‹ Du sang et de ses altérations anatomiquesChapitre 27 sur 165 · LVII · texte numérisé non relu

LVII

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capital, à savoir que le sang, considéré à l'état physiologique, contient des éléments en voie d'évolution. Tandis que certains éléments disparaissent, d'autres se forment; petits de taille au début, ces derniers se développent et acquièrent peu à peu leurs dimensions définitives. Il en résulte une grande variabilité dans la taille des hématies du sang le plus normal. De sorte que, en passant d'un élément à l'autre, on peut trouver des différences bien supérieures aux écarts qui sont imputables aux instruments ou aux déformations des hématies. En un mot, il faut savoir faire le choix des éléments à mesurer.

Nous verrons bientôt qu'on rencontre dans le sang, d'une façon constante, au moins trois variétés d'hématies : des grandes, des moyennes et des petites. Ces globules ne sont pas mélangés au hasard, le mélange, réglé par l'évolution physiologique du sang lui-même, est fait en proportions définies. Il est vrai que les rapports proportionnels entre les différentes variétés d'hématies sont sujets à des oscillations plus ou moins étendues et qu'ils peuvent varier sous l'influence de certains facteurs ; mais ces fluctuations elles-mêmes présentent une sorte de moyenne qu'on doit considérer comme l'expression de l'état normal. C'est cette moyenne qu'il s'agit de dégager. On y parvient en se servant du dénombrement des éléments. En employant comme liquide additionnel le liquide A, les hématies restent fixées dans leur forme et tout en se rétractant légèrement elles conservent leurs dimensions respectives.

Il est alors facile de compter séparément les grands et les petits éléments, et, en déduisant le chiffre de ces derniers du chiffre total, d'obtenir le nombre des moyens. J'ai constaté ainsi qu'il y a dans le sang normal 75 globules moyens, contre 12,5 grands et 12,5 petits.

Or, si l'on prend la moyenne des dimensions de ces 75 globules moyens, il se trouve qu'elle est précisément la même que la moyenne des 100 globules.

On peut donc poser en principe que la moyenne des dimensions des hématies, dans le sang normal, est celle des éléments de dimensions moyennes.

La règle consiste, en définitive, à négliger dans les calculs les globules de dimensions extrêmes, grands et petits, pour ne tenir compte que des éléments moyens. Cette proposition, qui écarte la principale cause d'erreur et simplifie considérablement l'opéra-

tion, est vraie non seulement pour le sang' de l'homme, mais aussi pour celui des animaux bien portants. Mais il va sans dire qu'il ne faut faire porter la mensuration que sur les globules présentant la forme régulièrement arrondie, caractéristique de l'état normal.

En prenant cette base d'opération, on ne trouve pas toujours, chez l'homme sain, un chiffre constant. Mais les différences que l'on observe, et dont nous nous occuperons à propos des variations individuelles dans l'état du sang, sont en général peu considérables et sensiblement inférieures aux divergences que nous avons signalées entre les chiffres obtenus par les auteurs qui se sont occupés de cette question.

Le principe que nous venons de formuler n'est applicable qu'au sang normal. Lorsque les éléments sont altérés et de dimensions très variables, il devient beaucoup plus difficile de calculer la moyenne des dimensions globulaires. Le plus souvent on sera obligé de mesurer la moyenne des grands éléments, celle des petits, et de tenir compte en faisant la numération des globules rouges de la proportion de ces divers types d'éléments.

Examinons maintenant la technique de l'opération.

Le plus important est d'avoir une bonne préparation, ne contenant pas de globules artificiellement altérés. On peut se servir de sang pur, humide ou de sang desséché.

La préparation de sang pur sera faite dans la cellule à rigole. Dans une préparation de ce genre bien réussie, les globules isolés sont extrêmement rares et peuvent se compter. Si l'on se bornait à les mesurer, on s'exposerait à prendre des globules trop grands ou des globules trop petits. Pour multiplier les éléments à mesurer, il faut déterminer la rupture des piles sans altérer les éléments. Il suffit, pour atteindre le but, d'attendre que la coagulation soit bien effectuée et d'appuyer alors légèrement avec une pointe mousse sur la lamelle au niveau de la rigole. Un grand nombre de globules se séparent et viennent nager à plat dans le sérum. On choisira ceux qui ont une forme discoïde parfaite et une taille moyenne.

En employant du sang desséché, on aura l'avantage d'avoir immédiatement des éléments bien isolés les uns des autres. Mais il y avait lieu de se demander si la dessiccation ne modifie pas le diamètre des éléments.

Il résulte de mes observations que les différences entre les ré-

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sultats fournis par l'emploi d'un même sang1 humide et sec ne sont pas plus grandes que les écarts obtenus en faisant deux fois de suite l'examen du même sang exclusivement par l'une ou l'autre des deux méthodes. On peut donc dire qu'il est indifférent d'opérer sur du sang humide ou sur du sang sec.

Mais si les préparations faites par dessiccation sont plus commodes, elles exposent par contre à plus d'erreurs, en raison de l'épaisseur de la frange de diffraction qui entoure les globules et qui laisse une certaine incertitude sur la délimitation exacte du bord de l'élément. On donnera donc la préférence, toutes les fois que cela sera possible, à la préparation humide.

Il ne reste plus maintenant qu'à faire les mensurations.

La méthode ordinairement usitée, et à laquelle on doit s'en tenir, est connue sous le nom de 'méthode par application. Elle n'exige qu'un oculaire micrométrique dont la valeur des divisions a été, au préalable, déterminée avec soin. On sait que cette valeur est calculée à l'aide d'un micromètre objectif.

Je me suis préoccupé de savoir jusqu'à quel point on doit compter sur l'exactitude des instruments que nous livre le commerce. Govi, dont la compétence est si grande en pareille matière, a bien voulu vérifier la valeur des divisions du micromètre objectif dont je me sers et qui sort de chez notre premier fabricant. Il lui a découvert des imperfections assez sensibles, mais qui ne se traduisent cependant dans les calculs que par des millionièmes de millimètre. Nous pouvons donc dire que les instruments fournis par la machine à diviser sont d'une exactitude suffisante. Les causes d'erreur qui pourraient leur être attribuées sont de beaucoup les moins importantes (1).

(1) Vérification du micromètre -—■ par Govi (nov. 1876).

« En supposant que le micromètre soit placé sur la platine du microscope, de façon à ce que l'inscription gravée se présente droite à l'observateur, si l'on commence à compter depuis le premier trait à droite (qui apparaît le premier à gauche dans le microscope) et si l'on regarde comme exactement égale à 1 millimètre la longueur totale des divisions, on trouve que les dixièmes successifs ont les étendues suivantes :

En m'".

1er 0,0992

En mm.

« Le premier dixième à droite (celui qui apparaît à gauche dans le microscope)

La véritable difficulté, la cause d'erreur la plus notable après celle qui concerne le choix des éléments à mesurer, consiste dans la manière dont on détermine le nombre des divisions du micromètre occupées par les hématies. Quand on a fait affleurer avec soin un globule à l'une des divisions, il est rare que le point diamétralement opposé du bord de l'élément corresponde exactement à un autre trait de la gravure. Comment évaluer d'une manière précise la quantité dont le globule dépasse le trait qui coupe un fragment de son bord?

Généralement on se contente d'une appréciation approximative. Un globule occupe, par exemple, deux divisions entières de l'oculaire micrométrique, plus une fraction de la division suivante. On estime à l'œil que cette fraction représente la moitié, le tiers, le quart ou le cinquième de la division et on s'en tient à cette détermination. Mais on peut apporter plus de rigueur à l'opération en employant le procédé du fil d'araignée. Il consiste, on le sait, dans l'emploi d'un oculaire micrométrique à vis, muni d'un vernier. En tournant la vis, on fait circuler au-dessus des divisions du micromètre un fil d'araignée jusqu'à ce qu'il devienne tangent au bord du globule à mesurer. Il ne reste plus alors qu'à lire sur le

étant regardé comme égal à 0mm,0992, les dix centièmes dont il se compose à droite ont les valeurs suivantes :

Eu """. En >j..

1er 0,0102 +0,2

« Quant à la longueur du millimètre, elle est ce que le constructeur l'a faite, sans qu'on puisse dire quel est son degré d'approximation. »

L'oculaire micrométrique que j'utilise est construit de telle sorte, qu'en employant l'objectif n° 7 Nachet (ancien 5), les 7 premières divisions du micromètre objectif correspondent à 59div-,5 du micromètre oculaire. Le calcul de la valeur d'une division de ce micromètre, en tenant compte des corrections de Govi, montre que chacune d'elles représente 1^,17. Mais en négligeant ces corrections, on obtient les mêmes chiffres. Les imperfections du micromètre objectif ne deviennent sensibles que lorsqu'on atteint le chiffre suivant, c'est-à-dire le millionième de millimètre. On ne saurait avoir la prétention d'arriver à une aussi grande exactitude.

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verhier la valeur exacte de la fraction de division recouverte par le globule.

Une telle précision n'est pas nécessaire dans la mesure des éléments du sang, les différences de diamètre entre les divers éléments mesurés étant très supérieures aux petites erreurs que l'on peut commettre dans la mensuration de chacun d'eux.

Cependant, pour les rendre aussi faibles que possible, on peut employer un oculaire micrométrique plus finement divisé que l'oculaire ordinaire.

Ce dernier porte, en général, une lame de verre sur laquelle on a divisé une longueur de 5 millimètres en 50 parties, on peut faire diviser la même longueur en 100 parties. En combinant, comme je le fais, l'oculaire 3, avec l'objectif 7 Nachet (ancien 5), on obtient un grossissement d'environ 690 diamètres, et chaque division de l'oculaire vaut 1^,17. Avec un peu d'attention, on apprécie assez exactement le quart de cette valeur, soit 0[a,29. Je ne crois pas qu'on puisse faire mieux.

Il est clair que pour arriver à ce résultat il importe de voir avec netteté les divisions gravées dans l'oculaire. Aussi a-t-on donné le conseil de choisir un oculaire dans lequel on puisse faire varier la distance du verre de l'œil au verre gravé, afin que chaque observateur puisse régler cette distance selon sa vue. Mais il importe d'être prévenu que la distance entre l'objectif et la lame gravée doit rester invariable, si l'on veut que les divisions micrométriques conservent la même valeur. On se mettra donc en garde contre les erreurs énormes qu'on peut commettre en employant un oculaire que l'on trouve dans le commerce et qui est dû à Hartnack.

Cet oculaire, préconisé par M. Malassez, permet d'éloigner ou de rapprocher le verre de l'œil de la glace micrométrique, à l'aide d'un collier mobile. Toutes les fois qu'on déplace ce dernier, la position de l'oculaire dans le tube du microscope se trouve modifiée et, par suite, la distance entre l'objectif et la lame gravée est raccourcie ou allongée. Pour se servir de cet oculaire, qui est livré en France avec les microscopes d'Hartnack, de Verick et de Prasmowsky, on est donc obligé de déterminer de nouveau la valeur des divisions micrométriques, chaque fois qu'on touche au collier de manière à changer la situation du verre de l'œil. Cette obligation se trouve supprimée par la disposition connue depuis Amici consistant à

mettre le verre de l'œil dans un petit cylindre qui s'enfonce à frottement dans le corps d'un oculaire maintenu par un collier fixe.

La même méthode de mensuration est applicable aux globules rouges et aux globules blancs ; mais pour mesurer ces derniers on ne peut se servir que du sang pur, car les globules blancs en se desséchant s'aplatissent et deviennent presque tous sensiblement plus larges. La préparation sera maintenue à une basse température, afin que les mouvements amœboïdes ne se produisent pas; enfin, on aura soin d'éviter la rupture des piles et l'écrasement des éléments.

L'extrême rapidité avec laquelle se déforment et se modifient les hématoblastes rend les mensurations micrométriques difficilement applicables à ces petits éléments. On peut cependant mesurer les hématoblastes dans le sang pur, maintenu hors du corps à une température de 0°; mais il vaut mieux opérer sur des éléments desséchés. Dans une préparation bien faite par la dessiccation , les hématoblastes de l'homme conservent , en effet, comme les hématies, leur forme et leurs dimensions, et en choisissant les éléments les moins déformés on ne commet pas d'erreur sensible. Chez les animaux dont le sang se coagule très rapidement, la mensuration des hématoblastes est réellement très difficile. Cependant, avec un peu d'habileté, on obtiendra encore par la dessiccation des éléments assez bien conservés pour être soumis aux mesures micrométriques.

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