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CHAPITRE VI

DES BPPBTS DE l'ÉCHANGE.

Utilité de l'échange. — n permet la division da traTail, et Tatilisation plas complète des dons de la nature. — Exemple. — Avantages intellectaels et moraux de l'échange. — Différence des lumières, harmonie des intérêts. — Limite de réchange. — Les avantages de réchange sont prouvés par Fintensité des efforts que fait l'humanité pour les réaliser. — Absurdité des obstacles artificiels opposés à l'échange. — Corrélation qui existe entre l'échange, la division du travail, le droit de la propriété et la société.

Les besoins qu'éprouTe l'homme, et dont la satisfaction est nécessaire an maintien et à l'embellissement de son existence, sont si nombreux et si variés, qu'il lui est impossible de pour- Toir à tous par son travail isolé , quelqu'actif et intelligent qu'il soit.

Ainsi que nous l'avons vu précédemment (chap. III) pour tirer le meilleur parti possible de ses facultés, il doit se borner à n'en exercer qu'un petit nombre, et à limiter le travail qu'il leur demande. Il produit ainsi des utilités d'une même espèce, en quantité bien supérieure à celle qu'exigent ses besoins; il consacre alors le surplus et quelquefois la totalité à la satisfaction des besoins de plusieurs autres personnes qui, en retour lui donnent de quoi satisfaire ses autres besoins.

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Indépendamment des avantages de la division du travail, qui ne peuvent se réaliser que par l'échange, celui-ci en a un autre qui lui est propre, et qui consiste en ce que, par l'échange, une quantité immense d'utilité est mise gratuitement à la disposition de tout le monde, à la seule condition de rémunérer le travail qui y a ajouté de l'utilité onéreuse.

Cette utilité gratuite que l'échange met à la portée de tous a une double origine :

Ce sont les matériaux ou les forces données par la nature, mais qui sont très inégalement distribués sur le globe, et que l'échange répartit plus uniformément; c'est ensuite la vaste accumulation de connaissances et d'expériences , due au travail des générations antérieures, travail dont les fruits durables nous ont été légués gratuitement par elles à la condition de nous les approprier par l'étude.

Un exemple rendra plus sensibles les avantages que la société retire de l'échange, et les deux espèces d'utilité gratuite dont il fait jouir tout le monde.

Un planteur de Java échange du café qu'il a récolté sur ses terres, contre des clous et des verres à vitres fabriqués par un industriel de Charleroi. Où est l'avantage que ces deux personnes retirent de cet échange? Il consiste en une quantité considérable de travail épai^é , ou d'utilité onéreuse transformée en utilité gratuite. L'habitant de Charleroi, s'il eût voulu produire lui-même son café, au lieu de se le procurer par l'échange, aurait dû cultiver à grands frais, des caféiers dans une serre chaude, après avoir passé beaucoup de temps à étudier la culture qui convient à ce végétal.

L'intervention du planteur javanais lui fait obtenir gratuitement la chaleur du soleil et les autres avantages du climat et du sol de Java; elle lui épargne aussi les frais de la production artificielle de ces choses. Le Javanais, de son côté a un grand avantage à se procurer des clous et des verres à vitres en échange de son café, plutôt que de les produire directement, car

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en osant du premier moyen, il profite des matéiîaax pn^res k la &brioation des clous et du verre, que renferme le sol de la !ëelgiqne, de la chaleor du charbon nécessaire pour en opérer la transformation, et enfin, des connaissances acquises par Tindustriel belge et ses ouvriers dans l'art de fabriquer du fer, des dous et du verre; connaissances que leurs ancêtres leur ont %aé à titre gratuit, sous la seule condition de se les assimiler par l'apprentissage.

Que de peines s'épargne le Javanais par cet échange ! S'il n'y avait pas eu recours, des années de recherches, d'études et de travaux auraient à peine suffi à lui procurer ce qu'il obtient en échange d'une partie de sa récolte de café, qui représente, pour loi, un travail de quelques jours seulement.

L'échange équivaut donc pour les individus ou les nations qui le pratiquent, à une économie considérable d'efiForts ou de travail pour un même résultat, ou plutôt, à une plus complète satisfaction des besoins, à travail égal.

Mais les avantages de l'échange ne se bornent pas à ce seul résultat, en quelque sorte matériel, quelque grand qu'il soit ; on n'échange pas seulement des produits mais aussi des idées , et la jouissance commune et gratuite de celles-ci ; la diffusion générale de l'immense fonds commun d'observations et d'expérience, dû à la série entière des générations passées et du monde actuel, rend la plénitude de ses services et de son utilité en se communiquant à tous. L'échange entre les individus et les peuples contribue donc puissamment aux progrès de la civilisation.

Par l'échange il s'établit un lien de solidarité entre les hommes et entre les nations; leurs intérêts s'harmonisent entr'eux, tandis que dans l'isolement, ou par l'absence d'échange, ils sont antagoniques.

Quand deux peuplades sauvages voisines vivent de chasse sur un territoire limité, si l'une de celle-ci s'accroît en nombre et en puissance , eUe s'empare d'une plus grande quantité de gibier ; il en reste donc moins pour sa voisine qui dès lors soufi^e de

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cette prospérité et est intéressée à l'entraver et à lui nuire. De là les guerres incessantes et meurtrières qui désolent les peuplades sauvages dont les territoires de chasse sont contigus ; de là aussi les profondes trames internationales qu'engendrent les systèmes qui tendent à entraver ou à empêcher les échanges entre les nations (voir le chap. IX).

L'échange intervient-il dans les relations des hommes entr'eux, les choses changent entièrement de face. L'intérêt de chaque individu, en sa qualité de producteur et de consommateur d'utilités, est que ceux qui lui achètent ses services, ou les utilités qu'il produit, soient disposés à en prendre la plus grande quantité, et aux meilleures conditions possible ; c'est ce qui aura lieu lorsque ses voisins seront nombreux, éclairés et riches, car alors ils auront de nombreux besoins , et beaucoup de moyens de rémunérer ceux qui leur en procure la satisfaction. Comme acheteur d'utilité , notre particulier aura encore de l'avantage à adresser sa demande à des personnes nombreuses, intelligentes et riches, qui pourront lui offrir une plus grande variété de services et qui disposent en outre d'une plus grande somme d'utilités gratuites, grâce à leurs capitaux et à leur instruction.

Cet individu est donc intéressé à ce que ses semblables prospèrent, puisque ce n'est qu'à cette condition qu'ils peuvent se multiplier, s'éclairer et s'enrichir. Il en est entièrement de même entre nations : par l'échange, la prospérité de l'une réagit sur celle de l'autre ; on obtient à bas prix, ou en échange de peu de travail, les produits d'une nation qui a reçu en partage beaucoup de dons naturels, et qui sait en tirer bon parti à l'aide de ses capitaux et dé son intelligence. On gagne aussi à oSiii ses services à une nation qui peut bien les payer.

Les nations comme les particuliers , sont donc intéressées à leur commune prospérité , et l'échange, par les intérêts qu'il crée,4;end à faire pratiquer ce principe de morale : « Aimez-vous, aidez -vous les uns les autres. «

L'échange a pour effet de diminuer la somme d'efforts néces*

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saires pour arriver à une satisfaction donnée ; mais rechange

loi-même coûte un effort, ou tout au moins une perte de temps,

c'est à dire d'un élément de la vie et du travail.

Qoand l'effort nécessaire pour accomplir l'échange est égal ou supérieur à l'effort épargné par celui-ci, il cesse d'être avantageux, et l'on renonce à recourir à ce moyen d'obtenir de l'utilité gratuits.

Les avantages inhérents à l'échange sont tellement considérables que pour les réaliser ou s'impose parfois de grands efforts. Ainsi les Américains et les Indiens envoient du coton brut en Europe pour le faire manufacturer, et ce coton retourne chez eux sous forme de tissus ; parce que les Américains et les Indiens trouvent tant d'avantages à profiter de la gratuité qui résulte pour eux de l'abondance des capitaux, de la force motrice et de l'aptitude des Européens au travail manufacturier, que, pour en jouir, ils n'hésitent pas à supporter les &ais de l'échange qui consiste en un double transport de marchandises entre l'Europe et l'Amérique ou l'Asie.

Les fabricants de tissus de coton de l'Ecosse envoient des calicots écrus en Suisse pour les faire imprimer en couleurs, et les étoffes imprimées retournent en Ecosse. C'est que les fabricants écossais trouvent avantage à utiliser l'aptitude spéciale des Suisses pour l'impression sur tissus, même au prix d'un double transport des étoffes entre la Suisse et l'Ecosse.

Les fonderies de cuivre des environs de Swausea en Angleterre reçoivent du minerai de ce métal d'Espagne, du Cap de Bonne-Espérance, du Chili et même de l'Australie ; cela résulte de ce que le combustible minéral et le capital sont abondants en Angleterre et rares dans le pays d'où proviennent ces minerais, et surtout de la très grande habileté que les fondeurs anglais ont acquise à réduire ces minerais en cuivre par les procédés les plus économiques. Ceci motive les frais considérables que supportent des minerais franchis ant de si grande

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distances, avec un poids très supérieur à celui du cuivre provenant de leur réduction.

Pendant bien longtemps le principe si fécond de Péchange entre les nations a été méconnu, et un égoïsme national étroit et faux a opposé mille entraves à la liberté des échanges (voir les chapitres XI et XXVIII).

Aujourd'hui encore une grande partie de ces obstacles artificiels continue de subsister, en même t«nps que, par une meilleure entente de leurs véritables intérêts, les peuples font d'immenses efforts, et s'imposent de grands sacrifices pour aplanir les obstacles naturels qui s'opposent à la facilité des échanges de nation à nation. Tandis que l'on consacre le travail de plusieurs millions de bras à percer des tunnels à travers les montagnes, à creuser des canaux à travers les isthmes pour abréger les distances, des lois douanières opposent encore au transport des produits, c'est à dire à la transmission de l'utilité gratuite, des obstacles plus difficiles à surmonter qu'une ch^ne de montagnes, ou un isthme.

Depuis la chute du premier empire français, les peuples de l'Europe semblent renoncer peu à peu à la funeste habitude de gaspiller leurs épargnes et de détruire leurs capitaux dans des guerres continuelles.

Depuis lors aussi une partie des épargnes est consacrée à lever les obstacles matériels qui s'opposent aux échanges, et surtout à anéantir la distance, le principal de ces obstacles. Depuis quelques années seulement, les peuples civilisés ont dépensé des milliards de francs à construire des lignes de chemins de fer, et à les garnir du matériel de transport; à construire de puissants navires à voiles et à vapeur; des ponts, des forts, des bassins, des docks, des routes, des canaux, ejc, qui attestent que l'on commence à sentir toute l'importance que la société doit attacher à faciliter les échanges. Il est à regretter que les peuples civilisés ne mettent pas encore la même ardeur et la même énergie à proscrire les hames, les rivalités et les guerres entre

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nations et à faire disparaître les erreurs économiques et les préjugés égoïstes qui opposent à la liberté des échanges des barrières si difficiles à franchir.

Par réchange, les besoins d*un seul étant satisfaits par le travail de plusieurs, cet échange implique nécessairement la division du travail, qui, à son tour exige Tassociation des travailleurs. Il résulte de là que l'échange n*est pas possible sans l'existence préalable de la société qui de son côté a pour principale raison d'être l'échange.

Enfin, la société ne peut exister, l'échange et, par conséquent la division du travail ne peuvent avoir lieu, sans la reconnaissance expresse d'un droit de propriété sur les fruits du travail.

Ces quatre choses, la société , le droit de propriété, l'échange et la division du travail sont donc essentiellement corrélatives et ne peuvent exister l'une sans l'autre ; tout ce qui tend à nuire au libre et complet développement de Tune de ces choses doit donc nuire à l'existence de toutes les autres, et être contraire au bien-être de l'humanité.

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