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pable de gagner sa vie par le travail pour avoir droit au secours de la commune ; ce secours était d'autant plus élevé que le salaire était plus bas , les besoins de Findigent plus grands et sa famille plus nom-' breuse. De ce moment, la perspective de la misère n'apporta plus aucun frein aux mariages; au contraire, l'indigent se mariait de bonne heure, afin d'avoir promptement une famille nombreuse et de participer ainsi pour une plus large part dans les secours distribués. D'un autre côté, l'ouvrier, certain de trouver un supplément de ressource dans la caisse des pauvres, ne mettait aucune énergie à débattre les conditions de son salaire qui se réduisait bientôt au point d'être insuflBsant. Les patrons eux-mêmes coopéraient à cette dégradante combinaison, en s'engageant envers les ouvriers à user de leur influence pour faciliter l'inscription de ceux-ci sur la liste des pauvres de leur paroisse. Il est évident que cet état de choses devait détruire en même temps tout ressort moral chez l'indigent , et ne pouvait manquer de transformer la misère en un fléau permanent, endémique et héréditaire.
Et en efiFet, l'enquête ouverte ,en 4834 a établi que quand une famille avait reçu des secours de la caisse des pauvres, le droit à recevoir ceux-ci se transmettait de génération en génération, comme un héritage, et qu'il n'est point d'exemple qu'une fiimille, une fois entrée dans cette voie dégradante, en soit sortie par sa propre énergie. Aussi l'histoire nous montre-t-elle le nombre des secourus et la taxe perçue pour soulager leur misère , croissant d'une
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manière effrayante pendant deux siècles. L'impôt pour l'Angleterre et le pays de Galles seulement, c'est à dire pour une population d'environ 13 mil- •lions d'habitants , s'élevait à 176 millions de francs, non compris les frais de perception et d'administration qui devaient être considérables à cause des vices de cette gestion et du défaut de contrôle. Quand on songe que cette taxe tombait uniquement sur les possesseurs de la propriété immobilière, on comprend quelle lourde charge devait peser sur eux.
En 1834, le Parlement anglais, vivement ému d'un tel état de choses qui menaçait d'empirer d'année en année, fit faire une enquête qui dévoila les faits que nous venons de signaler et bien d'autres encore qu'il serait trop long de mentionner, le Parlement, disons-nous, fit une loi destinée suivant lui à réformer ces abus. Malheureusement le principe du droit à l'assistance restait en entier dans cette loi et ne devait pas tarder à porter ses fruits. Pendant quelques années, une administration centralisée, un contrôle plus sévère exercé sur la distribution des secours, le rétablissement partiel des maisons de travail et surtout , sans doute , la réaction de l'opinion publique contre les abus de la charité légale , tout cela diminua le nombre des secourus et le montant de la taxe; la paix, le développement croissant de l'industrie, quelques bonnes récoltes et principalement la réforme douanière, qui amena une diminution notable du prix des moyens de subsistance en même temps qu'une augmentation de la demande du travail, tendirent aussi à contre-balancer momenta-
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némeni les funestes effets de la charité légale, et les partisans de la nouvelle loi s'en promirent les plus heureux effets. Cependant, depuis 1834, la taxe montre une tendance nouvelle à s'accroître, et même, dans les circonstances les plus heureuses, son développement ne pourra être que momentanément retardé, car l'effet du principe même qui l'institue est de la faire grandir sans cesse jusqu'à ce qu'elle ait absorbé la totalité du fonds qui l'alimente.
En Belgique, il n'existe point de taxe des pauvres proprement dite, c'est à dire qu'une prétendue charité légale ne sert pas de prétexte à une véritable spoliation comme en Angleterre; cependant chez nous aussi les communes peuvent s'imposer des taxes destinées à pourvoir au soulagement de la misère, et les administrations de l'État, de la province et de la commune interviennent dans la gestion des biens légués à des fondations charitables, qui constituent des hospices et les bureaux de bienfaisance. Chez nous au moins le principe du droit à l'assistance ne se trouve pas inscrit dans la loi, mais il n'en est pas moins mis en pratique dans une grande partie du pays, et ses conséquences désastreuses, sans se montrer sur une échelle aussi étendue qu'en Angleterre, n'en existent pas moins. Nous voyons en effet, d'après des documents statistiques publiés par le gouvernement, que le nombre des indigents ou soi-disant tels qui participent au secours de la bienfaisance publique va toujours croissant et atteignait déjà, il y a quelques années,
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le nombre de 900,000 environ sur une population de 4,800,000 habitants, c'est à dire d/8* de celle-ci.
Un étranger qui jugerait de la situation de la Belgique d'après ces chiffres, serait tenté de croire qu'il y règne une effreuse misère et que l'on doit rencontrer tant dans les villes qile dans les campagnes une personne au moins sur cinq portant les Jraces d'un profond dénûment. Or, chacun sait qu'il n'en est pas ainsi, et qu'heureusement la misère inscrite dans les tableaux de la statistique officielle dépasse sensiblement la réalité. Mais si la misère physique est heureusement de beaucoup en dessous de l'évaluation officielle, celle-ci n'en montre pas moins une dégradation morale très intense, puisque 900,000 personnes, misérables ou non, sur 4,800,000, ne rougissent pas d'avoir recours à l'aumône publique, au moins comme supplément de moyens d'existence. Ce résultat, fût-il le seul parmi ceux que peut engendrer une charité collective mal entendue, serait déjà déplorable pour notre pays et mériterait que l'on s'occupât d'y trouver un prompt et énergique remède.
Cette plaie, tant de fois signalée, de la misère qui a recours à la charité publique, est très inégalement répartie dans notre pays; des populations nombreuses, les unes agricoles, les autres industrielles, n'ont que peu ou point d'indigents inscrits sur les tableaux officiels; il en résulte que, dans d'autres localités, la proportion de ces indigents à la population totale doit être très considérable. Il est facile de remarquer, en consultant les docu--
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