CHAPITRE XY. tl
légitime en effet, que le profit retiré par l'ouvrier d'une invention qui doit se résumer en définitive en un accroissement de bénéfice pour le patron d'abord, en gratuité partielle, ou, en d'autres termes, en bon marché pour la société entière ensuite?
Quel meilleur encouragement pourrait-on imaginer pour le développement du génie de l'invention déjà si favorisé chez l'ouvrier par la division du travail, qui simplifie toutes les opérations industrielles, au point de les rendre aisément perfectibles, ménie par une intelligence médiocre, parce qu'elle est constamment tendue vers le même but?
Combien de progrès s'accompliraient dans l'industrie si cette tendance était favorisée par la propriété de l'invention accordée h l'inventeur comme légitime rémunération de ses utiles et méritoires efforts !
Mais ici encore l'état de la civilisation et par conséquent de la législation et de la moralité publique ne permettent pas à l'ouvrier, et ne lui permettront peutêtre pas même d'ici à un siècle ou deux l'accession à ce genre de propriété, qui semble cependant comme destinée par la Providence à former le lot spécial du travailleur dans les sociétés civilisées !
Non seulement la législation qui régit la propriété des inventions en tronque et en mutile le principe et en fausse les applications , au point qu'elle compromet tour, à tour les intérêts de l'inventeur et ceux du public qu'elle devait sauvegander; mais à l'égard de la propriété intellectuelle et de celle des inventions, la conscience publique est si peu éclairée et si peu forte que tel homme qui se croit parfaitement hon-
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néte, et qui ne se permettrait aucune atteinte au bien d'autrui, qui ne convoiterait pas un centime à un millionnaire, ne se ferait aucun scrupule de dérobera un pauvre travailleur une idée ou une invention sur laquelle celui-ci pourrait légitimement compter pour se mettre à Tabri de la misère.
Sous ce rapport donc, la moralité générale a bien des progrès à faire, et les jurisconsultes ont beaucoup à étudier encore avant que les mœurs et les lois garantissent à Touvrier une sécurité suffisante pour le genre de propriété qui est le mieux à sa portée.
Il faut bien le reconnaître, ces progrès sont loin de leur accomplissement, car, d'une part, les légistes ne sont pas à. beaucoup près d'accord sur les véritables fondements du droit de propriété en général et sur les limites de ce droit, et la plupart d'entre eux n'ont que des idées extrêmement vagues et confuses sur l'existence d'un droit à la propriété des œuvres de l'intelligence et des inventions, ainsi que le prouve l'absence totale de législation complète et uniforme sur cette portion si importante des agents de production que possède la société.
D'autre part, la généralité des patrons est prête à s'écrier : « Si vous faites de tous les ouvriers des propriétaires, qui travaillera désormais dans nos champs, dans nos mines, dans nos ateliers? N'est-ce pas l'anéantissement de tout travail dans l'avenir que vous nous proposez? »
Évidemment non sera notre réponse, car l'ouvrier ne peut devenir et se maintenir propriétaire qu'à la condition de travailler » et même de travailler avec
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