CHAPITRE IV
rieure à la leur. Or, il n'y a de civilisation véritable et de bien-être réel dans la société, que quand la femme y tient un rang au niveau de celui de l'homme, et qu'elle y a, par conséquent, la pleine jouissance de sa liberté et l'entier respect de sa dignité.
Partout où les femmes occupent dans la société le rang auquel elles ont droit , les mœurs se purifient et s'adoucissent, la critique, l'éloge ou le blâme décernés par les femmes exercent sur les hommes une influence plus profonde que les jugements portés par les personnes de leur propre sexe, et cette influence les porte vers des pensées et des actions plus nobles et plus viriles. Sous l'influence des femmes aussi, le goût du Beau reprend son légitime empire et son action civilisatrice sur les sciences et sur l'industrie. L'histoire de tous les peuples est pleine d'exemples de l'influence bienfaisante exercée parles femmes sur les progrès de la société, et cette vérité n'est pas seulement applicable aux classes les plus aisées, où les facultés de la femme peuvent se développer au plus haut degré, mais aussi et surtout à la classe ouvrière que l'influence des femmes est, plus qu'on ne le pense, appelée à régénérer.
Pour qu'il en soit ainsi, il est évident que la jeune fille qui veut se rendre capable de devenir une bonne ménagère, ne peut aller passer des journées entières à râtelier, tout au plus pourra-t-elle consacrer au travail rémunéré une demi-journée de 5 à 6 heures, le restant de son temps devant être consacré à son instruction et à s'initier aux fonctions de la mère de famille.
Gomment ces fonctions , tout imparfaitement qu'elles soient comprises aujourd'hui, peuvent-elles être remplies par une femme qui, depuis son enfance, a passé toutes ses journées au fond d'une mine, par exemple, à remplir, à traîner ou à vider un waggon de charbon? Comment aura-t-elle appris, le jour où elle quittera son atelier souterrain pour se marier, la manière de conduire un ménage et d'élever des enfants ? Elle se lassera bientôt d'un travail auquel elle n'entend rien et dont les résultats ne répondront pas à son attente, l'ennui la saisira, et l'on sait que l'ennui est aussi mauvais conseiller que la faim, et qu'il conduit à tous les désordres.
Il est donc de la plus haute importance que le travail des jeunes filles soit limité comme nous l'avons dit ci-dessus, et que l'instruction et l'éducation prennent pour elles la place du travail lucratif. D'un autre côté, nous avons vu que la femme mariée doit consacrer tout son temps aux soins du ménage et à la première éducation de ses enfants; il lui devient donc impossible de fréquenter l'atelier; si elle n'a pas d'enfants ou si ceux-ci, déjà élevés, n'ont plus besoin de ses soins immédiats, elle pourra consacrer ses loisirs, soit à faire un petit commerce, si le lieu qu'elle habite y est favorable, soit à entreprendre des travaux de sa compétence, tels que des ouvrages à l'aiguille, par exemple, et qui n'exigent pas qu'elle y soit occupée d'une manière assidue.
En se conformant à ce que nous venons d'exposer, les femmes mariées et les jeunes filles qui veulent se préparer aux devoirs qu'impose le mariage, ces-