‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 62 sur 132 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

quoi l'Américain après avoir envoyé son coton brut en Angleterre, achète-t-il dans ce pays les tissus manufacturés de cette même substance au lieu de les fabriquer lui-même? C'est qu'en Angleterre la force motrice représentée par la houille est à bas prix, que les fabricants anglais ont inventé des machines fort ingénieuses et que leurs ouvriers ont acquis une grande habileté dans le travail du coton, tandis que l'Américain paie le combustible cher, ne connaît pas les machines des Anglais, ou ne sait pas s'en servir, et qu'il emploie des ouvriers plus utilement à d'autres travaux. Il s'épargne donc de la peine en achetant des tissus en Angleterre, où il obtient presque gratuitement la force motrice et l'aptitude des travailleurs. Ainsi, sans que l'Américain trompe l'Anglais, sans que l'Anglais cherche à nuire à l'Américain, tous deux tirent un avantage de cet échange. Il se peut que cet avantage ne soit pas parfaitement égal de part et d'autre, mais qu'importe à celui qui fait un bénéfice, s'il donne par là à un autre l'occasion de faire un profit plus grand?

Chaque fois qu'un échange se conclut, les choses se passent ainsi ; il implique donc toujours un avantage réciproque, qui se résume pour chacune des parties en une épargne de travail.

Et cet avantage est tellement grand que c'est aux facultés d'échanger et d'épargner seulement que l'homme doit sa supériorité sur la brute, et que c'est principalement, pour ne pas dire uniquement, pour échanger qu'il recherche la société de ses semblables.

C'est à l'échange que nous devons d'obtenir, en retour d'une journée de notre travail, c'est à dire d'une faible portion de service rendu à une partie infime de la société, de quoi satisfaire des besoins très étendus et très variés pendant toute cette journée, tandis que tout notre travail direct pendant ce temps ne suffirait probablement pas à en satisfaire un.

Tel est le principe fondamental de l'échange ; pour profiter seul de ces avantages, pour s'en arroger le monopole, des nations puissantes ont levé des armées, équipé des flottes, entrepris des guerres, conquis des colonies, réduit des nègres en esclavage, commis en un mot une effrayante série d'iniquités. Pour étendre les avantages de l'échange à toute l'humanité, les nations actuelles consacrent d'immenses capitaux et font d'admirables efforts de génie ; c'est pour arriver à faciliter les échanges que l'on a inventé et construit les chemins de fer, les locomotives, les bateaux à vapeur, que l'on a creusé des canaux et des ports et que l'on occupe des armées de travailleurs plus nombreuses et plus puissantes que les armées des conquérants d'autrefois.

N'est-il pas malheureux que, tandis que l'humanité en général conçoit si bien les avantages de l'échange, tandis qu'elle n'hésite devant aucun sacrifice pour les réaliser, certains préjugés enracinés encore parmi des nations éclairées portent celles-ci à détruire d'une main ce qu'elles édifient de l'autre, à consacrer une partie de leur force à enrayer le

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