‹ Du salaireChapitre 47 sur 136 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

comme il dit, ne se remet au travail que le mercredi, ou même, le mardi de la semaine suivante.

Admettons' encore que le salaire moyen de l'ouvrier de nos villes soit de deux francs par jour, ce qui est probablement au dessous de la réalité; voilà donc une somme annuelle de cent francs au minimum, que l'ouvrier perd, ou manque à gagner, ce qui est la même chose, par le chômage volontaire du lundi.

Que de doléances, que de cris de détresse il pousserait cependant, si une calamité quelconque, indépendante de sa volonté, le condamnait à un chômage forcé de cinquante jours et à une perte correspondante de cent francs! Que de malédictions, combien de projets de vengeance contre le maître, si son ouvrier pouvait supposer que c'est par la faute de celui-ci, qu'il perd la sixième'partie de son revenu annuel!

Voilà donc une velléité de fière indépendance, la petite vanité d'imiter le riche bourgeois, qui pourtant, ne se donne pas souvent un jour de loisir par semaine, bien chèrement achetée, et si l'ouvrier calculait au juste ce que son esprit d'indépendance et sa vanité coûtent de privations, de larmes et de souffrances à sa famille, il y renoncerait bien certainement, à moins d'être tout à fait dénué de cœur. L'ouvrier pourrait prétendre pour justifier le chômage du lundi, que par là, lui et ses camarades, en réduisant d'un sixième l'offre du travail, font hausser les salaires dans la même proportion, et qu'ainsi la perte ne retombe pas sur eux,

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jnais sur les entrepreneurs d'industrie qui les em^ ploient, et qui, à leur tour, s'en remboursent sur les consoramateurs de leurs produits, c'est à dire sur tout le monde. En admettant que ceci fût vrai, et nous démontrerons le contraire plus loin, ce « tout le monde » comprend la classe ouvrière elle-même, et renchérissement des objets de sa consommation compenserait exactement la hausse du salaire.

Mais, quoique certainement tout le monde perde àfce que du travail, qui pourrait se faire et qui est payé par les consommations que les ouvriers font le lundi comme les autres jours, n'est pas effectué, cette perte ne se borne pas là, car le capital du patron chôme le lundi, en même temps que les ouvriers, et- quand celui-ci a payé en pure perte, l'intérêt, l'entretien et l'amortissement de ce capital, quand il n'a pas fait le bénéfice qu'il aurait pu réaliser le lundi, il en résulte pour lui une perte au moins équivalente à celle que font les ouvriers euxmêmes. Il lui reste donc toute cette somme de moins dans sa caisse pour payer le salaire des ouvriers et la demande qu'il peut faire de leur travail diminue dans la même proportion que l'offre. Il n'est donc pas vrai que le chômage du lundi tende à faire hausser le salaire, de façon à dédommager l'ouvrier, mais ce qui reste vrai, c'est que ce chômage enchérit le prix de toutes choses, aussi bien de celles qui sont h l'usage du travailleur, que de celles qui sont consommées par le riche, car ces choses coûtent de plus à produire, tout ce qu'il faut à l'ouvrier pour s'entretenir le lundi sans travailler

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