AVANT-PROPOS
Ce n'est pas un travail complet sur les différentes sortes de phosphates que nous avons voulu écrire : le cadre d'un tel ouvrage eût été trop vaste et notre savoir insuffisant. ' ; ;1) Mais il nous a semblé que nous pouvions ne pas rester au dessous de notre tâche en parlant des phosphates de chaux fossiles dont la mise en exploitation se confond, en quelque sorte, avec nos plus lointains souvenirs.
Voici bien près de trente ans, en effet, que le père de l'auteur de ce travail faisait fonctionner dans les Ardenne: la première usine qui, en France, ait servi à la pulvérisation des phosphates et il fallait avoir, alors, une foi vigoureuse, presqu'une foi d'apôtre, qu'il eût, pour entrevoir, dés cette époque, le développement prodigieux que prendrait un jour cette industrie si modeste à ses origines. , Mais si les efforts persévérants de M. Desailly et son incroyable ténacité doivent lui assurer la reconnaissance du monde agricole, nous n'en devons pas moins rendre, ici, un hommage public à l'esprit d'initiative et à l'intelligente perspicacité de M. de Molon, dont les mémoires à l'Académie des sciences et les cartes qu'il publia font de lui, sans conteste, l'un des promoteurs du grand mouvement qui se produisit alors autour de cette question et dont le grand géologue, EHe de Beaumont, reste la plus haute personnalité.
Ce travail, si nous nous en rapportons aux nombreux
documents que nous avons sous les yeux nous semble répondre à un besoin réel. — Son titre seul indique suffisamment, d'ailleurs, le but que nous avons poursuivi.
Nous avons, tout d'abord, voulu démontrer l'importance agricole de l'acide pliosphorique et le rôle que joue cet agent dans la végétation. Puis nous avons tenté de prouver qu'en mainte occasion, l'agriculture a un intérêt puissant à utiliser le phosphate de chaux fossile des sables verts àVétat naturel, soit en le semant directement sur la terre ainsi que cela se pratique dans de nombreux départements du Centre et de l'Ouest, soit en le mélangeant au fumier de ferme ou au purin, soit encore en faisant des composts au moyen d'engrais verts dont la fermentation naturelle, par suite de l'enfouissement dans le sol, active la dissolution du phosphate.
Le cultivateur réalisera ainsi une économie d'au moins 100 0 0 sur le prix du phosphate traité par l'acide sulfurique et en admettant que l'assimilation du phosphate fossile des sables verts soit un peu moins rapide que celle du superphosphate ou phosphate acide de chaux, il n'en mettra pas moins dans le sol pour le même prix et même pour un prix inférieur, une quantité double d'acide phosphorique, constituant ainsi une réserve pour les récoltes suivantes.
Aujourd'hui que la bataille est engagée de toutes parts sur le terrain économique, que la richesse publique se trouve profondément ébranlée par l'intensité de la crise qui pèse sur le monde agricole, en un mot, que « la lutte pour la vie » est devenue la grande nécessité du moment, il faut qu'à l'épargne, sa quaUté maîtresse, le paysan français joigne l'étude des questions que, depuis près d'un demi-siècle, on agite sérieusement autour de lui.
Et, à l'heure présente, nous nous plaisons àlereconnaî-
tre et nous nous en faisons un devoir, cette tâche bien qu'aride encore, se trouve, pourtant, singulièrement facilitée grâce au dévouement de la presse agricole et aussi grâce au zèle et à la science des directeurs des stations agronomiques et des professeurs départementaux d'Agriculture.
On a dit, et les faits justifient pleinement cet aphorisme, « qu'il n'y a de prospérité durable pour les Etats que celle qui repose sur une agriculture florissante » (1).
Mettons-nous donc résolument à l'œuvre, chacun dans notre sphère, si modeste soit-elle, unissons-nous dans un commun effort, essayons de faire revivre, pour le pays, les jours prospères d'autrefois et la France redevenue puissante et riche, ne tardera pas â reprendre dans le monde, la place que lui assignent et son passé et ses traditions et les merveilleuses facultés de travail de ses enfants.
Paul Desailly.
Paris, septembre 1885.
(I) Georges Ville, « Les engraiê ehimiques ».