DANS LE SÉPULCRE DE RAVENWE
confuse qui relie Tantiquité au moyen âge.
Déjà les catacombes de Rome enveloppaient de cette atmosphère notre imagination, mais dans Ravenne plus sûrement à cette civilisation qui se débilite tout l'être est intéressé par les miasmes qu'elle exhale.
Devant ces mosaïques chrétiennes des premiers siècles, rintelligence désorientée tâtonne et dans un lieu moins dénué se détournerait, mais cette Ravenne, solitaire et impérieuse, a plié tout ce qu'elle renferme d'après les attitudes cérémonieuses et souffreteuses où ses peintres mosaïstes exprimaient leur vision monotone de l'humanité. La population y est basse, âpre à l'argent, dénuée de ressources. Peu à peu dans cette retraite, et mieux que dans l'étourdissement de Rome, on sympathise avec l'idéal ascétique, maussade et tout d'abstraction que poursuit l'art chrétien des six premiers siècles.
Avec les mosaïques, les mausolées. La Rolonda, par exemple, tombeau du roiThéodoric.
Parce que celui-ci était hérétique, ses osse-
E SÉPULCRE i>E RAVENNE. 21fl a suite, furent arrachés à leur îulcre et jelésau vent. On voit ici
honneur ou notre déshonneur ux circonstances et, d'ailleurs, inent indifférents. Théodoric ne de sens pour nous. Son tombeau in fermé parune grille avec une e tapissée d'herbe. C'est Tbéodoiis c'est aussi un retraité de bant sixième siècle, mais il est aussi [1 gardien, quand je sonnai à la des roses.
au hasard de la promenade dans )it des plaques commémorât ives : t traîtreusement assassiné par tel Tailleurs, on se sent incapable de pitié, voire de curiosité, us désigné pour s'abandonner à le se désintéresser de tout et de
attache réelle avec aucune des aelles nous nous consacrons. A
môme semble sourd et dédai- !r le bruil.
220 «ANS I,E SÉPULCRE DE I Toute notre agitation ordina gestes d'un noyé qui se maintie l'eau, pendant quelques instai pant de toutes parts; mais ce pa de reliques et de drames, s'enf de Saintr-Âpoll inaire hors les m d'une eau verdàtre, décomposé marche suprême, pouml lent de l'église et ronge déjà les dii depuis douze siècles, perpétue moires indifférentes.
A Ravcnne, les choses, lasses nir, veulent aller où sont les êli descendre dans le sépulcre et pourriture. Comme tous les se sants, ce désir des choses nous tement que nous verrions un sa venir contre cette ascension de C'est bien ici que Byron fit • aimer la Guiccioli, au Ht de la préféra le tombeau, joignant quiétude qui l'empêchait d'aim de vouloir une mort retentissan
ANS LE SÉPULCRE DE RAVENNE. 2S1 fade odeur de moisi vient-elle des panels de ma chambre d'hôlei, ou des imis amassées en moi par huit jours de es au milieu de ces ruines croupis-
) les maisons hasses et sur les pavés , nous avons gagné la campagne, irtir de Ravenne, la plaine est immense e. C'est l'espace où jadis s'étendait la 1 route fuit en droite ligne sur une mai- Lussée entre les marais, et l'on entend iment lointain de l'Adriatique. Nulle
nul plaisir, mais un sentiment violent îni qui intéresse toute l'âme en la faideuse.
is, des moutons noirs quêtent l'herbe ilus des canaux. En deux heures, nous ions qu'un pauvre âne qui traîne deux épuisés (le fièvre. Un oiseau de mer, le sur ces marais, en fait la seule ani-
Et tout à l'heure, à la Pineta, je cherrainement les vipères que par les jours
le voyageur entend siffler sons sa voi-
"in DANS LE SÉPULCRE DE RAYENNE.
ture. Enfin accourt le vent salé de la mer.
Lentement, sur l'horizon, les pins en ombrelle apparaissent.
Après deux heures de roule on atteint ce qui fut la Pineta, où le Dante chassait avec les Polenta, où Byron chevauchait avec la Guiccioli. L'un et l'autre cherchaient là des images où fixer leurs tragiques humeurs. Mais des incendies, il y a quatre ans, ont détruit sur de longs espaces les pins légendaires. Ceux qui survivent sur cette bande de terre désolée par la mer et les marais impressionnent d'autant plus. Ils ont donné à la brise, au temps et à la fatalité, tout ce que ceux-ci peuvent emporter.
Leur caractère indestructible, les eaux stagnantes qui les entourent et le gémissement de l'Adriatique, ramassent autour du promeneur la notion d'éternité et le sentiment des choses qui, du moins, si tout est périssable, se débilitent le plus lentement.
D'ici, la vie n'est plus qu'un bruit lointain de chiens qui jappent. On doit l'entendre ainsi
ULCKE DE RAVEKNE. 225
ies de sa chambre d'agoni-
3St forte comme une médit de Ravenne pour donner a qualité d'énergie à four- •der prise, durant quelques ination des hommes. Les liesses, les plus adorables 'aut que d'être violent et
quatre dés heureux, retourouent au jeu de hasard de j voit la colonne funéraire le, Gaston de Fois, le por- ! courtisane, l'impératrice <uï, mais déjà engagés dans t plus guère de sens, parce tés et d'autres soldats ont 1 points et moniré cette lie de se prostituer sur un r sur le champ de bataille, nte, au détour d'une rue entre les pavés, garde, lui.
iU DANS L£ SÉPULCRE DE dans cet isolement, toute sa parce que le poète ayant ex le catholicisme du moyen âg4 lice de façons de sentir don l'unique représentant.
Elle maintiendra aussi son désert fiévreux qui occupe I entre la mer, Ravenne et la où se cacha Garibaldi en ac que les patrouilles autricli naient la chasse pour le fusil scrits à son fronton donnent tieux un mouvement sublima sacrée..., les Italiens l'honore Bethléem. » L'Italie, dans so refaire son unité, a su mettre moranda sur toutes les pieri ceux par qui elle put s'affirme manteau flottant, de méraoin en France, grandira en Italie
légende sublime, parce qu'il a réuni {et pour 1 le bien de son pays) tous les traits d'un< j espèce d'aventurier depuis des siècles très fré- )
LE SÉPULCRE DK RAVEHNE. 295 mais qu'il rejette dans l'obscurilé.
Pineta, en nous dirigeant vers la fe, nous avons atteint la mer. Voici driatique roule en mugissant ses tes de vert et de jaune splendides e. Les phares s'allument. Le voitu- ;te : son triste cheval nourri de seules herbes a les reins couverts d'une affreuse écume. Il faut rentrer dans Ravenne. Le soir met sur les terres, sur les étangs, son immense teinte de violet lamé d'argent. Derrière nous court le gémissement de la mer. Des pensées surgissent de toutes parts, énergiques et dévorantes comme si elles avaient été laissées dans ce désert par tant d'hommes passionnés qui le traversèrent ivres de désirs, de haines et de violences. Elles sont mêlées de fièvre pour avoir si longtemps dormi sur les marais. Elles se joignent a nos soucis ordinaires, les enfièvrent jusqu'à ce qu'ils passent toute mesure et de songes deviennent du délire.
Ce froid me glace. Il pénètre trop avant et l'on ne sait pas s'en défendre; aussi bien il
'22tî DANS LE SÉPULCRE DE RAVENNE.
se fait aimer. Est-ce vraiment le vent de la mer? C'est un souffle du sépulcre. Il emporte bien loin ces petites illusions que la société remet à chacun pour qu'il ait le courage de suivre sa destinée,
A la porte de cette ville, j'ai vu des malheureux enfoncés jusqu'à mi-cuisse dans la boue qu'ils battaient pour en faire des briques.
Les mausolées et les basiliques de Ravenne, construits de cette sorte, ont duré; ils n'ont pas fini de pourrir, quand déjà deux ou trois civilisations plus récentes ont disparu. N'importe, cette boue qui défie la mort, me glace; sortons du sépulcre, revêtons nos préjugés. Si temporaires, du moins, il nous tiennent chaud. Recommençons à ne plus penser.
Avril 1894.
Cette douce Pise n'a pas beaucoup de ch à montrer, mais elle les a exquises et les sente avec une complaisance charmante, sa petite prairie où trop de voyageurs, qi foulent de leurs pieds poudreux, n'arri point — et je m'en étonne à chaque voyag' à empêcher que fleurissent la gentillesse cane et ce magique trèfle à quatre feuillet dôme, le baptistère, le campanile et le ca santo) divinement doré, ce matin, par les miers soleils de l'année.
D'ailleurs, et à l'encontre de l'opinion t mune, ce ne sont point ;les gens vulgaires
aax UNE jour;
nuisent aux chefs-d'o passent comme des tn les délitais et les arti peu l'atmosphère des laissant quelque chose Cet art florentin où fecté, mais qui suit la simplicité, peu à peu c s'est modifié au contac et de poètes profess comme les pires) qui recherchés et précieuj gaires mais de vie popx parfois et souvent une par les métiers et les p voir comme une aristo dont tous les liens i i-éalité. Pauvres petitt tout à l'heure faisant dans les fresques de Bei Santo), à vouloir vous vous enlève vos mérites riez, peinez, pleurez,
UNE JOURNÉE A PISE. î2^29
TOUS faites partie d'une civilisation ; vous ne la résumez ni ne la dominez. En vérité, vous n'avez pas assez de beauté pour qu'on vous hausse impunément au rôle de demi-dieux; laissez cela aux enfants de Michel-Ange, Vous êtes une gentille plèbe, telle qu'en produit, aux époques artistiques, chaque métier dans chaque pays, et à vouloir vous déclasser, à vous faire sortir de la catégorie des figures réalistes pour vous introduire parmi les types du génie humain, les poètes, d'accord avec les demoiselles anglaises, ont mis à la mode un romanesque, je ne sais quelle simplicité élégante, dont la fadeur dégoûtera bientôt les esprits sincères, au point que vous, pauvres artistes innocents de cet engouement, vous tous et surtout Botticelli, vous tomberez pour un certain temps dans la plus triste défaveur.
Pour retrouver l'atmosphère sincère de l'art toscan (et puisque aussi bien Pise est trop connue pour qu'on la décrive encore), je suis allé dans la campagne et à travers une belle foret
de pins jusqu'à la mer. Sur l'horizon, desmon-
230 UiNE JOURNÉE A PISE.
tagnes fines et précises, crêtées de neige; dans la plaine, çàet là, des cyprès décoratifs. Sur la plage, à une heure et demie de -la ville, j'ai visité II Gombo, où les flots rejetèrent le cadavre de Shelley, queByron fit brûler, témoignant une fois de plus le don, qu'il poussa jusqu'au génie, de mêler des allures déclamatoires à la sincérité du chagrin.
Les cendres de Shelley purent bien tenir dans cette main, mais son cœur s'en était échappé. Quand il mourut, il était sur le point de se brouiller avec son impérieux ami. Les motifs de cette séparation constituent un admirable témoignage sur les caractères d'exception. Dans ce dossier du génie on trouverait l'histoire d'AUegra, la fille naturelle de Byroii, romanesque et mystérieuse comme VEuphorion du second Famt. Elle mourut à quinze ans ; elle était la nièce de Shelley, et celui-ci ne put excuser le manque de cœur de Byron qui, en eflet, assume une grande part de responsabilité dans la mort de la pauvre petite.... Croirait-on que cette belle-sœur de Shelley, qui fut la maî-
tresse de Byron et la mère d'Allegra, ne mourut qu'en 1879 ! Les plus jeunes d'entre nous auraient encore pu connaître une maîtresse de Byron et une maîtresse de Napoléon, cette pelite pas grand'chose de Mme Fourés qui figurait en habits d'hommes dans l'armée d'Egypte, et ne mourut qu'en 1869. Plutôt que d'écouter la vague sur cette plage si triste, vaudrait-il pas mieux interroger les vieilles femmes?
Nul signe ne marque sur la grève l'endroit où vont les pensées de tant d'admirateurs, mais on le reconnaît à ceci que c'est le point d'où cette solitude se déploie avec le plus de magnificence. Une mer sans voiles et d'un bleu profond, des pins terriblement déformés par le vent, et par-dessus, dans le lointain, rien que les Monts Pisans qui mettent un troisième bleu entre les teintes du ciel et de la mer, composent un ensemble délicat et puissant, où l'on se surprend à louer la nature d'atteindre ici la beauté sans prodigalités ni efforts. (Comparez h cette sobriété la Suisse, si ridicule avec ses
rodomontades de montagnes, de précipices, de glaciers, de sapins, de nuages, d'avalanches et tout son matériel qui, malgré tout, demeure impuissant à nous toucher.)
Cette promenade, mieux qu'aucun' traité, m'a donné le ton pour goûter l'art réaliste de Toscane et tous ces primitifs. Second bénéfice, j'ai rencontré un troupeau de chameaux qui s'en allaient travailler aux champs avec un nonchaloir attendrissant. Troisième bénéfice à ne trouver au lieu funéraire de Shelley aucun signe matériel, j'ai senti une fois de plus que les tombes nues sont les plus belles.
Si la mode se propageait de mettre des photographies dans les cimetières, ce serait un grand malheur. La somme de poésie qu'il y a dans l'univers en serait considérablement diminuée, car la mort perdrait sa mélancolie.
C'est une impression que j'ai eue très forte ces jours-ci au cimetière de Gênes. On y voit sur les tombes les représentations en marbre, en bronze des défunts. Tantôt couchés et recevant les derniers embrassements des leurs, tantôt
en veston comme ils avaient coutume, ils a tent toute sympathie. A les voir tels q furent, on bénit la mort. Mort bienfaisante, nous a délivrés de pareilles horreurs! A sidérer telle vieille femme, ce sot, ce fat e gaillard, je me disais ; « Enfin ! nous l'a enterré ! C'est toujours un monstre de moii Mais pas une fois, dans ce cimetière, y trouvai le sentimeni que j'y venais chercl ce que nous donne de regret vague un non:
une dalle déjà rongée, et de qui, bientô sera comme si cet être n'avait pas vécu.
îtite ville de Sienne, si pleine arait à l'imagination comme la [ui le Sodoma vint entasser les mposail selon les conseils du son propre coeur, qui était
nt, celte Sienne, à la fois si pie," cerclée de murailles qui et assise avec aisance sur trois les étroites, enchevêtrées, qui ipent et dévalent, que de fois dans la fraîcheur qu'y main-
tiennent, même en été, les lourds palais qui les bordent! Je les sillonnais en tous sens, entrant chez les antiquaires, m'intéressant à toutes les églises et me reposant enfin à la cathédrale parmi les charmants jeunes gens, vrais pages de plaisir, du Pinturicchio.
C'est la qualité de la lumière, plus encore que tant de chefs-d'œuvre particuliers, qui varie le pittoresque de Sienne. Au matin, quand tout l'être est légef et que' le pied semble prendre de la joie sur les dalles élastiques des rues, j'ai vu, au fond de sa place fameuse, le Palais Public gai, jeune, avec ses créneaux qui lui font une couronne et sa gentille loggia. Une ombre fraîche et lumineuse l'adoucissait; le soleil, en face, éclatait sur le marbre blanc de la fontaine, et tous les palais de cette place, si étrangement dessinée en forme de coquille, prenaient leur pleine valeur, rouges, gris, verts et violets.... Et puis je l'ai vu, ce Palazzo Pubblico, le soir, si sombre, si triste de son balcon désormais muet, de son befiroi dont la voix n'a plus d'autorité
EH NE. m
qui n'aperçoit plus rien
rtes sensations de celle i étroites, toutes dallées el ilutôt les couloirs d'un ïnt soudain des jours, des ménagés aux plus beaux regard, franchissant les me la ville, embrasse les es de cette campagne surcore, la rue s'élai^it en rnée à pic par l'abîme et es, d'autant plus précieux i. Combinaison fort habile d. Nous commencions va- ; ne fouler jamais de terre, lis un arbre, mais seuleites frises des palais, une que soudain un mur s*aqu'un garde-fous sur les parent de l'immense ho-
ïmcnt théi\tral d'archilec-
• t?58 SIENNE.
lure et de nature,, mis au point par tant de siècles, constitue un divertissement artistique tel que, pour ma part, jamais je ne me lassai d'en sentir l'imprévu. Les jardins les mieux étudiés, le Boboli avec ses trouées sur la campagne de Florence ou ceux des lacs Majeur et de Côme, à l'instant où leurs collines d'azalées défleurissent sous les magnolias commençant, ne passent pas en beauté ces places où les femmes de Sienne, en tirant l'eau du puits sous des arbres centenaires, embrassent un horizon illustre.
Tel est le prestige de Sienne grave et voluptueuse dans ses aspects les plus modestes comme dans ces promenoirs illustres que lui sont sa cathédrale qui la domine, et sa place, qui lui fait un centre.
C'est le caractère de la Toscane entière. On ne saurait être jeune avec plus de gentillesse que ces territoires florentins; nulle part la jeunesse n'a été davantage une jolie chose à mettre dans son lit, et si vives que soient dans
rûlant les sensations, jama tachées de bassesse. Mais !n aucun lieu de Toscam !S, gravité et volupté, s'aflîi té et par là contrastent fort»
inces, dés couleurs fortes ( sensualisme âpre dont l'Ëe pagne est exaspérée.
ins cette étroite enceinte, tant de dur is-forteresses, del MagniQco, Salimbeni domini, Tolomei, avec leurs tours et leur eaux, nous remémorent des légendes tra 3S jusqu'à la férocité, et puis, à leur j, voici la petite maison trempée de dévo de sainte Catherine, un des reli(|uaire )nt mis dans le monde chrétien le plu indrissement.... Et quand nous visiton [usée, même antithèse entre l'énergii e des primitifs Siennois et la force pas lée du Sodoma assisté des Beccafumi, de:
Sodoma ! c'est la volupté du Vinci ; mai:
le trouble qui nous inquiétait déjà dans le sourire lombard, ici a gagné tout le corps.
Ah ! ce n'est point le mystère cérébral seul qui fait notre curiosité à Toratoire de San Bernardino, à Téglise de San Domenico, devant ces tableaux multipliés par le Sodoma avec une telle fécondité que Tesprit de Sienne en est tout modifié et que d'histoire et d'aspect si rudes elle nous emplit pourtant de mollesse.
A Florence, déjà, nous avions soupçonné son secret devant le Saint Sébastien des Offices. Ce qui fait l'émoi de ce merveilleux jeune homme, ce n'est point la flèche qui traverse son cou, ni celle qui met sur sa cuisse deux minces filets de sang. Nulle femme ne s'y trompera. Involontairement, elle s'avance pour recevoir ce beau corps dans ses bras.
Lui-même, avec cet air de vierge et sous cette impression pour lui inconnue, croit mourir, veut des bras qui le serrent. L'extase, l'angoisse de ses yeux, de sa bouche entr' ouverte, avouer ce que nous dit d'autre part la sombre i
SIENNE. ail
ue le peintre nous a laissée
dans une fresque de Monte périeuse figure olivâtre, long gne une large chevelure noire IX épaules, et puis ces yeux
bouche trop épaisse. Ah ! te mio Bazzi, detto il Sodoma!
)mme, les images sensuelles uilé exceptionnelle, rompent pour parler librement, la otre vision ordinaire. C'est e de son être; il transforme
les réalités du monde extéfaire une certaine beauté
de se choquer, de s'épouur qui l'art n'est point un et qui, ne sachant point s'y vement, tenteront de transents de leur rêve dans la vie n'en résultera que désastres.
is du Sodoma, qui mêlent à la
iJ42 SIENiNE.
vigueur physique attestée par leure muscles d'athlètes une expression intellectuelle si aiguë qu'elle en devient douloureuse, sont une vision épuisante. I/exaltation psychique unie à cette force de vie atteint aux plus hautes expressions du désir, du désespoir, de Tardeur à la vie, et provoque en nous, tout au fond de notre conscience, des états inconnus dont la force surgissant pourrait bien rompre l'ordre social.
De ses femmes les sentiments ne sont pas moins aigus.
La Madeleine sur l'épaule du Christ mort, appuie sa joue, lui tient la main, avec quelle secrète douceur! Jamais tant qu'il vécut elle n'osa ce geste familier qui lui est infiniment sensible.
Voici sa Judith, jeune fille qui 'rentre au camp des Hébreux. Et pourtant Holopherne était un vigoureux vivant! Gomme une femme oublie l'acte auquel elle s'est prêtée ! A la voir qui passe ainsi ce matin-là, ne dirait-on pas une vierge dont aucune image jamais ne brouilla le regard ? Petites mains qui tenez ce sabre sanglant, avant que le coq ait chanté,
SlKNftK. i
pas deux petites mains frér mtes?
•esque où lo peintre représt X du condamné qui, pour n jmer, exigea que la sainte us la hache du bourreau, i^es, accourues pour voir é le désordre de la mort, n npur de la femme pour le s ite. Dans toutes lesfiliesdeMi ES de détails sur le dernierg m'a fait reconnaître Hérodii naître, la force expressive linte Catherine exténuée, i sainte, de qui Sienne est r ivoit d'après ses portraits à es: une vieille fille énerçic , que n'arrêtaient ni le res] i obstacles. Ses ardeurs, rien à voir avec la molle «paraît toute dans sa démai oire XI, qu'elle fil rentrer c ■ accomplir votre devoir.
24i SIENNE.
saint Père, et suivant la volonté de Dieu, vous fermerez les portes de ce beau palais et vous prendrez les routes de Rome où les difficultés et la malaria vous attendent, en échange des délices d'Avignon ».
Comment cette femme d'action, de génie énergique, exaltée par ses méditations solitaires, devint-elle dans les arts le plus voluptueux symbole? La figure de sainte Thérèse a subi une transformation analogue. La légende toujours auréole de trouble et de charme ceux qu'elle choisit. L'imagination populaire ne peut s'accommoder de faits précis et répugne à l'analyse des caractères.
On suit la transition chez les artistes plus rapprochés de la sainte. Dans la salle du Conseil, au Palais Public, la délicieuse Sainte Catherine de Vecchiatta! Quelle princesse du mysticisme ! C'est adorable et bien précieux, car il y a une intention de ressemblance et Vecchiatta a dû se servir des portraits du temps. Le teint frais de la bonne nonne et les beaux grands yeux qui ont beaucoup pleuré
che, et les longues ma lortent les stigmates com a fait assez pour nous t ntant ses plaies, elle m is. Mais de ces vertus, ilurent une représentât
convainquirent que a it dû être la plus impr reuses. Est-il rien de mil qui se pâme pour impr es rudes? Il fallut bi resse de Sienne, se pâm
de sainte Catherine, \ orps ployé dont de mol la défaillance, provoque
secrètes. C'est tout noi à. Le plus beau des obji ue le Sodoma a créé à S !, et l'installant si mol irmi ces duretés, il a cr s plus puissants que pr t le monde de l'art.
Avril 1894.