‹ Du sang, de la volupté et de la mort (volume 3)Chapitre 16 sur 59 · DU POÈTE · texte numérisé non relu

DU POÈTE

Le Tasse avait épuisé les derniers beaux mois de sa vie. Sur le seuil de sa sœur morte, à Sorrente, il avait pleuré; il avait fait danser les jeunes filles de Bizaccio, et, sous les portiques de Monte Olivette, par les nuits napolitaines, plusieurs fois encore, il s'était complu i décrira le fantôme qui le visita à Ferrare. Désormais la volupté ni ie mystère ne l'inté-

m L'EXAMBN IIE CO?

ressaient plus. Tant de géi phes pressées l'avait laissé ■ Son imagination, jadis ui dantes de l'humanité, se re; sombre contre la vie, et i beaucoup de cœur, ce qui I lations ordinaires d'une fin

Dans les hautes salles si où il attendait le triompht un pape enthousiaste, tant amateurs tes plus illustres sédaient. Même il ne réel; le marquis Manso.

Quelle belle biographie n rait composer de ce Manso rien, sinon que, tendre, ci ment beau, après avoir fî jours du Tasse demi-fou et sère, il distingua et aima ce Milton! Ainsi apte à reco Manso assurément excusait ïl sollicitait d'entrer dans imaginaires sans prétend

GONSGIKNCE. 8!)

petite maison d'hon-

ion qu'avait bcsoio le leil, de longs silences et d'une belle ordonnance autour de son agonie. Dans ce sentiment, il sollicita de se réfugier au couvent de San Onofrio. Nous tous, pèlerins du Nord, nous y sommes montés tour à tour, pour nous livrer au merveilleux fleuve de mélancolie qui nous emportait toute l'âme, dès que nous disposions d'une journée de solitude dans cette Rome confuse et trop vivante. Le vieil oranger, où se sont assis Byron, Chateaubriand, Lamartine, était jeune alors que s'y abrita la dernière après-midi du Tasse! C'était en mars, mois déjà tiède. L'immense paysage était inondé de lumière et de douceur, mais sans lyrisme ni passion : le poète n'avait plus la force de doter de beauté les choses. Ce n'était pas Rome, son Coliséc et sa campagne tragique que son esprit voyait, ais une ville qui prépare son repas du soir ns la laideur et la malpropreté des ruines.

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Rgure ne présentait plus cet traction qui avait délerminé nés de bon sens à l'interner

est plus calme >>, disait la foi [■ se pressa dans l'enceinte du de voir le héros de la se seignés, ces visiteurs eusseï se, aujourd'hui, n'est plus le In vain, un jeune moine, ému !tte gloire, dénombrait-il au rs : « Voilà les hauts dignilair

magistrats de la ville, les pi urs, et ils vous admirent ». Le Tasse ne issait pas de ces hommages; il avait trop ffert de tant d'injures subies et il divisait isemble des êtres en deux parts : lui-même, s les autres, qu'il enveloppait de méfiance, 'aspirait qu'à n'être plus jugé.

)es jeunes femmes et des jeunes hommes, ux à voir pour leur santé, leurs panires et rs galantes amitiés, se tenaient sous les portes avec leui's lévriers en laisse et des vioes à la ceinture. Mais le Tasse pensait :

EN DE CONSCIENCE. Vi

m'a dédaigné! « El n'ayant

B pour la désirer, cette Léodes illusions sur elle, il la le principe de toutes ses

m tinta sur la ville. Fut-ce î cloches qui, chez ce grand le qui restait d'imagination?

[ui, couvrant Rome, les pins pierres déjoinles du Golisée, isemble le tragique du soir Au moine qui l'obsédait iilations, il répondit : « Ce rier des poètes, mais de la lans le ciel que je désire être

ation de manquer de cœur.

sa sécheresse, et nul ne se ait eh scrupules sur l'estime la Jérusalem délivrée.

la faveur de l'ombre plus pprochés des hommes et des ms, maintenus par des reli-

n l/BXAiHEN riE COSSCIENCE

gieuses. « Les hospices! » dit le m garçon, impressionnable parce qu'i nerveux, se mit a pleurer d' admira mourant fût célèbre jusqu'à intéresi lades et les indigents.

... Plus lard encore, les hospit mêmes étaient partis, le Tasse mé jours! La nuit couvrait tout. Le mo ce silence, était allé s'émouvoir avei rades. Seule, une petite bossue à contempler avidement le vieilla que n'avaient pas distrait tant de considérables ou gracieuses, vers t les bras. Lui, immortel pour avi l'éclat des plus amoureuses fill sache dans l'histoire littéraire, le qui s'échappe des jeunes guerriers tous les pathétiques enfin de la put reuse qui meurt sans inspirer de qui cède à la volupté sans paraître cria à cette pauvre infirme ; « Ne t' demeure, tu me seras plus consola belle que Léonora ». Mais l'enfa

lit r,'EXAMEN DE CONSf.lEN

de la vie, s'il distribue de la b< do qui l'existence est toute dénu est de mettre à la vie un masque

C'est ainsi que Le Tasse s'endormit assure de son salut éternel (qui était, pour lui, la grave sanction de ce problème de la responsabilité littéraire qu'on n'agite pius aujourd'hui que par bel-esprit). Il venait de s'assurer qu'il avait donné un son capable de transporter les êtres hors de leurs misères familières.

Il n'eut jamais de plus vive satisfaction qu'à constater qu'il avait donné à cette petite bossue le bonheur de voir faux, c'est-à-dire d'être contente pendant quelques heures. Et de là l'enthousiasme qu'il éprouva lui-même, après tant de jours d'affaissement, et dont on surprend le lémoignage sur son visage moulé à son lit de morl.

<' On y trouve jusque dans le calme de la mort, remarquait Lamartine, on ne sait quelle obliquité des traits qui rappelle la démence luttant avec le génie. » C'est mal dire une chose bien vue. On y trouve ce qui doit être chez tout

L'EXAMKN DE CONSCIENCE. «5

poète : une sensibilité excessive, une imagination qui emporte tout, capable de nous séparer, de nous aliéner du reste de la vie.

En ce sens, c'est un aliéné, et qui fait des aliénés. Il n'a point à s'attarder sur des misères individuelles. Qu'il nous entraine dans un bel univers, c'est tout son devoir, sa vertu efficace.

Itécembru lgU2.

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