‹ Du protestantismeChapitre 2 sur 85 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ne « Je voulais par ce mien labeur servir :

à nos Français desquels j’en voyais beau- PA coup avoir faim et soif de Jésus- -Christ, et bien peu qui en eussent reçu droite connaissance. »

Jean Calvin, Institution Ham (Epitre dédicatoire au ro François Ier.)

Le présent volume prend place dans une collec- - tion de monographies sur les grandes religions, chrétiennes et non chrétiennes. Pareille tentative met en lumière ce qui unit les croyants du monde

entier, malgré la diversité de leurs vocabulaires. Pour tout résumer, c’est la foi en Dieu qui les

rassemble en une même famille, la foi en la réalité suprême et en la souveraineté de l'Esprit. La. - Bible, par exemple, est un livre où voisinent, sous . | l'égide. révérée du même titre, la littérature sacrée . -des Israélites et les saintes Ecritures des chrétiens.

. Cependant, le malheur des temps, et les exi-

: gences de l’histoire, me contraignent, dans ce manuel, à établir une distinction soutenue entre

deux formes du christianisme : l’une qui a son

5 ne d'appui dans le rite; l'autre, qui a pour = moteur la parole.

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Je ressentirais rome l'ironie de la Re si je pensais que mon étude n ’aboutira, hélas! qu’à souligner d’ irrémédiables divergences entre chrétiens. Mais je suis, au contraire, persuadé que

- les pages suivantes contribueront à rapprocher

des « frères ennemis » (ou réputés tels), qui ne sont en réalité séparés que dans un domaine

secondaire, et qui peuvent, ou plutôt qui doivent

communier, au nom du spiritualisme évangélique,

en Jésus-Christ.

Ce modeste livre ne prétend pas résumer en

deux cents pages tout ce qu’il est indispensable de connaître en histoire, en philosophie et en reli-

gion pour interpréter avec intelligence, et si - possible avec sympathie (sans renoncer à l’impar-

tialité critique), l'immense mouvement d'idées

“qu'évoque lé mot : « protestantisme ».

Malheureusement, on attache à ce terme, dans

la pratique, un sens négatif ; le protestant serait !

un protestataire. Or, l'expression revêtit, au début, une valeur positive. « Nous protestons que» ( protestati sumus).signifia, dans un document fameux : « Nous affirmons. » Il s'agissait de mettre en relief le salut par la foi.

Ainsi, le vocable de protestantisme, en son acception actuelle, rend imparfaitement. justice: à la réalité. morale, sociale, religieuse, que repré-

sente la chrétienté dite « évangélique ». C’est, …

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d'ailleurs, un terme abstrait, dépourvu de poésie : et de chaleur. | M HE | . Cependant, le titre de protestant reste cher et ‘sacré pour un fils des huguenots. S'il a existé au monde une Église martyre, une « Église sous la croix», une Église qui ait mérité d’être appelée ” sainte et apostolique, par les souffrances endurées

comme par le témoignage rendu, c’est bien l’Église

- des « galériens pour la foy », confesseurs héroïques de la « Religion prétendue réformée », la R. P. R. des procès-verbaux de l'État persécuteur.

Malgré tout, mon cœur est libre de rancune envers les hommes, sinon de défiance envers leurs thèses. De plus, mon propos n’est point de pré-. senter l’apologie d’un protestantisme sans erreur.

‘ni faute. Il me suffira de mettre en lumière ses principes inspirateurs, inséparables de l'Evangile. - Peut-être, alors, comprendra-t-on pourquoi ses affirmations fondamentales assumèrent une forme protestataire : énoncer le vrai, c’est nier le faux. Les catholiques romains qui, au XVI* siècle, malgré les bûchers allumés pour les « hérétiques » et les « schismatiques », essayèrent de purifier: l'établissement papal, ne manquèrent ni de sincérité, ni de vaillance, ni de foi. On leur doit la naissance d’une double Église catholique réformée :

celle de Calvin... et celle du Concile de Trente.

Aujourd'hui, quelque chose de leur esprit rayonne dans un néo-protestantisme réfléchi, conscient de sa mission, qui se réserve le droit de désavouer parfois Genève, mais qui, à plus forte raison, accepte le devoir de critiquer souvent

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