LE CHOMAGE DU LUNDI, L IVROGNERIE ET LEURS CONSÉQUENCES
*Le chômage du lundi est aujourd'hui un fait si général parmi la population ouvrière des villes et des centres industriels, et ce fait a acquis par là une telle importance dans l'économie du revenu de l'ouvrier, comme dans celle de la production et de la distribution des richesses pour la société entière, qu'il devient nécessaire d'en tenir compte dans un ouvrage consacré à l'étude des circonstances qui influent sur le salaire.
Pourquoi la plupart des ouvriers citadins chôment-ils le lundi, et comment cet usage s'est-il établi parmi eux? Il serait peut-être difficile de remonter à son origine, et aussi d'en indiquer les causes précises, nous devons donc nous borner à quelques conjectures à cet égard.
Ce qui nous paraît le plus probable, c'est que des ouvriers, fatigués par le travail excessif de toute une
semaine, à douze ou treize heures par jour, et imparfaitement reposés par un dimanche consacré à des libations étourdissantes, auront été très peu disposés à se lever de bonne heure le lundi, et encore moins à travailler avec ardeur. Ils auront/* alors été réprimandés et condamnés à l'amende pour leur venue tardive à l'atelier, peut-être renvoyés comme incapables de bien travailler ce jour-là, et ils seront allés achever la journée au cabaret.
Peu à peu l'habitude en aura été acquise, et se sera propagée parmi les autres ouvriers, attristés, d'une part, de travailler dans un atelier à demidépeuplé et fiers d'ailleurs d'imiter les gros bourgeois, en se donnant, comme eux, un jour de loisir pendant la semaine. Aujourd'hui, l'ouvrier en est venu à considérer le chômage du lundi comme un acte d'indépendance, comme une manifestation de sa liberté, et nous en avons connu plus d'un qui consentait volontiers à travailler un dimanche en cas de presse, mais qui pour rien au monde n'eût renoncé à sa liberté du lundi.
Liberté, soit; protestation contre un travail journalier trop prolongé imposé par le maître, soit encore; mais tâchons de supputer, tant au point de vue moral, que sous le rapport matériel, ce que cet acte de fière indépendance de l'ouvrier lui coûte et quelle perte en résulte pour la société.
Évaluons à cinquante par année, le nombre des lundis, pendant lesquels le chômage volontaire a lieu, cette évaluation est très modérée, car combien de fois n'arrive-t-il pas que l'ouvrier « mis en train, »