‹ Du salaireChapitre 83 sur 136 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

laisser l'ouvrier maître de devenir propriétaire par son travail, et pour cela il ne lui faut que « justice et liberté. »

Les exemples ne manquent pas à l'appui de notre théorie, que l'homme ne parvient au parfait développement de ses facultés que par la propriété; ainsi plus d'un manufacturier intelligent et philanthrope a transformé ses ouvriers négligents, insouciants de l'avenir et enclins au désordre et à la débauche, en travailleurs laborieux, rangés, prévoyants et économes en leur faisant sentir les avantages de l'épargne et en leur facilitant les moyens de la pratiquer par l'offre d'un intérêt assez élevé pour les plus modestes économies confiées par l'ouvrier à la caisse du patron.

On remarque partout aussi que l'ouvrier, possesseur d'un livret de la caisse d'épargne, quelque mince que soit la somme qui s'y trouve inscrite, est un homme plus actif et plus rangé que son camarade qui ne possède pas ce précieux document, nous allions dire ce talisman.

La propriété, représentée par un titre écrit sur du papier, quelque solide que soit ce ti^re, a cependant moins de valeur aux yeux de l'ouvrier que la propriété immobilière. Pour lui, posséder une maison, pouvoir cultiver en pommes de terre ou en légumes un petit champ à lui, c'est le terme le plus élevé, le rêve le plus beau de son ambition. Il y voit matérialisées, pour ainsi dire, son indépendance et sa dignité; aussi n'est-il effort si grand et si pénible qui ne lui semble léger, .quand il entrevoit au bout la réalisation de ce rêve.

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210 BU SALIIRB.

La ligue anglaise pour la réforme des lois céréales, en facilitant à quelques centaines d'ouvriers Faccès à la propriété de maisons ou de petits champs, afin d'en faire des électeurs favorables à sa cause, a élevé en même temps ces hommes en dignité à leurs propres yeux et à ceux de leurs camarades, et il en est résulté un bien immense pour une portion considérable de la population ouvrière, car la vertu a sa contagion comme le vice, et les exemples d'activité, d'ordre et de prévoyance, donnés par les ouvriers propriétaires à leurs confrères qui ne sont pas encore parvenus à cette dignité, ne sont pas perdus pour ceux-ci.

Des manufacturiers philanthropes de Mulhouse^ imitant l'exemple de la ligue anglaise et faisant en cela non moins un habile calcul industriel qu'un acte de bienfaisance éclairée, ont constitué une société civile pour la construction de maisons d'ouvriers, sur un terrain situé à proximité de la ville ; chacune de ces maisons, spacieuse et bien aérée a son petit jardin, les ouvriers qui veulent les occuper peuvent, à volonté, les prendre en location ou les acheter, en payant, dans ce cas, de 300 à 400 francs à leur entrée et le restant de la valeur en quatorze annuités, peu supérieures au taux du loyer annuel, calculé lui-même à raison de 4> 8 p. c. du prix coûtant des maisons, c'est à dire de dix-huit k vingt-trois francs par mois, selon que la valeur de la maison est de 2,400 ou de 3,000 francs. La plupart des ouvriers, surtout parmi ceux qui avaient quelques économies, ont préféré devenir acqué-

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