‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 109 sur 132 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

reurs plutôt que locataires, et l'habitude de l'épargne étant acquise après quatorze années de pratique, nécessaires pour le paiement des annuités, a été conservée, et son résultat consacré à la formation d'autres capitaux qui ont élevé l'aisance des ouvriers et de leurs familles, sans leur faire rien perdre de leurs habitudes d'ordre et d'activité précédemment acquises. Ici, encore, l'exemple donné par les ouvriers propriétaires, et l'ascendant exercé par eux sur les autres travailleurs, ont eu pour résultat une élévation notable du niveau moral de la classe ouvrière dans son ensemble, ce qui, d'un autre côté, a dû accroître la quantité et surtout la qualité du travail que les patrons ont obtenu de leurs ouvriers à salaire égal.

Le prix excessif des terrains propres aux constructions, situés dans les grandes villes ou à leur proximité immédiate, y rend la propriété foncière inaccessible à l'ouvrier; il n'y aurait de remède à cet état de choses que dans l'établissement de moyens de locomotion rapides et économiques qui permettraient aux travailleurs d'aller établir leur demeure loin des ateliers, sans qu'il leur en coûtât une trop forte dépense de temps et d'argent. Malheureusement, les entreprises destinées à pourvoir uniquement aux besoins d'une portion de la classe ouvrière sont encore généralement considérées comme peu lucratives, et toute spéculation dont la réalisation se fonde sur un très petit bénéfice, répété avec une grande fréquence, excite peu d'engouement parmi les spéculateurs, que l'appât d'un grand béné-

fice, même aléatoire et rarement réalisé, tente davantage.

Il en est de ceci comme des mines de métaux précieux, comparées à celles de houille et de fer, ou même aux simples carrières à pavés ou à» moellons ; les premières attirent à un bien plus haut degré l'attention du public et la convoitise des spéculateurs , et cependant l'expérience atteste que les dernières donnent, en général, des bénéfices plus considérables et mieux assurés. Malgré cela, il faudra bien des années encore avant que Ton préfère une mine de houille à une mine d'or, et avant que les entrepreneurs de transport comprennent que l'on réalise des bénéfices plus élevés et plus certains à transporter des milliers d'ouvriers, qu'à voiturer un petit nombre d'hommes riches.

D'ici là, les ouvriers des villes devront renoncer au luxe de la propriété foncière et se contenter de la possession de ces titres de crédit en papier, dont ils se défient tant et non sans raison, parce qu'il leur est difficile d'en apprécier la valeur et de les soustraire aux risques de vol et d'accidents.

Il est un autre genre de propriété, bien plus accessible à l'ouvrier que la terre et les constructions qu'elle porte ou que le capital représenté par des créances transmissibles, une propriété qu'il pourrait fonder directement et en quelque sorte d'une pièce, c'est celle des instruments et des procédés qu'il peut inventer pour abréger, simplifier et perfectionner son travail ou l'effet des machines et des appareils dont il a la direction ou la surveillance. Quoi de plus

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