‹ Du salaire (volume 2)Chapitre 82 sur 132 · LA CHARITÉ ET LES ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ ET LES ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE

La charité est considérée comme une des plus grandes vertus dont puisse s'honorer l'humanité, et en effet, quel usage plus beau, plus noble, l'homme peut-il faire de ses facultés ou de ses richesses que de les consacrer au soulagement des souffrances de ses semblables. Mais, pour que la charité mérite ce nom de vertu, il faut que celui qui la pratique fasse librement, spontanément un effort ou un sacrifice dont le résultat soit l'amélioration positive et permanente du sort de ceux qui souffrent ; hors de ces conditions, il n'y a point de vertu. Le don est-il obligatoire, se fait-il sans peine et comme inaperçu par le riche, n'apporte-t-il aux pauvres qu'un soulagement momentané suivi d'un découragement plus grand, d'une dégradation morale plus profonde, il n'y a plus de vertu, il peut même y avoir un grand dommage causé à la société.

N'est-ce pas là ce qui arrive en effet dans beaucoup de cas,'et ne peut-on pas attribuer l'accroissement progressif de la misère chez certaines classes de la société, — tandis que celle-ci tout entière s'enrichit par un travail plus intelligent et plus libre — ne peut-on attribuer la forme la plus hideuse de cette misère , le paupérisme , au développement excessif d'une fausse charité, qui, tout en remédiant mal aux effets de la misère, en rend les causes plus profondes, plus difficiles à extirper, et permanentes de temporaires qu'elles étaient?

L'exercice de la charité exige un discernement et une prudence que l'on trouve rarement chez les personnes charitables, et qui existent bien moins encore chez les autorités chargées de distribuer des dons volontaires ou forcés.

On perd toujours de vue que la misère est le châtiment providentiel et nécessaire de l'ignorance, de la paresse, de l'imprévoyance et d'une foule d'autres vices. Soustraire à ce châtiment celui qui l'a mérité, c'est en détruire tous les bons effets qui sont de ramener, par un rude mais profitable enseignement, l'homme vers le sentiment de sa dignité et vers la pratique des vertus nécessaires à son existence et à celle de sa famille. C'est en perpétuant chez lui ces vices dont aucun événement fâcheux ne vient lui rendre la conscience, qu'on le ravale au rang de la brute, qu'on lui enlève tout ressort intellectuel et moral, et qu'on le rejette ainsi en dehors du progrès que peut accomplir la société, dans laquelle les hommes voués au paupérisme constituent une tache

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