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LE RITE PROPHÉTIQUE

On le voit, les tenants du spiritualisme ne

mènent pas campagne contre le sacrement, puisque celui-ci, en ses racines profondes, ne subsiste que

par le symbole spirituel. Ils ne songent pas,

davantage, à dresser une Église rivale à côté de

l'Église ritualiste ; ils demandent seulement à

interpréter le rite, et à l'utiliser, au service de VEsprit.

. De fait, un sacerdotalisme millénaire a souvent manœuvré dans le sens opposé ; il trouvait sa force, et mettait sa gloire, dans la répétition de certains gestes hiératiques. Pas d'innovation | telle était sa devise. Que de fois les clergés ont répété des gestes, ou récité des formules, qu'ils ne comprenaient plus ! On s’appliquait à tourner

dans un cercle immuable. La figure géométrique

de la circonférence leur semblait rayonner comme une auréole de saint.

Reconnaissons qu’un certain besoin de rythme

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caractérise l’âme humaine ; la musique, la danse, la poésie, attestent nos secrètes affinités avec le Nombre et les lois cachées de l’équilibre cosmique. Nous sommes sensibles à l'harmonie mystérieuse, apaisante, qui préside au circuit des atomes et des mondes. Le. rythme du muscle cardiaque, en ses mouvements de systole et de diastole, commande la circulation de notre sang. Le rythme de la faim, aux ondes plus espacées, donne régulièrement le signal des repas. Le rythme du sommeil a plus d'amplitude. Le rythme physiologique de l'organisme féminin accompagne le cycle lunaire. Le rythme des saisons annuelles jette, audessus du temps, la courbe d’une arche encore élargie. Le rythme qui embrasse l’évolution des taches du soleil représente onze années, environ. Sur la Terre, les géologues discernent plusieurs périodes glaciaires, marquées par des vagues récurrentes de froid, à la surface de notre globe; et ici, l'on suppute les années par centaines de mille. Bref, quand l'imagination s’aventure à travers le firmament silencieux où blanchissent et s'éteignent les nébuleuses, elle entrevoit un sens possible à la vieille doctrine philosophique du « Retour éternel ». Tel est le cadre où les clergés aiment à situer le ritualisme.

Il ne faut pas oublier, pourtant, que l’humanité, par un singulier redressement de l’esprit, s’est depuis longtemps évadée hors de la geôle circulaire du rythme. Déjà, d’ailleurs, même dans la nature physique, on observe des faits significatifs, qui ne permettent pas de maintenir que

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ment sur piste. La grande loi de la dégradation de l'énergie cosmique n'’affirme pas, seulement, que __ notre monde vieillit ; elle semble liée au renou- vellement de la vie, sur notre planète, au déve- … loppement d’un dynamisme évolutif dans le domaine biologique, à un progrès des espèces végétales et animales. « Un des traits caractéristiques de la cellule vivante est celui-ci : elle se comporte … comme si elle conservait la mémoire du déjà fait, comme si elle accomplissait plus volontiers les actes déjà accomplis, comme si elle parcourait plus facilement les routes déjà parcourues » (1). Pourquoi ? Est-ce pour piétiner sur place ? Au contraire, c’est pour s’élancer vers de nouveaux progrès en s'appuyant sur l’acquis ; le passé lui sert de SRI Il est vrai qu'aux stades inférieurs de l’ existence, la créature semble emprisonnée dans l'instinct. Mais l’expression « Histoire naturelle » est évocatrice de possibilités lointaines ; les savants ne se . bornent plus à décrire la nature, ils la racontent. Saint Paul allait plus outre ; dans ses visions panoramiques, il prophétisait l’avenir de l'univers et le montrait affranchi, plus tard, de la « vanité». Seulement, il subordonnait pareille délivrance à l'apparition d’une humanité spiritualisée. Car, en définitive, sur notre planète, l’homme seul est capable d’avoir une véritable histoire. Seul, dans le monde animal, il échappe à la loi fatale du

(1) H. Guizreminor : La matière et la vie, p. 122.

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rythme. Il pose des commencements nouveaux, Comme la cellule vivante, mais sur un plan infiniment supérieur, il utilise l'expérience pour aller de l’avant. Alors que plantes et bêtes ignorent le sentiment filial, il sait remonter en arrière, jusqu'aux parents, jusqu’au pays des pères, la « Patrie », jusqu'aux traditions léguées par les ancêtres, mais pour mieux prendre son élan, et bondir plus haut. En réalité, il vise à s'affranchir du rythme par le rite ; car celui-ci, hommage au passé, se propose d'utiliser les expériences des siècles révolus pour préparer les découvertes futures, les réalisations qui s'imposent, les réussites pressenties ou promises. Or, l'Eglise chrétienne, qui se trouve par destination à la pointe extrême de l’espérance ici-bas, se doit de remplir sa glorieuse mission. Elle prie chaque jour : « Ton règne vienne ! » Elle a donc pour mission de « préparer les voies du Seigneur », et d'annoncer le Royaume de Dieu.

Voilà ce que signifient ses rites. Ils ne renferment pas l'Esprit, mais l'Esprit les emploie. C'est avec la mentalité des prophètes qu'il faut les interpréter, non avec la mentalité des Pharaon, conservateurs superstitieux d’une immense nécropole, gardiens d’un royaume souterrain de momies, dans une atmosphère d’oraisons magiques et de sorcellerie cléricale. Le rite évangélique, dans l'Eglise chrétienne, relie encore moins au passé, qu'il ne rattache à l'avenir. Il ne stabilise pas seulement, comme l’ancre du navire ; il met en mouvement, comme le moteur. Bien compris, ïl ne fixe pas la Grâce divine en un point de l’espace,

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et ne restreint pas la Ho de l'Esprit. Interprété . avec la sainte indépendance apostolique, il met fin à des anxiétés incompréhensibles, à la fois naïves et douloureuses, que le spiritualisme dissipe.

Qui peut lire, sans une indicible émotion, la vie EN du moine missionnaire au Sahara, l’admirable Père Charles de Foucauld ? Sur cet apostolat > solitaire de sacrifice et de charité plane l'idée suivante : en plein désert, il faut exposer le Saint- __ Sacrement. Pourquoi ? Parce que l’hostie divinisée . sanctifiera la contrée ; la présence corporelle de ; Dieu, au milieu des sables, sera en bénédiction aux nomades errants en ces parages. Impossible d'échapper à l'impression que, dans la pensée de __ l’ermite, une vertu se dégage concrètement du . tabernacle, de même que l'odeur d’un parfum : qu’on brûle se répand dans une maison. Dogmatiquement, il croit à la toute-présence de Dieu le Père ; et, par conséquent, à la toute-présence de Dieu le Fils ;: néanmoins, il est persuadé qu'il a *: introduit matériellement, ou corporellement, Jésus- Christ au milieu des Touaregs. Voici comment il décrivait ses intentions : « Sanctifier les populations infidèles, en portant au milieu d'elles Jésus présent dans le Très Saint-Sacrement. » Son | biographe raconta : « Il s’étend, tout habillé, | sur le marche-pied de l’autel. Il dormira près du | tabernacle, comme le chien aux pieds de son | maître. » Il s’agit d'élever des oratoires « d'où la Sainte Eucharistie, et le Sacré-Cœur, rayonnent. J sur beaucoup de régions infidèles », Il s’écrie ;

De

PR

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« r aime tant Rome ! C’est là qu'il y a le plus de tabernacles, là que sed est corporellement le plus. »

Comment ne point songer à la parole du Maître aux apôtres : « Il vous est avantageux que je m'en aille »? Oui, n'être plus localisé, pour être universalisé.

Un bon catholique romain, ee Calvin, avait fini par comprendre cette vérité souveraine.

Affranchi d’un certain ritualisme, 1l enseignait que le sacrement a pour centre, non pas les éléments matériels, visibles sur la terre, mais le Ressuscité, invisible au ciel.

« La seule pâture des âmes est Jésus- -Christ. Par quoi, le Père céleste nous convie à lui, afin qu'étant repus de sa substance, nous cueillions de jour en jour nouvelle vigueur, jusqu’à ce que nous parvenions à l’immortalité céleste.

Fixons entièrement, nos oreilles, nos yeux, nos cœurs, nos pensées, nos langues, en la très sacrée doctrine de Dieu. Car elle est l’école du Saint- Esprit, très bon maître. Nous croyons en Jésus- Christ, et ainsi nous le recevons par la foi; nous savons en le recevant ce que nous pensons ; nous prenons un petit morceau de pain, et nous sommes rassasiés au cœur. Par quoi ce n’est pas ce qu'on voit qui repaît, mais ce qu'on croit. La chair de Jésus-Christ, au mystère de la Cène, est chose autant spirituelle que notre salut éternel. Ceux qui ne conçoivent nulle présence de la chair de Jésus- Christ en la Cène, si elle n’est attachée au pain, s’abusent grandement ; car en ce faisant, ils

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us.

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nous ee à dure Il ne us HD pas que k Jésus-Christ nous soit présent, s’il ne descend à re nous ; voire, comme si, en nous élevant à soi, il

ne nous faisait pas aussi bien jouir de sa présence.

Par quoi, notre différend se rapporte seulement |

à la façon : nos adversaires veulent loger Jésus-

Christ au pain, et nous disons qu'iln est pas licite À

de le retirer du ciel. » + Par ces affirmations limpides et +. Jean

Ro d'accord avec saint Augustin, offre à la |

#28 chrétienté entière la formule d’une croyance com-

- mune ; à savoir que, participer au corps et au * sang de Jésus-Christ, c’est, en réalité, participer à

son Esprit, car son corps et son sang appartiennent à l'au-delà. Si cette foi spiritualiste et protestante n'est pas la foi romaine, elle est, heureusement,

“ ” Ja foi catholique. L'avenir lui appartient.

Et

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