CHAPITRE Xlll
dire à la complète désorganisation de la société. Mais serait-il prudent d*abolir, d'un coup et sans transition aucune, la cbarité légale et la bienfaisance publique? Évidemment non, le mal est trop profondément enraciaé pour être facile à extirper. Il faut pour cela avoir recours à ses antidotes naturels, l'enseignement, les institutions de prévoyance et de secours mutuels et la propriété. Ce n'est qu'à mesure que celles-ci se développeront et pénétreront dans les habitudes de la classe laborieuse que l'on pourra opérer la réforme des établissements dits de bienfaisance, et engager la charité individuelle ou collective à modérer et à éclairer son zèle. Nous ne doutons pas que, quelques progrès de la moralité et des lumières chez la classe ouvrière aidant, les associations de prévoyance avec les formes multiples et variées qu'elles sont susceptibles de prendre, ne parviennent à détruire toutes les causes de la misère, ou au moins la plus grande partie de celles-ci, et, par conséquent, à rendre la charité inutile au moins sous sa forme permanente. Mais cette chose si désirable ne peut s'accomplir qu'à une époque fort éloignée de nous, et d'ici là une charité éclairée trouvera encore bien des maux à réparer. Mais dès maintenant, elle doit s'appliquer à agir de la même façon que les institutions de prévoyance, c'est à dire en cherchant à prévenir la misère plutôt qu'à remédier à celle qui s'est déjà produite et à distinguer soigneusement la misère accidentelle de celle qui a pour causes le vice et la paresse. Ainsi, nous voudrions voir la sollicitude des
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personnes charitables se diriger dans une autre voie que celle suivie jusqu'ici et abandonner ces établissements de charité, tels que les crèches, les 'écoles gardiennes et d'autres institutions semblables, dont on s'était fort engoué il y a quelque temps, et qui ont le déplorable effet d'ôter aux chefs des familles ainsi secourues le sentiment de leur responsabilité, de pousser la classe ouvrière à des mariages prématurés et inconsidérés, de soustraire les enfants à la première éducation morale, qui ne peut être convenablement donnée que par la mère et exige de celle-ci des soins incessants, et qui enfin relâchent les liens naturels entre les parents et leurs enfants en les tenant séparés les uns des autres.
Nous voudrions, disons-nous, voir ces efforts, dont les effets ont si mal répondu à l'attente des personnes généreuses qui les tentaient, être dirigés contre les causes mêmes de la misère, c'est à dire contre le manque de moralité et de prévoyance, l'ignorance et les vices encore si communs chez nos classes ouvrières, les erreurs, les préjugés et les superstitions, plus nuisibles encore que la simple ignorance. Nous voudrions voir surtout ces efforts dirigés vers l'amélioration de l'éducation des femmes du peuple, si incomplète et si rfégligée dans notre pays et si nécessaire cependant, puisque c'est d'elles surtout que dépend le bien-être de la famille, l'ordre et le bonheur dans le ménage et la première direction donnée à l'intelligence et à la moralité de l'enfance, qui exerce une si profonde et si durable influence sur la vie entière de l'homme. (V. chap. IV.)
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