‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 3 sur 132 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Pourquoi écrire encore sur le Salaire, quand cette question a été traitée dans tous les ouvrages d'économie politique, depuis Adam Smith jusqu'aux derniers manuels publiés depuis peu?

C'est parce que, à notre avis, la plupart des auteurs ont envisagé cette importante question d'une manière assez superficielle, tandis que nous désirons l'approfondir et rattacher à la théorie pure une série d'applications, ou plutôt parce que nous voulons essayer de montrer de quelle manière les circonstances peuvent modifier cette théorie abstraite.

Dans plusieurs traités d'économie politique, le travailleur est considéré uniquement comme producteur, tandis que son rôle comme consommateur dans la société est entièrement négligé ; or, suivant nous, il est nécessaire, si l'on veut avoir une vue complète et exacte de la théorie du Salaire, d'étudier l'ouvrier sous son double aspect de producteur et de consommateur.

Enfin, l'on n'est trop souvent porté à ne voir dans le travailleur qu'une forme spéciale de réceptacle de la force motrice, peu ou point susceptible de joindre à ses efforts musculaires un effort intellectuel ou moral; on le regarde presque toujours comme fournissant, en toute circonstance, une quantité à peu près constante de labeur purement matériel, sans examiner si le travail intellectuel ou moral qu'il est susceptible de produire n'a pas une valeur infiniment plus élevée, et ne mérite pas, par conséquent une plus forte rémunération.

Certains auteurs nous montrent aussi l'intérêt du salarié comme étant en opposition constante et nécessaire avec l'intérêt du capitaliste et de l'entrepreneur d'industrie ; nous voulons nous attacher à démontrer, au contraire, que l'intérêt du travailleur et celui du capitaliste ou du patron sont entre eux en parfaite harmonie. Si nous réussissons dans cet essai, nous aurons contribué, dans la mesure de nos faibles moyens, à combler la lacune laissée par Bastiat dans ses Harmonies économiques, que la mort ne lui a pas permis d'achever. Si nous n'y réussissons pas, au moins en signalant cette lacune, et en montrant la voie à suivre pour la remplir, nous aurons rendu un service à la science et préparé une démonstration qui pourra être complétée par un esprit mieux doué.

* Notre but principal en écrivant ces pages est de prémunir la classe ouvrière contre le danger des prédications socialistes, qu'elle n'est que trop disposée à écouter et à admettre pour vraies , quand elles

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