INTRODUCTION
« Et moi je vous dis aussi : assemblez des faits, recueillez des observations de votre mieux, aussi complètes que possible ; mais, dès que vous aurez un fait, un seul fait, cherchez-y les côtés saillants, voyez ce qui est en lumière, laissez-vous aller aux hypothèses, courez au-devant, s'il le faut ; que chacun des mots de cette phrase soit l’objet de votre indagation, cherchez à comprendre cette langue inconnue, et, dussiez-vous la bégayer longtemps, n’attendez pas, pour essayer de la parler, que les cent mille mots du vocabulaire soient inscrits dans votre mémoire ».
Je trouve ces paroles dans l’admirable introduction des cliniques de l’illustre Trousseau, et elles me soutiennent et m'encouragent au moment où je vais traiter d’une science
ROME T où tant d’autres sont devenus des maîtres et dont je commence à peine à bégayer le langage. En présence de l’évolution opérée dans le domaine de la médecine et de la chirurgie par nos maîtres et nos prédécesseurs, je n'ai que la permission d'admirer et non le droit de critiquer, et le seul rôle que je puisse tenir est celui de l’humble porte-parole, libre ensuite de bénéficier des trésors laissés par nos maitres, et de faire tous mes efforts pour en étendre les bienfaits sur ceux auxquels ils sont destinés.
Si l’on embrasse d’un coup d'œil l’histoire de la chirur gie on n'aura pas de peine à se convaincre d’une chose : c’est que cette science pourrait prendre pour devise : pro arte. C’est qu’en effet il semble que, tout en cherchant à rendre les plus grands services matériels à l'humanité, elle ait recherché aussi la beauté plastique de ses effets.
« De grâce, un peu moins de science, un peu plus d’art »! disait encore Trousseau. Mais, n'est-ce point là ce que tous les grands maîtres de la chirurgie se sont efforcés de réaliser ? Aujourd’hui surtout, les efforts tendent vers ce but,
“etilne nous serait pas difficile, dans les Annales d’oculistique, de citer des découvertes qui placent leurs auteurs au rang des véritables artistes. |
Et l’œuvre de la chirurgie conservatrice, n’est-elle pas aussi une branche de l’art et une branche puissante? N’estil pas un artiste dans le meilleur sens du mot, celui qui, capable d’abattre une épaule plus brillamment qu'aucun autre, saura, par son {act et sa science, conserver un membre qui paraissait d’abord devoir être sacrifié, sachant
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ainsi interpréter l’œuvre de la nature, et en mettre en lumière ses trésors les plus cachés ? Ne ressemblent-ils pas à ces trop rares mais sincères artistes, qui, pouvant faire parade de tout le clinquant de leur voix, préfèrent, sans en altérer une note, rester les fidèles interprètes de l’œuvre sublime des Gluck et des Mozart. Ils font plus : tandis que ces artistes dont je viens de parler sont de « pauvres comédiens qui pendant leur heure se pavanent et s’agitent sur le théâtre et qu'après on n'entend plus » (Shakespeare), laissant derrière eux seulement un souvenir, les chirurgiens qui, suivant l'exemple que nous donnent à tous nos maîtres, élargissent le domaine de la chirurgie conservatrice laisseront au contraire derrière eux une œuvre durable.
Trousseau que j'aime à citer disait encore : « Jadis la médecine était un art: elle se plaçait à côté de la poésie, de la peinture, de la musique ; aujourd'hui on veut en faire -une science, et la placer à côté des mathématiques, de l’astronomie, de la physique ». Sans doute, comme tous les arts elle doit prendre la science pour base, et mettre en elle une partie de sa force ; mais consolons-nous : les désidérata de l’illustre maître semblent s'être réalisés.
Elle doit tendre toujours vers un idéal qui est la beauté plastique. Le chirurgien doit être un sculpteur. Est-ce que nos sciences médicales ne doivent rien à l’art du statuaire ? Ce sont les sculpteurs et les peintres qui peuvent revendiquer la paternité du sillon orbito-palpébral supérieur que M. Sappey a si bien décrit et dont il à du reste si modes-
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ement partagé l'honneur de la découverte avec les maîtres de l’art; il serait regrettable qu’on nous accusât de l’ignorer. Une semblable digression dans le domaine du beau devait sembler nous éloigner singulièrement du sujet que nous nous proposons de traiter. Il me semble au contraire qu'elle nous conduit tout naturellement au fait. Me proposant de passer en revue le plus rapidement possible quelques opérations de plosis tentées jusqu’à ce jour, pour en arriver à un nouveau manuel opératoire, je voudrais montrer les efforts constants vers la beauté plastique qui ont guidé les chirurgiens dans leurs belles découvertes, les suivre dans cette voie lumineuse, et enfin m’arrêter aux derniers travaux de mon cher et vénéré maître, M. Gillet de Grandmont qui a vaillamment conquis une place dans les rangs des artistes chirurgiens et auquel je dédie respec-
tueusement ce travail.
M. le professeur Tillaux a bien voulu me faire l’honneur de présider cette thèse, qu’il me permette de lui témoigner ma vive reconnaissance.
En passant en revue les procédés opératoires qui ont pour but la guérison du ptosis, j'aurai à parler des derniers travaux de M. le professeur Panas. Mais je ne veux pas me contenter d'inscrire le nom de ce maître dans le cours de ce faible ouvrage. La reconnaissance m’oblige, et c’est dans ce sentiment que je Le prie iei-même de recevoir l'hommage de ma gratitude pour l’enseignement que j'ai puisé dans son service.
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Les mêmes devoirs m'engagent envers tous mes matres, et particulièrement envers MM. Polaillon et Dujardin- Beaumetz.
J'ai passé près d’un an dans la clinique de M. Gillet de Grandmont. Auprès de lui j'ai puisé un enseignement que son infatigable bienveillance me prodiguait à chaque instant. C’est lui-même qui m’a engagé à prendre pour sujet de cette thèse le travail que je présente ici. Il m'a dirigé dans cette étude : c’est avec bonheur que je le prie de nouveau d’agréer mes sincères remerciements.
J'ai eu un premier maître qui sera toujours le meilleur de mes amis : le respect, la tendresse et la reconnaissance m'obligent à mettre son nom au début de ce travail, et ce n’est pas sans une douce émotion que je remplis ce devoir envers mon père.
MM. les docteurs Darier et Parent ont eu la très gracieuse obligeance de me communiquer des observations que l’on retrouvera à la fin de cette thèse. M. le docteur Bellencontre, chef de clinique de M. Gillet de Grandmont m'a mis sur la voie pour retrouver des documents intéressants, je les en remercie.
Je ne puis non plus oublier mes chers compatriotes et amis, MM. les docteurs Bouygues et Valette, qui, pendant leur internat et depuis, ont dirigé mes pas dans les études que j’entreprenais. Une égale reconnaissance et une semblable amitié me font inscrire ici les noms de MM. Cestan et Terson, internes des hôpitaux de Paris.
Si les noms de mes parents bien aimés et de mes meil-
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leurs amis nese trouvent pas inscrits en tête de ce modeste travail, ils restent gravés sur la première page de mon cœur: que la tendresse d’une mère et de deux sœurs, la sincère affection de quelques amis, et la mémoire de l’un d’entre eux dont la mort m'a si tôt séparé, trouvent ici le témoignage de mon affection.
Plan de ce travail.
Nous proposant de traiter succinctement du ptosis et de son traitement, et, plus particulièrement, d’un nouveau procédé opératoire de ptosis congénital, nous avons cru devoir diviser notre travail de la manière suivante.
Une première partie sera consacrée à l'étude anatomique de la région qui nous intéresse, et à la physiologie des paupières.
Dans une deuxième partie nous dirons quelques mots touchant le ptosis en général et les différentes formes de blépharoptose. Un chapitre spécial sera consacré aux traitements qui ont eu pour but la cure de cette affection.
Enfin, en dernier lieu, nous exposerons une nouvelle méthode opératoire, due aux recherches de M. Gillet de Grandmont. Nous exposerons les raisons qui ont amené notre.maître à chercher une nouvelle voie, et nous citerons plusieurs observations à l’appui dés avantages que présente cette méthode.
On trouvera à la fin de notre travail quelques indications bibliographiques que nous avons recueillies, la plupart se rapportant au ptosis ou à son traitement ; quelques-unes ayant trait à l'anatomie, fort intéressante du reste, de la région palpébrale, et à sa physiologie. Parmi ces dernières, nous citerons particulièrement le traité d'anatomie topographique de M. le professeur Tillaux, le traité d'anatomie descriptive de M. Sappey et la physiologie de Béclard.