra notre confiance dans une guérison définitive, et par conséquent le motif qui nous les a fait classer dans cette catégorie, malgré une rechute.
On est assez disposé à attacher peu de valeur aux faits que les praticiens , dans leurs comptes rendus numériques, classent sous le titre de cas améliorés, et l'on est disposé à voir dans cette rubrique un moyen de dissimuler le nombre des cas d'insuccès. Nous espérons être jugé d'une manière moins sévère. En effet, la catégorie que nous allons examiner se compose exclusivement de deux espèces de faits où l'intervention utile de l'art nous paraît incontestable. Dans les trois premiers cas , un traitement incomplet a produit un éloignement des accès , si caractérisé , surtout dans deux cas , qu'avec la connaissance des résultats mentionnés dans les pages précédentes, il faudrait être bien incrédule pour ne p;is admettre la légitimité des espérances qu'on pouvait fonder sur uue cure complète. Dans les quatre cas suivants , on trouve des malades qui n'ont pas seulement vu , coinine les aliénés d'Esquirol, les accès être suspendus pendiint (juciques mois pour reprendre bientôt leur marche et leur intensité antérieures, mais chez qui un
DU PRONOSTIC GÉNÉRAL. â93
éloignement très notable des attaques se soutient depuis une ou plusieurs années. Les cas où, malgré un traitement prolongé , nous n'avons obtenu qu'une amélioration qui ne s'est pas soutenue , ont été rangés par nous dans la catégorie des cas rebelles (obs. 30, 31).
An reste , on peut juger de la valeur de nos assertions par le résumé suivant de nos sept cas améliorés.
Obs. 23. Durée: quatre mois j plusieurs attaques par jour à la lin j traitement de trois semaines. — Guérison soutenue pendant trois ans et demi. — - Rechute : une attaque j traitement de quelques jours. — • Suspension pendant quinze mois. — Seconde rechute: une attaque; quelques jours de traitement; plus tard un traitement complet. — Suspension jusqu'à la mort par méningite aiguë, survenue deux ans et cinq mois après la dernière attaque.
Obs. 24. Durée : quatre mois et demi ; plusieurs accès par semaine; traitement incomplet. — Guérison pendant seize mois. — Rechute : deux accès ; point de traitement; mort par catarrhe quelques jours après.
Obs. 25. Durée avant le traitement: sept mois; une attaque tous les mois ou tous les deux mois ; traitement incomplet. — Suspension des attaques pendant huit mois. — Retour des attaques.
Obs. 27. Onze attaques en trois ans. — Guérison soutenue pendant trente et un mois. — Rechute : une attaque tous les six. mois; puis un an d'intervalle; point d'attaques depuis dix-huit mois.
Obs. 26. Sept attaques en vingt-sept mois , dont cinq dans le.3 neuf derniers mois. — Guérison soutenue pendant dix-neuf mois et demi. — Rechute : une attaque. — Guérison soutenue pendant vingt mois et demi. — Seconde
[i9ti 'PRONOSTIC.
rechute : une attaque. — Susjjenslon pendant dix mois. — Une attaque. — Aucun accès depuis neuf mois.
Obs. 29. Vertiges depuis plus de vingt ans, une attaque eonvulsive. — Guérison des attaques pendant plus de trois ans et demi. — Piechute : deux attaques à une semaine d'intervalle. — Suspension des ^Uaques pendant deux ans et demi. — Seconde rechute : une attaque. — Suspension des attaques depuis plus de cinq ans; diminution des vertiges et projections qui n'ont guère été suspendus que pendant les grossesses.
Obs. 28. Attaques revenant d'abord tous les deux ou trois mois, puis tous les quinze jours; deux traitements de zinc. — Attaques ne revenant plus que cinq à six fois par an, depuis plus de dix ans.
Après ces vérifications, nous nous croyons en droit d'établir que notre première série fournit les conclusions suivantes, quant aux limites de l'intervention de l'art dans la guérison de l'épilepsie :
La médecine peut exercer une heureuse influence daiiS près des trois quarts de-, cas d'épilepsie.
Elle peut en guérir la moitié, sauf quelques rechutes moins graves que la maladie primitive.
Elle peut éloigner les accès d'une manière notable dans près de la moitié des cas qu'elle ne guérit pasj et cette amélioration se soutient si le traitement a été suivi avec quelque persévérance.
Quelque bien fondées que nous paraissent ces conclusions après tous les travaux de contrôle auxquels nous nous sommes livré ^ nous ne nous dissimulons pas que leur valeur serait bien accrue, si elles concordaient avec les résultats de la seconde série.
Nous avons renvoyé au chapitre actuel la description des
DU PRONOSTIC GÈNÉliAL. /495
trente faits dont se compose cette série. Nous allons les exposer; seulement, pour ne pas trop étendre cette partie de notre travail , nous nous contenterons d'en donner le sommaire : on doit maintenant connaître assez notre manière d'observer pour qu'il nous soit permis d'épargner à nos lecteurs un nouveau demi-volume d'observations détaillées.