CHAPITRE I
Historique.
Le rhumatisme chronique était complétement inconnu des Anciens. Leur arthritis ou articularum passio, comprenait à la fois la goutte, le rhumatisme, et toutes les manifestations articulaires chroniques et mêmes aiguës.
L’honneur revient à Baillou (1570-1616) d'avoir le premier dégagé de ce groupe, le rhumatisme articulaire aigu. Mais, il nous faut attendre plus d’un siècle, avant de voir apparaître la première conception du rhumatisme articulaire chronique. Ce fut Sydenham, qui en donna une définition à la fois claire et précise. Puis Landré-Beauvais, en l’an XIIE, dans sa thèse inaugurale, nous fait connaître la première bonne description classique de cette affection, en établissant nettement la différence existant entre le rhumatisme articulaire chronique et la goutte, par l’absence de tophus «dans le cas où la difformité des articulations semblait annoncer leur existence. »
Cette thèse inaugura une longue série de travaux,
mais qui tous eurent pour unique but la description du rhumatisme chronique chez l'adulte. Cette période s'étend de Landré-Beauvais jusqu'en 1864. Tous les auteurs passent complétement sous silence, l'existence probable du rhumatisme chez les enfants Seul, Bertin, en 1835, ne signale les affections rhumatismales chez les enfants, que pour affirmer qu’elles sont«beaucoup moins connues qu'aux autres époques de la vie ».
Il nous faut arriver jusqu’en 1863, pour trouver le premier cas connu et décrit de rhumatisme chez l'enfant. Cette communication fut faite, dans le courant de cette année, par Cornil, à la Société de Biologie. L'année suivante, Laborde rappelant le cas de Cornil, cite celui d'un garçon de huit ans, atteint de rhumatisme noueux depuis quatre ans.
Bouchut, qui observait particulièrement les enfants, ne signale qu’une demi-douzaine de cas dans l’espace de vingt ans. En particulier, dans sa Pathologie infantile, Paris, (1853), ilrelate l'observation d’une jeune fille malade depuis six mois, qui présentait des déformations rhumatismales aux épaules, aux coudes, aux poignets, aux doigts, ainsi qu'aux hanches, et dont les genoux étaient tuméfiés, presque ankylosés et douloureux, le cou était raide ; au bout de quelques mois, elle sortit de l'hôpital à peine améliorée.
Trousseau, dans ses ouvrages, ne cite qu’un cas
de rhumatisme chronique, et chez un adolescent, un garçon de 16 à 17 ans.
Bouvier en présenta un exemple à l’Académie de médecine.
Charcot, en 1864, cite comme une rareté, une infirme de la Salpêtrière, qui avait été élevée dans une habitation humide, et qui fut frappée d’un rhumatisme noueux à l’âge de 10 ans. D'autre part, il nous donne l’observation d’un jeune garçon de 10 ans atteint de rhumatisme articulaire chronique, qui, après une péricardite passagère, présenta, plus tard, les déformations caractéristiques du rhumatisme noueux,
En 1868, Durand-Fardel, et Picot, en 1872, publient trois nouvelles observations. A peu près au même moment, Dallez et Blache, à la Société de thérapeutique, donnent communication de deux cas nouveaux ayant trait à des malades de deux à sept ans.
C'est alors que paraît le travail important de Moncorvo, de Rio-de-Janeiro, sur le rhumatisme noueux chronique des enfants, à la suite d’une observation personnelle d'un cas de cette affection, ayant débuté, à deux ans et demi, chez une petite fille.
Dès lors, la question est à l’ordre du jour et les travaux se succèdent.
Citons le cas de Vulpian, un garçon ; début de Paffection à quatorze ans.
Celui de Potain, 1880, garçon ; début à 10 ans. Mais, chez ce malade, il faut noter l’adjonction de
l’épilepsie au rhumatisme.
En 1883, thèse de Lacaze-Doré, Descroizilles, Sergui, de Bucarest, Hénoch de Berlin, et Wagner, apportent de nouveaux faits.
En 1889, thèse de Pellissié avec quatre faits nouveaux. Cette thèse fut suivie, deux ans après, par celle de Diamant-Berger qui donne une étude très complète de la question.
Depuis, il nous faut citer, outre les cliniques ou traités de médecine infantile de Lancereaux, Billes et Barthez, Descroizilles, Babinsky, la thèse de Céry, avec quatre nouvelles observations.
Le 8 juillet 1892, M. Variot fait à la Société médicale des hôpitaux, une communication relative à un homme de vingt-cinq ans, présentant un rhumatisme articulaire chronique, ankylosant et déformant. ayant débuté dès l'enfance et continué son évolution pendant l’adolescence.
M. Delcourt, de Bruxelles, publie dans le numéro de juillet 1898, de la Revue des maladies de l'enfance, une nouvelle observation de rhumatisme noueux chronique, chez l'enfant : observation d’autant plus intéressante qu’elle est accompagnée du résultat de l’autopsie de l’enfant décédée au début de laffection.
Citons pour terminer la thèse de Gastinel de Toulouse, 1895-1896, avec une observation inédite; l’observation de Comby (octobre 1895).
Plus récemment (1900) M. le professeur Grancher fait une leçon clinique, aux Enfants-Malades, sur deux jeunes enfants atteints de rhumatisme noueux.