A TOUS MES MAITRES DANS LES HOPITAUX DE PARIS
L’opium est connu depuis les temps les plus reculés. Dès les premiers âges de l’humanité, à l’apparition d’une civilisation encore rudimentaire, des hommes se sont trouvés malheureux et les uns pour lutter contre leurs misères, demandaient à la drogue un excitant de leurs facultés physiques ou génésiques, d’autres plus nombreux, recherchaient une drogue consolatrice pour apaiser leur douleur et rechercher l’oubli.
Les Grecs représentaient Morphée, dieu des songes, couché sur des gerbes de pavot.
Ils employaient cette plante comme sédatif et hypnotique. Quelques siècles plus tard, Arabes et Turcs, eux, se servent de l’opium non plus comme d’un calmant mais au contraire comme d’un excitant génésique.
Vers le XVIE siècle, les Chinoïs se mirent à fumer l’opium. Ce n’est qu'au XIX® siè le, en 1823, que la morphine fut découverte, mais elle ne connut sa
vogue que vers 1853 quand Pravaz eût inventé sa
seringue à injection.
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La morphinomanie ne tarda pas à naître, comme jadis l’opiomanie et pour les mêmes raisons.
« On entre, écrivait Ball, dans la morphinomanie par la porte de la douleur, de la volupté, par la porte des chagrins, des soucis et de la fatigue ».
Nous avons pu vérifier la légitimité de cet aphorisme, au cours de quelques mois passés dans le service des toxicomanies de l’Hôpital Henri-Rousselle, en interrogeant plus de soixante malades qui venaient se faire désintoxiquer.
Chacun sait qu'avec l’usage, l’accoutumance s’établit pour engendrer l’abus et amener inéluctablement l’intoxication.
Médecins, praticiens, nous apprécions chaque jour les vertus supérieures de l’opium et de ses dérivés, quand nous nous trouvons en présence d’un syndrome douloureux aigu.
Comment calmer une colique néphrétique, une sciatique, etc, chez un malade auquel la douleur arrache des cris atroces ? Comment soulager un état anxieux et parfois éviter le suicide à celui que l’obsession tourmente ? Sinon par l’administration de la fâcheuse piqûre calmante.
Malheureusement, elle peut être suivie, si trop souvent répétée, d’un danger très grave : nous voulons parler de l’accoutumance.
Nous n’entendons pas que tous les malades, qui,