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pe Rappelant la cérémonie solennelle où la légion
romaine jurait fidélité aux aigles impériales, il s’écriait que les chrétiens, eux aussi, ont leur prestation de serment, leur sacrement, quand ils se vouent à leur chef par la confession du Credo et “un acte de consécration. Ainsi, le sacrement primitif n’était pas, dans l’Église, le centre d’un office quasi magique, célébré dans un chuchotement de formules ineffables, devant un objet sacré, diffuseur inquiétant de rayons X. Le sacrement évangélique n’était pas lié à la présence de certaines choses inanimées sw l'autel, mais à la: présence de personnes vivantes, croyantes, priantes, autour de l’autel, réunies pour acclamer le « capitaine de notre salut », chanter leur foi, affirmer leur amour, renouveler leur vocation, et perpétuer
l'église une et indivisible, née de la divine pro-
messe : « Que deux seulement se réunissent en mon nom, et Je suis là ! »
C'est donc dans l’âme des chrétiens, sur le terrain d’un spiritualisme fondamental, que gît l'essence du sacrement. Les moyens extérieurs, les espèces, ne sont jamais que les instruments offerts à l’âme pour travailler à sa propre sanctification, pour hâter la victoire de l'Esprit dans le sanctuaire intime de la personnalité. Nous résumerons cette conclusion dans la formule suivante : le sacrement est « symbolique », et le rite est « prophétique ». |
Il est vain d’objecter que le symbole n’est qu’une image ; car unè « image » n’est pas une « imagination ». Celle-ci peut n'être que fantaisie ; l’image
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À L " ri = LE RITUALISME s 203
est le reflet d’une clarté qui existe, Cependant, l'on ne rendrait pas justice au symbole en l’assi- , milant à l’image. Par exemple, dans la prière, la parole est plus qu’un écho du sentiment, elle en est l'expression; et c’est bien ce qui la justifie; autrement, pourquoi incarner verbalement lé désir de nos âmes dans l’oraison ? Dieu sait ce dont nous avons. besoin, avant que nous formulions ê aucune requête. En réalité, quand nous prions, | c'est pour nous-mêmes que nous usons de la parole. Celle-ci est le moyen de préciser notre désir, de concrétiser notre aspiration ; c’est le moyen de dépasser la méditation, qui est monologue, pour aboutir à la prière, qui est dialogue. Mais en prenant conscience de la réalité divine hors de nous, l’Ââme qui prie prend possession, personnellement, de l’expérience religieuse ; avec la parole elle s'empare d’elle-même ; non seulement, elle s’extériorise, mais elle s’intériorise. uand on compare le symbolisme du sacrement à celui du langage, on émet donc une affrmation profonde et qui dépasse la sphère du simple formalisme, celle où l’on étudie les lois de l'expression verbale ou artistique. Le sacrement est le langage collectif de l’Église, déclarant {qu’elle vit du Christ et qu’elle est un phénomène mystique . dû à la réelle Présence. L’opus operatum n'ajoute rien à cette affirmation ; elle est complète avec le symbole, et pleinement effective, puisque le. langage, au point de vue psychologique et métaphysique, opère ce qu'il énonce. Le langage est créateur. « Dieu dit : Fiat lux ! et la lumière fut. »
ter la valeur efficiente de la parole, puisqu'elle
prétend déifier la matière à la seule voix du prêtre,
écho elle-même de la voix du Christ, — d’après
le Postulat.
Il ne suffit donc pas de montrer que le symbole correspond à une réalité objective ; il est porteur
de cette réalité, il l’incarne, la fortifie, l’accroît. Par les langages du tableau vivant, du geste mi-
mique, de l’acte dramatique (au sens du drama
grec), de la représentation évocatrice, de la mandu-
cation même, .le symbole transmet et intensifie: une réalité spirituelle, et par là concrète, substan-
tielle, puisque l'Esprit est la réalité ultime.
à Et ce n’est pas l'église rituelle qui pourrait contes-
Or, le symbole n'agit pas seulement comme
langage, à l'instar de la parole dans la prière ; 11.
opère également à travers un singulier multiplicateur d'énergie, constitué par la présence d’une
collectivité accumulatrice de l'Esprit, le groupe
des assermentés, réunis pour jurer fidélité au Maître en prononçant le « sacramentum ». Le
résultat est conforme aux règles les mieux établies de l'association des idées et de la répercus-
sion mutuelle des sentiments, dans un groupe
qu'anime un seul idéal. Les lois de l’imitation
grégaire et de la psychologie des foules l’attestent
suffisamment : l'effort commun des âmes vers
un même but, en particulier dans le domaine moral et spirituel (dans la profonde région des aspirations subconscientes, et des instincts à la fois humains et surhumaiïins, qui constituent en.
nous l’humanité spécifique), est un effort qui -
LE RITUALISME 205
dégage une vertu inspiratrice. Une ambiance très spéciale enveloppe la table sainte ; un dynamisme
en émane. Je ne vise pas ici les bénédictions qui
se rattachent à notre loyalisme, au fait que nous acceptons, humblement et joyeusement, l'invitation adressée par «le Pain vivant » à ceux qui ont « faim de justice » ; car, ceux-là, déclarent les Béatitudes, seront « rassasiés », même en dehors de toute église organisée et de tout recours at sacrement. La sainte Cène, au contraire, suppose le groupement ecclésiastique ; mais celui-ci peut rester un groupement évangélique, libérateur du ritualisme sacramentaire, quand la communion est célébrée sous le signe des Béatitudes. Alors, à la table sainte, la vie religieuse de chaque participant est multipliée par un coefficient égal, en quelque sorte, au nombre des communiants ; voilà qui justifie l’existence de l’Église et la pratique du symbole sacramentel.
On commet donc une erreur en disant aux
chrétiens spiritualistes : Vous ne sortez pas du
«subjectivisme » ; vous restez incapables d’« objectiver » la Grâce : elle ne vous est point apportée du
dehors par l'Église, et dans l’Église. — En vérité,
la table sainte nous vient directement de la
chambre haute où le Christ célébra la Cène ; ICI
la tradition est incontestable ; la chaîne reste sans lacune. Et la même constatation, froidement documentaire, s'impose pour le Baptême. Considérés en eux-mêmes, non dans leur interprétation, les deux sacrements évangéliques sont aussi concrets que l’histoire du genre humain sur notre globe.
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Au surplus, l’aspect social du symbole n’en voile point l’aspect personnel. Non seulement il individualise la Grâce en un -point particulier de l’espace ; mais il l’immédiatise, en un moment particulier du temps. Il la rend immédiate, au sens philosophique, parce qu’elle cesse d’être médiate, transmise par des intermédiaires. Elle est apportée
devient sa bénédiction personnelle ; et le caractère individuel, (non pas individualiste), de cette grâce est symbolisé, à la table sacrée, par les paroles de l’Institution : « Prenez, mangez... Buvez-en tous. » Il est impossible aux sacramentaires de démontrer que le rite ex opere operato dépasse, en efficacité, le symbole ainsi entendu.
D'une part, en effet, si le rite opère à l’insu du bénéficiaire, celui-ci est incapable d'établir qu’un
46 changement psychologique ou moral s’est produit dans son âme, en connexion avec l’application du Fe sacrement ; et s’il s’agit d’un changement corporel, *# déposant le germe de l’immortalité dans la contex- +4 ture de l'organisme physique, cette affirmation pv reste gratuite ; elle se fonde sur une pétition de ‘4 principe : « Le sacrement immortalise ; j’ai recouru à. \ au sacrement, donc je ressusciterai. » Cela revient - à dire : Je crois au sacrement parce que j'y crois. # D'autre part, si le sacrement opère sur le béné- ficiaire, non point à son insu, mais dans le champ à de sa conscience, pareille action est liée à l’idée de. que le croyant se forme du sacrement, envisagé . comme capable d'agir par lui-même, en vertu de l'institution divine des moyens de grâce. L'action
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directement au fidèle par le Saint-Esprit, elle
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5 ROME LE RITUALISME 207
bienfaisante est liée, aussi, aux sentiments que développent, soit l’attente (avant la participation au sacrement), soit l’émotion (pendant l'acte), soit le souvenir (après le rite). Dès lors, les résultats obtenus sont, précisément, ceux que le symbole obtient ; le rite les produit par des moyens identiques, à considérer le mécanisme des associations d'idées et de sentiments mises en branle, sur le plan intellectuel et moral.
Allons plus loin. Avec le symbole, nous dépassons le plan social et le plan psychologique ; nous atteignons le niveau métaphysique. Notre corps lui-même rayonne d’une valeur symbolique, puisque toute personnalité reste invisible. La réflexion de M. Homais : « On n’a jamais vu Dieu », s’applique à M. Homais lui-même. Nul ne l’a vu, ni ne peut le voir. Notre organisme physique dessine les contours de l’enclos où se cache à jamais le moi ; notre corps est le tabernacle d’une Présence immatérielle. Les « autres » savent que mon esprit habite là.
Dans son interprétation du symbole religieux, le philosophe Durckheim rattachait celui-ci à la réalité quasi transcendantale de la Société, exaltée presque à la dignité d’une hypostase. Il faut creuser plus avant ; au lieu d'affirmer que la Société n’a rien derrière elle, et constitue la réalité suprême, il faut admettre que le monde invisible des Idées n’est pas une illusion. Il existe un dualisme de l'esprit et de la matière ; or, la notion de dualité n’équivaut pas à celle de duel; si le dualisme recouvre le concept d’antagonisme, il renferme
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| aussi les concepts de parallélisme et ‘même des "a coopératisme. La distinction de l’âme et du corps ne supprime pas leur unité organique. Dès lors, si la nature humaine, dans le domaine religieux, réclame des symboles adaptés au corps, elle obtient, du même coup, des symboles adaptés à l’âme. De ce biais, l'institution spiritualiste du sacrement __ correspondrait au perpétuel symbolisme de Jésus dans les paraboles tirées du monde vivant. Bref, quand nous interprétons le système sacramentaire * en termes de symbolisme, bien loin d’échapper au réalisme, au mystère, aux infinies virtualités de l’univers concret et riche, nous cavons une sape vers l'énigme centrale de l’Être.
Cependant, au delà du domaine philosophique, ce qui surtout passionne les disciples de l'Esprit, … c'est l’objectivité mystique du symbole. Qu'en- À tendre par là ? Est-ce l'affirmation que ma foi . correspond à une réalité spirituelle ? Cette conclu-. sion est exacte, mais reste indépendante de la manière dont pareille certitude fut acquise ; ici, la question du «comment » n 'est pas primordiale.
Les ritualistes enseignent qu’une telle conviction est liée au sacrement, véhicule matériel d’une grâce réputée immatérielle ; Paul déclarait, lui, qu’une pareille certitude est liée, indépendamment de tout sacrement, au témoignage intérieur du. Saint-Esprit. Ritualistes et non ritualistes, dans . la mesure où ils vivent de la vie chrétienne, sont : donc assurés de n’être point dupes d’un rêve, quand .
- ils affirment l'univers spirituel ; mais ils diffèrent |
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LE RITUALISME © 209.
; Sur l'explication des moyens par lesquels pareille 1 55 conviction pénètre en eux. TES Les chrétiens protestants estiment posséder, 1 dans sa plénitude, cette objectivité mystique dont É
le ritualisme n’a point le monopole. Quelle est, par exemple, la vérité religieuse qui légitime, à Si nos yeux, le baptême des nouveau-nés ? Le Gr. célèbre prédicateur anglican, F. Robertson, l’a exprimée, jadis, avec force. Dieu est le père de tous We les hommes, et non des seuls chrétiens. Chaque à enfant (même juif, musulman, païen), est, par x)" À nature comme par destination, un fils de Dieu. Il l’est à son insu. Nous affirmons et symbolisons cette réalité par le baptême, afin que l'enfant, > dans l’avenir, par la collaboration de l’Église et de +2 la Famille, devienne en acte ce qu’il est en puissance, et développe ses virtualités divines jusqu'à la « parfaite stature de Christ ». L'homme est double, esprit et corps ; mais dans l’unité de la vie, - pour élever l'enfant, l'Église (famille spirituelle), et la Famille (église naturelle), entrecroisent leurs influences. 0 Quelle est, d'autre part, la vérité religieuse que Eù nous confirmons et fortifions à la table sainte ? C’est que nous pouvons atteindre cette « parfaite stature» par l'Esprit du Christ qui habite en nous. (Sous la nouvelle Alliance, l'Esprit de Dieu est désigné, plus expressément, comme Esprit du Christ.) Toutes les épîtres de Paul sont dominées par cette affirmation récurrente. L'union mystique du Fils de l’homme avec l'humanité semble même affirmée dans l'Evangile : « Celui qui reçoit un
Protestantisme. 14
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petit enfant me reçoit moi-même. » Et encore, dans
la parabole du Jugement dernier, le Christ révèle
à ceux qui ne s’en doutaient guère, l'identité .
secrète entre les souffrants, quels qu'ils soient (mécréants, peut-être, comme le bon Samaritain) et le Fils de l’homme. Ainsi donc, ce qui est fait pour l'Humanité est fait pour le Christ. À la vérité,
‘on est libre de ne pas attribuer aux deux déclara-
tions citées un sens métaphysique ; mais ceux qui écarteraient cette interprétation ne peuvent, décidément, être les mêmes qui prennent à la lettre cette formule : « Voici mon corps, mon sang. » Et quant à ceux qui interprètent métaphoriquement cette expression, ils seraient bien fâchés d’en perdre le sens mystique ; or, il rayonne, déjà, dans les passages où le Christ s’identifie avec les petits ou les souffrants. Sachons maintenir, pour l'interprétation symbolique des sacrements, la base profondément mystique sans laquelle disparaît l'Église.
Ainsi, l'Évangile affirme que ce qui est fait pour l'Humanité, est fait pour le Christ. L'apôtre ajoute: Ce qui est fait par le Christ, est fait par l'Humanité. Tout le drame transcendantal de la Rédemption est inscrit, d’après saint Paul, dans les annales du genre humain, dans le curriculum vitae de notre race et à son actif : la crucifixion du Sauveur, sa résurrection, son ascension, sa séance à la droite
de Dieu, sont des actes auxquels fut associée:
l'humanité, une avec le Chef qui la personnifie, même à l’insu de l’espèce humaïne : mais surtout, ce sont des actes qui, dans l'Église, et par une identification volontaire des croyants avec le Rédemp-
LE RITUALISME 2IT
teur, deviennent dés étapes morales de notre destinée spirituelle, ici-bas : et dans l’au-delà. Entraînés dans la communion religieuse de Jésus-Christ, et « transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par l'esprit du Seigneur », nous sommes affranchis de la puissance
du péché, régénérés, sauvés. Le Fils de l’homme
nous est révélé comme le Fils unique de Dieu ; à son-unité avec les frères, s'ajoute l’unité avec le Père. Il n’a pas dit seulement : « Celui qui reçoit un enfant, Me reçoit », mais encore :
« Qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé. » Le symbole de la sainte Cène affirme donc, doublement, la Présence réelle (non réaliste). D'abord, celle du Fils de l'homme à côté de moi, en la personne des frères avec lesquels je partage le pain et le vin, car ils sont le corps dont il est la
tête, ils forment l'Église dont il est le Chef ; je .
serais coupable, en ne sachant pas «discerner le corps du Seigneur », en ceux-là mêmes qui sont les membres de Jésus-Christ. Ensuite, et surtout, je reconnais la Présence réelle du Fils de Dieu en moi, non point pour avoir mangé sa chair, mais pour avoir communié, par mon esprit, avec son Esprit qui est l'Esprit du Père.
Sans doute, la Présence de Jésus- -Christ en moi ne m'est pas ré vélée, seulement, à la table sainte ; elle appartient au domaine de l'expérience religieuse, interprétée par le vocabulaire chrétien. Cependant, la Cène confirme, objective, intensifieet
symbolise une Présence réelle inhérente à l’huma-
nité, attestée par le baptême. Cette Présence, bien
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que « réelle », n’est que « virtuelle » dans l'enfant qui arrive au monde ; elle doit devenir « actuelle » par la régénération morale. Car si tout homme, par naissance, est fils du Père, à plus forte raison tout homme, par la nouvelle naissance, est-il frère du Frère aîné. La Présence réelle est en moi, dans la mesure où je participe à la nature divinohumaine de Jésus-Christ ; c’est là un fait spirituel : que la Cène reste incapable de créer par la simple absorption des éléments matériels du sacrement ; ce … fait, antérieur à la célébration du rite, l’ explique et : le légitime ; il lui donne sa véritable valeur, sa substance profonde, et confère au symbole une | | . | | .
force immortelle. Nous croyons à une présence plus spéciale de Jésus-Christ à la table sacrée, mais non en vertu de quelque mystère eucharistique, puisque la promesse : « Je suis là ! » garde sa plénitude pour la plus humble réunion religieuse, pour ün culte de famille, LE la prière en commun des époux..
= Tout chrétien est invité à s'approprier la formule non magique, mais morale : « Christ vit en moi. » Ce mysticisme spirituel de l’apôtre est aussi concret que le mysticisme ecclésiastique et ritualiste ; car mon âme, ici-bas, reste inséparable d'un organisme corporel qui est aussi réel que le ciboire sur l'autel. Mon corps est même plus profondément encastré dans le monde extérieur ; car l’hostie, au point de vue scientifique, n’est qu'un morceau de pâte; alors que mon corps, organisme vivant, qui se nourrit et s'accroît, est un maillon de la vibrante chaîne des générations humaines; |
il demeure en relation frémissante avec l’astre
solaire dont émanent les aliments que je m'assimile, jour après jour, par une perpétuelle transsubstantiation. | ù Il existe donc une réalité qui s'exprime d’une manière efficace, et seule adéquate, par le symbole, élément actif et cœur du sacrement ; car celui-ci n’agit «religieusement » que dans la mesure où le croyant y voit un véhicule de la Grâce, donc un symbole. Le sacrement doit son âme au symbolisme qui le vivife. Il respire par le symbole, qui est son souffle vital. Sans l’idée conjointe à la matière, le sacrement s’évanouit en tant que tel, et l’hostie eucharistique est indiscernable du cachet pharmaceutique. En d’autres termes, le sacrement prospère sur le symbole, comme le gui sur le chêne; il arrive même que la plante épuise l’arbre, et que le sacrement tue le symbole. Celui-ci desséché,
matérialisé, finit par s’annihiler dans le « cho-.
sisme », pour parler avec le philosophe Renouvier. Mais, théoriquement, le symbole est permanent comme la Nature, la Vie, l'Esprit, le monde invisible des biens transcendants, l'univers des réalités éternelles. Toujours et partout, le chrétien est libre de puiser, sans intermédiaire, à la source inépuisable du symbolisme ; tandis que la vertu sacramentelle, localisée, opère un miracle instantané, prompt comme l'éclair de magnésium.
L'acte symbolique, il est vrai, s’accomplit lui aussi en un lieu donné, à un moment déterminé ; mais il est radio-actif et opère, peu à peu, par rayonnement, à travers les plans psychologiques