‹ Du romantisme au réalismeChapitre 117 sur 268 · Th. Gautier, Salonde 1844 [La Presse, 2G mars · texte numérisé non relu

Th. Gautier, Salonde 1844 [La Presse, 2G mars

la tonalité générale en est plus uniforme, plus calme ; les œuvres de Delacroix ou de Decamps n’y éveillent plus d’échos. Sans ressembler aux Expositions de 1808 ou de 1814, ces Salons ont avec eux un air de famille, comme des enfants qui, sous les modes du jour, rappellent cependant les traits de la physionomie de leurs parents. Le correspondant d’une revue anglaise, V Atheneum, entrant au Salon de 1846, raconte qu’il a cru se plonger dans un bain à la glace et éprouver un accès de fièvre algide.. « sur ces murs garnis de toiles encadrées, j’ai cru voir des fantômes de peinture plutôt que des tableaux 1 ».

Pendant cette période, la philosophie universitaire soutint, auprès de la bourgeoisie instruite, la réaction abstraite ou spiritualiste. Les leçons que Victor Cousin avait professées sur le Beau dès 1818, furent publiées d'après des rédactions de ses élèves en iS36 2 et en 1840 s. « Toute beauté », y étaitil dit, « se résout dans la beauté spirituelle.. .; l’intérieur seul est beau : il n'y a de beau que ce qui n’est pas visible.... L’artiste doit manier la matière mais pour lui faire exprimer l’immatériel.... L'art est la représentation de l’absolu en général, en d’autres termes de l'idéal b » Cousin essayait pourtant de faire un partage équitable entre l'idéal et le réel; il reconnaissait que l’idéal sans réel manquait de vie et proposait à l’art deux buts « plaire à la sensibilité physique, satisfaire à la raison 5 ».

Dans l'édition profondément remaniée qu’il publia luimème en 1846, ces concessions disparurent 6. Rappelant la

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