‹ Du Sarcome Ostéoïde de la ChoroïdeChapitre 10 sur 17 · CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE DE M. LE PROFESSEUR ROLLET · texte numérisé non relu

CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE DE M. LE PROFESSEUR ROLLET

Staphylome géant de l'œil gauche. — Enucléation. — Leuco-sarcome ostéoide de la choroîde

G.. Lucienne, cultivatrice, âgée de 19 ans, est reçue le 7 juillet 1922, à la Clinique ophtalmologique de M. le Professeur Rollet.

Dans ses antécédents personnels, elle signale une scarlatine pendant son enfance.

La malade aurait eu une affection de l’angle interne de l'œil qu’elle ne peut désigner avec précision et qui aurait nécessité une incision. Elle a fait, à la suite de cette affection lacrymale, un ulcère de la cornée avec ouverture du globe. L’ulcère a guéri avec leucome adhérent. L’œil était aveugle, mais de dimensions normales. La malade aurait eu des poussées d’irritation avec rougeur de la conjonctive ; douleurs, larmoiements ; nombreuses poussées d'irrido-cyclite.

Au mois de novembre 1921, la malade aperçut, sur le pôle - supérieur de l'œil gauche, deux petits points noirs, de la grosseur d’une tête d’épingle. L'œil grossit assez rapidement pour que la saillie de la paupière soit visible un mois après l’apparition des points noirs signalés par la malade. La tumeur continua à s’accroître jusqu'à maintenant. Cette tumeur n’a jamais été douloureuse, sauf lorsque la malade veut lire ou travailler à l'aiguille. L’œil devient alors douloureux et larmoyant. La vision est absolument nulle, du reste, bien avant l'apparition de la tumeur, la malade n'avait que la perception lumineuse de l'œil gauche.

A l'examen, les paupières supérieure et inférieure sont soulevées et écartées par une tumeur violacéé sillonnée de vaisseaux dilatés ayant à peu près le volume d'une petite noix.

Cette tumeur s’énuclée facilement. La paupière supérieure la laisse complètement découvert. En abaissant fortement la paupière inférieure, on voit un segment de la cornée et de la conjonctive. La conjonctive est injectée, la cornée est trouble et sillonnée de vaisseaux.

A la palpation, on constate que la tumeur fuit sous le doigt et tente à s’enfoncer dans l'orbite ou à s’énucléer. Sa consistance est un peu plus rénitente que celle de l'œil sain. La pression n’est pas douloureuse. Les paupières sont saines, normalement mobiles et ne présentent rien d’'anormal. (Voir photo 1.) x

En dehors de cet œil, l’état général de la malade est excellent.

Le 8 juillet 1922, M. le docteur Bussy pratique l’énucléation de l’œil gauche et se trouve en présence d’un globe bilobé ressemblant à une graine d’arachide. Le lobe postérieur est constitué par le globe oculaire, avec la cornée étalée en avant et en bas et la sclérotique intacte. Le lobe antérieur est formé par un énorme staphylôme intercalaire relié au globe par un collet. k

Sur une coupe passant par le plan sagittal (voir photo 2) on note que le lobe postérieur est occupé presque entièrement par une tumeur blanc jaunâtre semée de petits îlots calcaires. La tumeur paraît développée aux dépens de la choroïde.

Examen microscopique. — Cette ectasie énorme du globe: oculaire est due au développement, à l’intérieur de l’œil, d'un sarcome.

La tumeur est constituée par de petites cellules arrondies à noyau volumineux, bien coloré, pauvres en protoplasme, fortement tassées les unes contre les autres, sans interposition de substance intercalaire. Les vaisseaux y sont particulièrement abondants, tortueux, dilatés, et des hémorragies s’y rencontrent. Les cellules en mitose sont fréquentes. La tumeur est dépourvue de pigment. Elle paraît développée aux dépens de la choriocapillaire. La périphérie dela tumeur, partout où elle est en contact avec la sclérotique, est constituée par une longue lame de tissu osseux avec ébauche de canaux de Havers et lamelles osseuses concentriques contenant des ostéoblastes. Cette lame osseuse est développée au niveau de la couche de gros vaisseaux de la choroïde. Elle ressemble absolument aux ossifications inflammatoires si fréquentes dans les vieux moignons.

Il existe, de plus, au sein même de la tumeur, de petits îlots de tissu ostéoïde où les cellules osseuses ne sont pas conte-

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nues dans des systèmes lamellaires et où l’on ne trouve pas de cavités analogues aux canaux de Havers. Ce sont les blocs ossiformes du sarcome ostéoïde de Cornil et Ranvier.

Il s’agit bien là d’un leuco-sarcome globo-cellulaire angiomateux et ostéoïde de la choroïde, avec ossification inflammatoire minime.

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