‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 64 sur 132 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

monumentales versent des flots de fumée dans l'atmosphère, les machines tournent en grondant; les ouvriers et les employés peuplent le voisinage, les marchandises circulent et l'argent aussi, et le pays s'applaudit de la création d'une industrie nouvelle, source de puissance et de prospérité. On s'écrie : C'est une belle chose que celte loi qui protège le travail national ! Car les observateurs superficiels, et le nombre en est grand, n'aperçoivent que ce qui brille à la surface des choses et ne portent pas leurs regards sur les parties plus obscures du fond. Autrement ils verraient que la loi douanière n'ayant pu créer les capitaux qui ont servi à ériger les manufactures, ni les ouvriers qui les peuplent, capitaux et ouvriers ont dû être arrachés à d'autres industries ou à l'agriculture, non sans perte pour les premiers, non sans un nouveau et coûteux apprentissage pour les seconds.

Le développement de l'industrie nouvelle cause donc un dépérissement au moins équivalent des industries anciennes, ce qui réduit à néant de prétendus avantages obtenus. Mais ce qui demeure sans compensation et ce qui constitue par conséquent une perle pour le pays, c'est renchérissement des tissus, occasionné par les droits d'entrée élevés qui pèsent sur ceux du dehors, par le monopole, la fabrication inhabile et l'absence de conditions naturelles favorables qui chargent ceux du pays.

Bientôt l'agriculture et les autres industries, se sentant lésées par le nouveau monopole, au lieu de demander le retour au droit commun, réclament,

comme compensation , leur part de privilège aussi, et le gouvernement, s'il ne veut déroger à ses principes, est forcé de les accorder au moins aux plus exigeants.

De là, nouvel enchérissement des produits, nouveau déplacement de capitaux, avec les pertes qu'il entraîne, nouvelles déperditions d'expériences acquises par suite des changements de profession, et, pour maintenir les monopoles, levée d'une armée de douaniers et de fonctionnaires ; pour combler le déficit que produisent dans le trésor les droits d'entrée que ne paient plus les marchandises étrangères frappées de taxes prohibitives, il faut de nouveaux impôts. Enfin les relations entre peuples voisins, interrompues avec le commerce international, ne viennent plus concourir au développement du progrès et de la civilisation. L'échange ne rendant plus les peuples solidaires entre eux, et les mesures prohibitives aigrissant au contraire les relations, des guerres deviennent imminentes, d'où nouveaux impôts et nouvelles charges pour le peuple, nouvelle instabilité du travail, source féconde de misère enfin.

On allègue souvent en faveur de la protection que la concurrence intérieure, excitée par les profits du monopole, ne tarde pas à faire baisser les prix au niveau de ce qu'ils sont à l'étranger, augmentés des frais de transport. Mais ceci est inexact , car, s'il en en était ainsi, il n'y aurait plus de motif pour maintenir les droits protecteurs.

Les faits prouvent, au contraire, que les industriels protégés se coalisent le plus souvent pour

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