‹ Du sérum artificiel en aliénation mentaleChapitre 5 sur 35 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les premiers auteurs qui parlent de l’action du sérum sur l’état mental sont MM. Chéron et de Fleury. L'opothérapie venait de prendre place dans la thérapeutique moderne. M. Constantin Paul avait eu un. moment de grande vogue, grâce à son idée d’injecter du suc nerveux aux déprimés, aux neurasthéniques, aux découragés de la vie; mais la découverte définitive était réservée à Chéron (1).

I] a fait voir que toutes les injections hypodermiques produisent des effets identiques, à la condition que le liquide injecté ne soit pas toxique et que les substances employées jusqu'alors, séquardine, suc nerveux de Constantin Paul, sérum de sang de chien,'de chèvre ou de cobaye, agissent toutes par une action mécanique et ne produisent pas d’autres effets que ceux que l’on obtient par l'injection d’un peu d’eau salée. Ces injections sous-cutanées ont pour effets immédiats l'accroissement des forces, la hausse de la tension sanguine, le relèvement de l’état mental.

% (1) Chéron. — Loi de l’hypodermie, 1892.

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Ces constatations ont été le point de départ de nouvelles recherches, qui ontété faites par M. de Fleury (1) qui, dans sa publication sur la pathogénie de l’épuisementnerveux etson ouvrage sur la médecine de l'esprit, signale cefait qui a son importance : «qu’il suffit souvent de relever la tension sanguine et le tonus général d’un individu pour voir se modifier considérablement son caractère. »

C’est aussi l’idée de M. Gimbert (de Cannes) et de M. Lereboullet (2) qui, pour relever l’état mental des neurasthéniques, ont imaginé de leur injecter du sérum de lait de vache stérilisé.

Ces modifications de l’état mental, à la suite des injections de sérum, suggérèrent nécessairement l'idée de les essayer en psychiatrie.

La première application du sérum à l’aliénation mentale a été faite en 1892 par M. Ilberg (3), qui a employé les injections sous-cutanées massives de s0lution à 0,75 de chlorure de sodium pour cent, chez les aliénés sitiophobes en état de collapsus. Il constate comme action le relèvement de la nutrition, la disparition du collapsus et de la sitiophobie et une modification notable de l’état mental.

Ce premier fait concorde parfaitement avec ceux constatés dans le domaine de la pathologie nerveuse et justifie parfaitement l'essai.

(1) M. de Fleury. — Pathogénie de l’épuisement nerveux. Rev. de Méd. février 1896.— Introduction à la Médecine de l’esprit, 1898.

(2) Gimbert et Lereboullet. — Acad, de Méd., 11 juillet 1899. (3) Ilberg. — Allg. Zeilsch. f. Psychiatrie. XLYIIL, 6.

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En 1896, MM. Mairet et Vires (1) exposent, au Con- . grès de Nancy, les résultats de leurs recherches sur l’action des sérums dans le traitement dés maladies nerveuses et mentales, De leurs travaux, on peut conclure que si les injections de sérum artificiel ne donnent pas de résultat thérapeutique très appréciable, néanmoins, elles sont inoffensives, et que chez les déprimés elles ont parfois donné une amélioration physique et en même temps mentale qui, pour n'être pas définitive, n’est cependant pas négligeable. Ils pensent que cette amélioration psychique est probablement le résultat de l’amélioration physique. Constatons en passant cette opinion qui correspond parfaitement aux idées de M. Pierret, qui pense que le plus souvent l’état mental n’est que le reflet de l'état physique; qu’il est directement sous sa dépendance et que pour guérir un malade qui délire il faut traiter à temps la cause organique qui a été le point de départ de ce délire.

L'année suivante, M. Toulouse (2), à propos du trai- ‘tement de la mélancolie, dit incidemment qu’on peut injecter tous les jours 5 grammes d’une solution de chlorure de sodium à 5 ?/,,.

Le docteur Régis (3) ne fait que signaler l’utilité des injections intra-veineuses dans les psychoses, d’autointoxication, surtout à la phase de début et des injections de sérum artificiel à la période de convalescence. “

(1) Mairet et Vires. — In Nouveau Montpellier Médical, 1897, ” (2) Toulouse. — Mélancolie, 1897, p. 388. (3) Régis. — Les psychoses d'auto-intoxication, 4898.

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M. Chaslin (1), à propos. de la confusion mentale, conseille d’injecter à titre d'agent de médication sthénique, de 5 à 15 centim. cubes de sérum de Chéron, et. cite une communication orale de Séglas qui, dans plusieurs cas, a vu les bons effets de cette pratique, surtout dans les formes asthéniques.

Rappelons également à la même époque Ja publication du docteur de Boeck (2) qui vante les avantages du sérum artificiel employé en injections sous-cutapées chez les aliénés sitiophobes.

Dans l’année 1899, nous trouvons le docteur Feuil- Jade (3) qui, dans sa thèse inaugurale, publie deux observations de malades rapidementaméliorés par des injections de sérum artificiel et MM. Sérieux et Farnarier (4) qui, à propos de la confusion mentale, conseillent comme moyens de traitement le repos au lit, la suralimentation et les injections de sérum artificiel.

En somme, nous n’avons eu jusqu’à présent que des constatations incidentes ; plusieurs auteurs, comme ñnous avons pu le constater, ont signalé de loin en loin les injections sous-cutanées de sérum artificiel dans le

(1) Chaslin, — Trait. de la confusion mentale. In Traité de thér. appliquée. Robin, 1898, p. 95.

(2) De Boeck. — Injections de sérum chez les aliénés. Bull. de la Soc. de méd. mentale de Belgique, 1898. Anal. In Journal of mental scienze, 1899.

(3) Feuillade. — Contribution à l'étude des manifestations déli: rantes qui marquent le déclin des maladies infectieuses. Th. de Lyon, 1899. ES

(4) Sérieux et Farnarier. — Tr. des payshoses aiguës par le pps au lit. Sem. Méd., 11 octobre 1899.

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traitement de quelques cas d’aliénation mentale, mais il n’y a pas là d'indications nettes et les premiers travaux que nous trouvions sur ce sujet sont ceux de M. Cullerre (1) et de M. Jacquin (2). Ces deux publications très récentes ouvrent une ère nouvelle dans la thérapeutique des maladies mentales et viennent révéler tout le profit que l’on peut et que l’on doit retirer du sérum en aliénation. Nous y avons trouvé des observations très détaillées et des indications claires et précises. Ces deux travaux fort consciencieux nous ont été d’un grand secours pour l'édification de notre thèse. |

Nous citerons encore le livre de M. de Fleury sur le traitement de l’épilepsie. Les épileptiques sont souvent des aliénés et, à ce titre, les vues nouvelles que nous présente cet auteur sont des plus intéressantes. Le sérum artificiel paraît devoir être utile dans bien des cas (3).

Nous terminerons enfin cet historique en rappelant le mémoire de Masbrenier (4) sur le traitement du délirium trémens par les injections sous-cutanées de

sérum artificiel.

(1) Cullerre. — De la transfusion séreuse sous-cutanée dans les - psychoses aiguës avec auto-intoxications. Progrès méd., sept. 1899. (2) Jacquin. — Du sérum'artificiel en psychiatrie. Annales médico-

psychol., mai-juin 1900.

(3) M. de Fleury. — Trait. de l’épilepsie, 1900. (4) Masbrenier. — Presse médicale, janvier 1900.

I. — Solutions employées; voies d'introduction dans l’organisme; technique et manuel opératoire des injections sous-cutanées.

- L'étude des solutions salines que l’on peut employer

en injections sous-cutanées n’est plus à faire. Aussi nous contenterons-nous de donner un résumé rapide des diverses solutions employées et que l’on peut utiliser en aliénation mentale.

En principe, toutes les solutions sont bonnes et, pour notre part, nous nous sommes servi de celle qui répond à la formule la plus simple et qui est, en même temps, l’une des plus inoffensives pour l’organisme. La solution de chlorure de sodium à 7 oo rées à peu près à tous les cas.

M. Ilberg, dans les cas où il a fait des injections, s’est servi d’une solution à 7,5 °/,,; M. Toulouse a pris une solution plus faible à 5 ‘/.,; mais la plupart, MM. Régis, Chaslin, Cullerre se servent de la solution à 7 °/w.

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C’est, en effet, celle qui est préconisée depuis longtemps en pathologie générale, comme ayant l'avantage sur l’eau pure de ne pas altérer les éléments figurés du sang, ce qui est de la plus haute importance.

Cet avantage, elle l’a encore sur les solutions trop concentrées qui sont également nocives.

MM. Malassez (1), Hamburger, Dreser pensent que c'est une solution à 10 °/, qui conviendrait le mieux et, tout dernièrement encore, MM. Vaquez et Bousquet (2) l’ont préconisée pour les injections souscutanées. Cette solution, d’après eux, peut être considérée comme à peu près isotomique au sérum du sang.

Kronecker avait évalué la proportion de Na CI nécessaire à 7,3, ; MM. Bosc et Vedel (3), Lejars (4), enfin, pensent que la solution à 7 ‘/, donne le minimum d'effets nocifs et le maximum d'effets physiologiques et est, par conséquent, la solution de choix.

La solution de M. Hayem renferme pour 1000 :

5 grammes de Na Clet 10 grammes de sulfate de soude. M. Mayet (5) croit que l’addition de sulfate de soude peut être nuisible aux hématies et a démontré que la solution de Na Cl à 7 %, ne les altérait pas plus que le sérum normal du sang.

Pour être complet, nous rappellerons que l'on a proposé l'addition de diverses substances aux solu-

(1) Malassez. — Soe, Biol., 16 mai 1896.

(2) Vaquez et Bousquet. — Soc. Biol., 1899.

(3) Bosc et Vedel. — Arch. de phys., 1896.

(4) Lejars. — Lavage du sang. Paris, 1897.

(5) Mayet. — Soc. de Biol., 1896.

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