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DU CAPITAL

Définilion du capital. — Éléments dont il se compose. — Comment il se forme. — Influence de l'action sociale sur la formation dej$ capitaux.— Avantages que l'humanitô retire de la formation du capital. — C'est l'usage auquel un produit est destiné, et non la nature de ce produit qui en fait un capital. — D'^s capitaux immatériels et de leur utilité. — Les fonctions du capital consistent à transformer de l'utilité onéreuse en utilité gratuite. — Le fonds productif de l'industrie se divise en capital eugagé et capital circulant.

Le capital y c'est le produit du travail accumulé dans le ,but d'aider à une production ultérieure.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'homme naît avec des organes très imparfaits relativement aux besoins nombreux qu'il éprouve ; sous ce rapport, il serait moins bien doué que le plus humble des animaux, s'il ne pouvait suppléer par son intelligence au peu de force et d'activité de ses organes matériels. A l'aide de son intelligence, il s'empare, en effet, des forces naturelles dont la puissance est infinie, et il les ajoute à ses propres forces. Avec les matériaux que lui fournit encore la nature, il ajoute à ses faibles organes des instruments qui sont comme autant d'organes nouveaux dont il multiplie presque à l'infini la puissance, les formes et les usages.

Tous ces organes artificiels que l'homme ajoute à ses organes propres, et qui en augmentent la puissance productive dans une si large mesure, sont du capital.

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Tout travail de quelque durée exige pour être accompli avec succès que Thomme s*aide du concours de trois auxiliaires :

1<» Des provisions , afin de ne pas être obligé d'interrompre son travail à chaque instant pour pourvoir à la satisfaction de ses besoins immédiats ;

2« Des matériaux qui lui sont donnés par la nature, et auxquels son travail ajoutera un complément d'utilité ;

3o Des instruments à l'aide desquels il opérera la transformation des matériaux.

Le capital se compose donc de ces trois éléments : provisions, matériaux et instruments.

La formation d'un capital exige le concours de toutes les facultés de l'homme. Voici de quelle manière elles sont mises en œuvre. C'est d'abord à l'aide de l'intelligence que l'on découvre par l'observation et l'expérience, la force naturelle dont on peut tirer parti, et les moyens de s'en emparer et de la faire fonctionner.

Quand on connaît le résultat que Ton peut obtenir du concours de cette force, c'est à dire la quantité de travail que l'on s'épargnera, dans l'avenir, par ce concours, on compare ce travail épargné avec celui qui exigera la formation du capital, et si Qp dernier travail est le moindre, on se décide à s'y livrer.

Cette comparaison est ordinairement difl&cile, car le travail à faire est immédiat et doit s'accomplir en une fois, tandis que le travail épargné ne se réalise que dans l'avenir et par petites portions à la fois.

La formation du capital étant décidée, c'est aux facultés morales de celui qui le crée à lui venir en aide ; il faut qu'il ait le courage et la persévérance nécessaires pour s'imposer souvent pendant un temps fort long un excès de travail sur celui qui est nécessaire pour le maintien de son existence, afin de se procurer ainsi les provisions, les matériaux et les instruments qui constitueront le capital, ou qui serviront à sa formation. C'est

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la partie matérielle de l'œuvre, qui exige l'usage des forces physiques, toujours plus ou moins aidées de rintelligence.

Les éléments du capital étant accumulés, l'esprit d'épargne et l'empire sur soi sont nécessaires pour les conserver jusqu'à ce qu'ils puissent être complétés et mis en œuvre, et pour les soustraire à la tentation souvent si forte, d'une consommation immédiate et improductive.

Enfin , l'épargne ainsi formée pour être convertie en capital, doit être employée à une production nouvelle, assez avantageuse pour reconstituer les avances qu'elle exige, assez sûre pour ne pas compromettre l'auteur du capital formé.

En résumé, pour la formation d'un capital, il faut donc : 1<* concevoir l'utilité de ce capital, et combiner les moyens de le former; 2® s'assurer si l'avantage qu'il procurera dans l'avenir dépasse la peine qu'il en coûte pour le créer dans le présent; 3° s'imposer pour créer et rassembler les éléments dont il se compose un surcroit de travail sur celui qui est nécessaire au maintien de l'existence ; 4® épargner et soustraire le fruit de ce travail à la tentation d'une consommation immédiate; 5° donner à l'épargne formée un emploi productif et sûr.

H résulte de là que la création d'un capital exige, de la part de celui qui l'entreprend , non seulement des efforts- matériels, mais aussi et surtout l'emploi à un assez haut degré; de ses facultés morales et intellectuelles.

La multiplication du capital, si profitable au bien-être de l'humanité, est donc facilitée par la culture de ces facultés et par le progrès général de la moralité et de l'instruction.

L'action sociale exerce donc une très grande influence sur la formation des capitaux ; nul ne consentant à se donner le surcroit de peine que celle-ci exige, s'il n'est certain d'en trouver la récompense dans la jouissance indéfinie des avantages que procure la possession du capital, nul ne s'efforcerait de former un capital là où il n'existe point de sécurité , et le capital ne s'accroîtrait qu'avec lenteur et difficulté dans les pays où , à

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oanse de l'imperfection des lois et des mœurs, le droit de propriété est imparfaitement reconnu.

L'esprit d'association, le développement du crédit, l'existence de banques et d'institutions d'assurances, en facilitant la formation des épargnes et surtout leur emploi fructueux et sûr, contribuent aussi à la création des capitaux. . La formation du premier capital a dû coûter, à celui qui l'a entreprise, de grands efforts de génie, de persévérance et de travail ; la difficulté à vaincre était immense ; mais aussi l'épargne de travail, ou le loisir qui en a été le résultat, a facilité dans ime proportion considérable la formation d'autres capitaux, et, plus l'individu ou la société s'enrichit, plus cette facilité devient grande.

Supposons par exemple un sauvi^e sans aucune civilisation, vivant de chasse et poursuivant le gibier à coups de bâton ou de pierres; cet homme travaille péniblement pendant toute la journée pour assurer sa subsistance d'un jour, et celle de sa famille; rentré chez lui, la fatigue l'empêche de réfléchir et de combiner ; il lui faut le génie d'un Newton ou d'un Laplace pour inventer un instrument de chasse aussi grossier que l'arc et la flèche, sans aucune connaissance préalable des lois de la physique et de la mécanique, et il lui faut des efforts très grands de courage, de patience et de persévérance pour s'imposer le surcroît de pénible travail au moyen duquel, sans outils et sans expérience il parviendra à confectionner ses armes. Mais aussi, à peine est-il en possession de celle-ci, à peine est-il parvenu à s'en servir avec quelque succès, que son sort est changé, que la liberté et le loisir deviennent son partage.

A l'aide de son arc, un petit nombre d'heures par jour lui suffirait pour se procurer sa subsistance ;

Le reste de son temps , il peut le consacrer à étudier les phénomènes de la nature , à rechercher les moyens d'en tirer parti, à perfectiormer ses instruments, etc., et la création de nouveaux capitaux lui devient plus facile à. mesure qu'il contraint

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la nature à participer pour une plus large part à la satisfaction de ses besoins. Les compagnons de ce sauvage aussi, profitant de l'exemple donné par lui, édifiés sur l'utilité du capital ont déjà plus de facilité à en former. Il en est de même lorsque la société, par le travail assidu de plusieurs générations, a déjà accumulé de nombreux capitaux sous forme de connaissances acquises ; de procédés inventés, d'instruments confectionnés, etc., toutes choses dont Texistence facilite et abrège le travail nécessaire à la formation de capitaux nouveaux.

Créer un capital est une action méritoire, car cette action exige des efforts persévérants et l'emploi des facultés morales et intellectuelles de l'homme; le capital lui profite, non seulement sous le rapport, matériel en lui facilitant la satisfaction de ses besoins, mais il élève celui qui le possède en dignité et en indépendance, et, chaque capital nouveau ajoutant à la somme des utilités gratuites dont dispose la société, celle-ci j gagne en bien-être.

La création d'un capital nouveau étant un bienfait pour la société, il s'ensuit que tout ce qui tend à détruire les capitaux existants ou à entraver la formation de nouvelles accumulations est un méfait qui nuit à la société entière et retarde ses progrès.

Tout produit du travail peut être un capital, ou peut le devenir par l'échange. Ce n'est pas en effet la nature du produit dont il est formé qui constitue le capital, mais bien l'objet^ auquel ce produit est destiné. Ainsi, un sac de blé est un simple produit, une portion du revenu de son propriétaire si celui-ci l'emploie à satisfaire sa faim ; ce sac de blé devient une provision, une épargne, une accumulation, si son possesseur le tient en réserve pour un besoin ou un usage indéterminé à venir; ce blé constitue un capital, s'il sert à ensemencer un champ, ou à nourrir des ouvrier^ dont le travail, ainsi payé, sert à féconder ce champ.

On attache ordinairement au mot capital l'idée de matérialité ;

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on comprend difficilement que les valeurs qui constituent le capital puissent ne pas être incorporées à de la matière, et cependant, de même que la valeur et l'utilité n'ont rien de matériel et peuvent exister indépendamment de la matière, ainsi le capital qui consiste en valeur et en utilités- peut de même être immatériel.

Tel est le capit^ que l'homme constitue en lui-même par l'éducation ou par l'apprentissage, et qu'il développe par l'expérience. Qui peut méconnaître la valeur et la puissance productive qu'acquiert l'homme par le respect* profond et ferme du droit d'autrui, par de bonnes habitudes morales, par le soin constant de sa dignité, par le développement général de son intelligence, par l'acquisition de notions utiles pour la pratique de sa profession, et même, quand il a tout cela, ne forme-t-il pas en lui ce que J. B. Say appelait un capital productif d'utilité ou d'agrément, mais qui a sa valeur aussi, en cultivant la politesse, le savoir-vivre, la bienveillance et la tolérance envers autrui ainsi que tout ce qui peut charmer sa vie, et le rendre agréable aux autres P

La clientèle d'un commerçant, d'un homme d'ajBFaires, c'est à dire l'habitude acquise par une partie du public d'avoir recours à leurs services, par suite de la confiance qu'il a dans leur probité et leur habileté, cette clientèle, de même que la réputation, la gloire acquise par d'éclatants services rendus à la société, ou par un mérite éminent, sont aussi des capitaux, les uns ayant une valeur appréciable, et tous pouvant servir à faciliter à ceux qui les possèdent la production d'utiUtés ou de valeurs nouvelles.

De même que les individus isolés, les citoyens d'une nation peuvent posséder en commerce des capitaux, qui, pour ne revêtir aucune forme matérielle n'en ont pas moins une incontestable valeur; tels sont entr'autres des lois sages et justes ; un bon appareil de force et d'autorité pour l'application de ces lois et pour en réprimer la transgression ; les traditions d'un passé

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honorable et glorieux ; l'amonr de la patrie, de la lîberi^ et de la justice développé chez tous les membres de la nation, etc.

Le produit de ces capitaux est la sécurité dont Texistence est indispensable à la création et au maintien de tous les autres capitaux.

L'histoire offre des preuves nombreuses et éclatantes de cette vérité; elle nous montre l'accroissement de la puissance productive, de la richesse et de la population chez les nations dont les institutions stables et justes offrent des garanties de sécurité et de durée ; l'immobilisme ou la décadence avec la disparition ou la paralysie des capitaux chez les peuples dont les gouvernements sont instables ou tyranniques, ou qui n'ont pas la droiture et l'énergie nécessaires pour faire régner la sécurité.

Avec l'aide du capital l'homme substitue l'action des forces indéfinies de la nature à ses propres forces si limitées, dans la production de l'utilité, c'est à dire que les fonctions du capital, consistent à substituer de l'utilité gratuite à l'utilité onéreuse, ou, en d'autres termes, à anéantir de la valeur, tout en laissant subsister la satisfaction que pouvait prouver cette valeur. Mais en même temps l'existence du capital place le travail dans des conditions si favorables à la production, et les besoins des hommes s'étendent si rapidement avec les moyens de les satisfaire, que malgré la transformation perpétuelle d'utilité onéreuse ou utilité gratuite opérée par le capital, la quantité de valeurs créées par le travail va croissant à mesure que les capitaux se multiplient. *

Un exemple va mettre en évidence cette double action du capital : Ayant la découverte de l'imprimerie un manuscrit exigeait, outre le travail d'invention de l'auteur, plusieurs mois, quelquefois plusieurs années du patient labeur d'un copiste, et l'ouvrage n'était publié qu'à peu d'exemplaires; le travail de l'auteur et celui du copiste élevaient très haut le prix des livres dont l'usage n'était dès lors accessible qu'à un fort petit nombre de personnes à la fois riches et lettrées. Après la découverte

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d« rimprimerie, peu d*heures du travail du compositeur et de Vimprimeur, aidés du capital de rimprimerie, remplacent le mois ou les amiées d'efiforts du copiste, et l'ouvrage se tirant à un grand nombre d'exemplaires , chacun de ceux-ci ne doit supporter qu'une faible part de la valeur créée par le travail de l'auteur.

De là résulte que le livre imprimé qui rend au lecteur le mémo service que le livre manuscrit, lui coûte c^ndaht mille fois moins peut-être que ce dernier.

Dans ce cas, l'intervention du capital en transformant l'utilité onéreuse en utilité gratuite a anéanti de la valeur dans ce même rapport de mille à un ; mais en même temps dans ce cas particulier comme dans une foule d'autres cas semblables, le livre imprimé a été mis à la portée de la classe infiniment plus nombreuse des gens peu aisés, sans être moins achetés par les gens riches, tandis que la culture et le goût des lettres, dont le développement a été favorisé par ce bas prix des livres, s'est aussi répandu parmi des classes très nombreuses de la société. Il est résulté de la réunion de ces deux circonstances que malgré, ou plutôt à cause de cet énorme abaissement du prix des livres, la valeur créée par le travail des imprimeurs d'aujourd'hui dépasse dans un rapport sans doute bien supérieur à celui de 1 à 1,000, la valeur du travail des scribes ou copistes d'autrefois, et que les auteurs trouvant un bien plus grand débit de leurs idées, sont plus largement et plus sûrement rémunérés.

On a vu que le capital nécessaire à une entreprise productive de quelque durée se composp d'instruments, de matériaux et de provisions; il faut dans toute opération industrielle, qu'une juste proportion soit observée entre ces diverses parties du capital, afin que toutes fonctionnant à la fois, on en obtienne un maximum d'effet utile.

Les entrepreneurs d'industrie désignent ordinairement sous le nom de capital fixe ou engagé, la partie de leur capital qui consiste en instruments, c'est à dire en terrains, bâtiments, voies

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de communications, machines, instroments, appareils de toutes espèces, tout ce qui, en un mot dans la production, n'est pas nécessairement détruit ou transformé , mais peut servir à une suite plus ou moins longue d'opérations productives.

Ils nomment capital circulant la portion de leur capital qui se compose de matériaux et de provisions, c'est à dire des matières premières à transformer ou en cours d'élaboration, du salaire des ouvriers et des employés, de ce qu'il leur &ut à euxmêmes pour vivre en attendant Ta fin de l'opération productive. Le capital circulant se compose donc de tout ce qui, dans cette opération, est nécessairement détruit ou transformé.

Le résultat de l'opération productive doit donc représenter en entier le capital circulant ; il doit compenser la détérioration et l'usure du capital engagé, payer l'intérêt du capital entier, et laisser à l'entrepreneur un profit net de son opération.

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