‹ Du salaireChapitre 45 sur 136 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

empêcher que le prix de leurs produits ne s'abaisse à un taux qui leur ravirait le fruit du monopole. Mais, en admettant même que la concurrence intérieure abaissât les prix au point de réduire les bénéfices des industries protégées, au niveau de ceux qui se réalisent dans des entreprises soumises à la concurrence étrangère, il n'en résulterait pas que le produit protégé serait à aussi bas prix que si Ton pouvait acheter au dehors sans payer de droits, car nulle concurrence intérieure ne peut remplacer la gratuité des agents naturels, dont jouissent les contrées favorisées. L'absence du monopole ne peut faire, par exemple, que les produits de l'industrie soient à aussi bon marché dans un pays oîi le fer et la houille sont rares, que dans une contrée abondamment pourvue de ces dons naturels.

La protection, qui a pour effet d'enchérir les matières premières et les machines dont se serviraient, même les industries protégées, d'accroître les impôts, d'augmenter en un mot les frais de production, ne permet pas de livrer les marchandises à bon marché et en réduit par là même la consommation. Ces mêmes causes empêchent les industries protégées de lutter avec leurs rivales de l'étranger sur le marché extérieur; les premières n'ont donc pour tout débouché que le pays même où elles sont établies, et encore ce débouché se trouve-t-il rétréci par rinévitable cherté du produit, qui le rend inaccessible à un grand nombre de consommateurs. Il résulte de là que, ^dans les crises commerciales si fréquentes chez les nations soumises au régime pro-

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lecteur, ce faible débouclié même est ravi aux industries protégées, et celles-ci, n'ayant pas alors Texportation pour ressource, ne peuvent se soustraire à la ruine qui détruit les capitaux et laisse pour longtemps les ouvriers sans travail.

Tel est le triste bilan de la protection, dont nous omettons encore quelques articles importants. On voit que celle-ci agit sur les peuples d'une manière plus funeste encore qu'une misère permanente , qu'une série non interrompue de mauvaises récolles. L'analogie entre ces dernières et les effets du système protecteur est d'autant plus complète, que ce& deux fléaux privent l'humanité du concours fécond des agents naturels; seulement, dans le premier cas, c'est la nature elle-même qui refuse son con* cours, tandis que, dans le second, ce sont les hommes qui s'en privent volontairement. Le système protecteur agit donc sur les salaires, de la même façon qu'une disette indéfiniment prolongée, et elle a de plus que celle-ci l'inconvénient de provoquer tous les maux qu'engendrent l'énormité et l'inégale et injuste répartition des impôts, les privilèges, les administrations compliquées, les grandes armées de soldats et de douaniers, les probabilités de guerre, les inimitiés internationales, etc.

Il est donc permis d'affirmer que le bien-être de la classe des ouvriers, comme celui de la société entière, est intimement lié à la liberté des échanges^ et que toute entrave à celle-ci a pour effet d'engendrer la misère et d'enrayer les progrès de la civilisation.

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