CHAPITRE X. iSl
mouvement auquel elles ont contribué elles-mêmes.
Perdant de vue que l'intérêt général qui commande réchange n'est que la somme des intérêts particuliers de l'humanité, elles ont cru pouvoir accroitre leurs pro&ts particuliers en diminuant la somme des avantages généraux.
C'est là une erreur aussi funeste qu'elle est antihumanitaire et qu'expient cruellement les nations qui la partagent encore. Mais de toutes les fractions de la société, celle qui en souffre le plus, c'est la classe des travailleurs ; pour elle toute entrave à la liberté des échanges a pour effet une plus grande difficulté d'obtenir la satisfaction de ses besoins par suite de renchérissement des produits; une plus grande difficulté d'obtenir une juste rémunération de son travail par suite de l'abaissement des salaires. Et cependant les partisans des entraves à la liberté commerciale ne manquent jamais d'invoquer en faveur de leur doctrine l'intérêt de la classe ouvrière, et la théorie de la restriction et des entraves au commerce a reçu d'eux le nom de protection ou de défense du travail national, A les en croire, l'échange avec des nations favorisées de la nature, ou riches en capitaux, en diminuant l'effort nécessaire pour obtenir une satisfaction, paralyse une partie du travail national, source de toute richesse et enlève ainsi à la fois à l'ouvrier le moyen de travailler, à la nation le moyen de salarier son travail.
Les partisans de la protection se refusent à comprendre que quand, par l'échange, une nation parvient k obtenir la satisfaction de ses besoins ordi-
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Itl pu SALAIRE.
naires avec une moindre quantité de travail» ces besoins ne tardent pas à s'accroître et que le travail rendu disponible par une meilleure distribution des dons de la nature est aussitôt employé à la satisflaction de nouveaux besoins dont le nombre s'accroît rapidement.
Le travail national, au lieu de se trouver réduit par l'échange, se trouve donc accru par la multiplication des besoins à satisfaire et rendu plus fruc* tueux par la plus grande facilité avec laquelle il parvient à cette satisfaction.
Beaucoup de protectionnistes s'imaginent, de bonne foi sans doute, que la fortune commerciale d'un pays dépend de ses lois douanières, comme si une loi, un décret ou une disposition administrative pouvaient créer la vertu, l'abondance et le bonheur du peuple. Cette croyance repose sur une série de sophismes appuyés sur des apparences trompeuses dont on ne se défie pas assez. Se fondant sur leurs théories, les partisans du régime restrictif deman* dent au gouvernement de protéger l'industrie nationale en frappant d'un droit d'entrée très élevé un produit de l'industrie étrangère que l'on pourrait fabriquer dans le pays, les tissus, par exemple. Le droit établi, il agit comme un accroissement des frais de production et les tissus enchérissent à ce point qu'il y a profit à les fabriquer dans le pays, même par les procédés imparfaits, avec des machines grossières et des travailleurs inexpérimentés. Alors les capitaux affluent vers la nouvelle industrie, de belles constructions s'élèvent, des cheminées
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