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une aptitude à éprouver trop vivement la souffrance et le plaisir. Dans l’ordre volontaire, ce sont l’aboulie, la nonchalance, la paresse, la tendance aux obsessions et aux impulsions. Dans l’ordre des perturbations affectives et passionnelles, on trouvera à la base l'appétit et le besoin d’excitants anormaux, une instabilité dans les goûts et une sorte de perversion instinctive s’accompagnant d’ailleurs des autres manifestations de déséquilibre mental. C’est la perversité courante dans le monde des vicieux et des blasés, dans les milieux des prostituées et des demi-mondaines…
Au cours de notre fréquentation des toxicomanes de l'Hôpital Henri-Rousselle, nous avons pu vérifier combien important est le rôle de la prédisposition. Parmi les causes occasionnelles qui entrent en ligne, il faut citer la prescription médicale ; c’est elle qui prédomine daus les intoxications par l’opium et ses dérivés.
Les causes d’ordre affectif : le chagrin, les deuils, l’asthénie psychique, la névrose d’angoisse. Le malade croit à l’aide de la drogue améliorer son état, alors qu’en réalité 1l ne fait que l’aggraver.
Nous nous permettrons d’insister tout particulièrement sur le rôle considérable que jouent les conditions sociales défavorables dans l’origine de l’usage des stupéfiants.
Alors qu’avant-guerre les toxicomanes ne se ren-
brie.
contraient que dans certains milieux, médical, paramédical, littéraire, théâtral, demi-monde et surtout chez les coloniaux et anciens coloniaux, depuis la guerre, à la suite des souffrances multiples physiques et morales nécessitant l’emploi d’un calmant puissant, tous les milieux sont touchés par le mal et il n’est pas rare de trouver dans les services hospitaliers, en cure de désintoxication, un hobereau ruiné à côté d’une ménagère.
A la base de toute toxicomanie, il y a l’algophobie, qui est une forme de l’état constitutionnel prédisposant dont nous avons déjà parlé.
Dans les causes occasionnelles favorisantes, nous ne pouvons pas passer sous silence la contagion mentale, le prosélytisme et le rôle des trafiquants de stupéfiants.
À propos de la contagion mentale, nous citerons le rôle d’une certaine littérature qui se plait à chanter à l’aide d’un style très séduisant, l’action bienfaisante « de la noble drogue » ; l'exemple, combien avons-nous vu de couples de toxicomanes !
L'esprit de prosélytisme, commun à tous les intoxiqués, est exercé surtout par les femmes.
Le rôle des trafiquants de stupéfiants est des plus pernicieux. Par tous les moyens ces individus, obéissant à l’appât du gain, n’hésitent pas à distribuer la
drogue à tous les amateurs. Ils soignent avec intérêt
leur clientèle, au besoin la font changer de drogue pour la retenir et emploient tous les moyens pour faire de nouveaux adeptes.
Leur rôle est des plus malfaisants. Sans scrupule, ils vendent le plus souvent des produits impurs, les mélangent soit avec du lactose, soit avec du borate de soude, soit avec du bicarbonate et, par ce procédé, augmentent le coëfficient d’intoxication du malade, qui est forcé chaque jour de leur acheter davantage pour satisfaire son état de besoin.
La facilité de se procurer de la drogue et, par corol- Jaire, l’abus de cette drogue constituent de nos jours un véritable danger social; danger contre lequel les États gouvernementaux, pour des fins économiques, né défendent pas efficacement leurs sujets car, comme l’écrit Zender : « Tous les États tirent des revenus de la vente de l’opium ». |
Depuis qu’il y a des toxicomanes, il y a des médecins qui cherchent à les guérir et beaucoup de méthodes ont été proposées.
Malheureusement, les cures ne sont pas faciles à faire car il faut tenir compte de la psychologie et de l’état général de chacun de ses malades.
Nous allons étudier dans les chapitres qui suivront, une nouvelle méthode de sevrage rapide qui est appelée, nous le croyons sincèrement, à rendre les plus
grands services.
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Après avoir donné, au début de cette étude, la définition du toxicomane et écrit qu’un toxicomane est celui qui, usant de la drogue, ne peut s’en passer en temps utile, on comprend aisément que le malade est dans l’obligation, quand il veut se sevrer, d’avoir recours au médecin, et ceci, pour plusieurs raisons que nous exposerons. Il faut tenir compte des modifications organiques déterminées par l’absorption prolongée de toxiques. Il y a quelques années, Sollier et Morat ont montré les viciations apportées par les stupéfiants au milieu sanguin.
Hallion a donné une explication logique de l’accoutumance et de l’état de besoin, par l’étude, chez les toxicomanes, de leur système sympathique.
Le Docteur Dupouy a décrit les lésions importantes qu’il a observées sur le foie ét les reins d’animaux soumis à une imprégnation thébaïque journalière.
L’accoutumance n’est pas due à un processus psychique :
Les accidents décrits sous le nom d’amorphinisme se traduisent par les signes d’un syndrome de déséquilibre vago sympathique (catarrhe nasal, sueurs, vomissements, insomnies, spasmes, fourmillements dans les jambes et surtout diarrhées profuses) et démontrent que l’état de besoin répond à une véritable exigence des différents tissus.
C’est pourquoi le sevrage ne peut se faire qu’en
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maison de santé spécialisée ou dans des services hospitaliers.
Il est absolument nécessaire que le malade soit surveillé, d’une part à cause des accidents qui peuvent survenir brusquernent (collapsus cardiaque), d’autre part afin qu’il ne puisse pas se laisser tenter d’abandonner la cure quand l’état de besoin se manifeste. Il faut aussi l’isoler car, sinon, il saura apitoyer l’entourage sur son malaise et arriver à se procurer de la drogue.
Il existe plusieurs méthodes de désintoxication, et nous pensons avec notre maître que chacune a ses avantages et ses inconvénients. La cure brusque, qui est loin d’être exempte de dangers, ne peut être appliquée que très rarement à des sujets vigoureux prenant depuis peu de temps des doses infimes de drogue. La cure lente donne souvent d’assez bons résultats.
Malheureusement, de nos jours, elle n’est presque plus pratiquable car le malade est rarement assez fortuné pour supporter des frais de séjour élevés dans un établissement où il ne pourra plus s’occuper de ses affaires et devra, par conséquent, renoncer à ses occupations.
D’autre part, le toxicomane, individu presque toujours de constitution névropathique, même quand
il entre dans une clinique avec le désir sincère de se
cs ET pétes
guérir, n’a ni le courage ni la patience de supporter les petites douleurs du sevrage progressif, Aussi nous croyons qu'il faut aller vite et, pour remédier aux inconvénients que nous venons de signaler, nous donnons notre préférence à la méthode rapide.
Le malade, algophobe par excellence, supportera plus facilement une douleur de quelques jours qu’une sensation désagréable qui persiste pendant des semaines.
Nous n’entendons pas que la méthode que nous proposons est parfaite, puisque le Docteur Dupouy, dans son service spécialisé, cherche chaque jour à laméliorer ; cependant, après avoir suivi régulièrement les toxicomanes qui sont entrés à l’Hôpita] Henri-Rousselle, et dont on trouvera dans les pages qui suivent les observations, nous pensons que le traitement fait à ces malades, ne comporte pas les inconvénients signalés dans les méthodes précédemment exposées.
Nous avons exposé très brièvement, dans le chapitre
précédent, la question de l’accoutumance, phénomène essentiel qui est la cause de la toxicomanie, et nous
avons écrit que certains auteurs pensaient qu’elle était le résultat d’une immunisation tissulaire qui engendre une appétence spéciale pour le toxique auquel le malade est accoutumé.
D'autres, plus catégoriques, affirment que la mor-
LOFIONEE
phine et ses succédanés se fixent électivement sur la substance nerveuse et s’intègre à elle en formant un complexe.
À la suite de ces découvertes, le Docteur Dupouy a cherché une substance capable de dissocier la complexe substance nerveuse + morphine et de mettre en liberté le toxique.
Au cours des cures antérieures de désintoxication, son attention avait été vivement attirée par le soulagement qu'il avait observé chaque fois que sur ses malades il pratiquait une injection d’huile camphrée et après les travaux d’Overton, qui montrèrent que les substances narcotisantes étaient liposolubles et que, pour cette raison, elles se fixaient sur lasubstance nerveuse riche en matières grasses, il entreprit de profiter de ces observations.
A la suite d’une expérimentation prolongée sur le lapin auquel il injectait un mélange d’huile d’olive et d’huile de ricin émulsionné dans du sérum physiologique, il constata l’inocuité et la facile ‘résorption de ce produit, qu’il utilisa sur les toxicomanes en cure de désintoxication à l'Hôpital Henri-Rousselle.
Les résultats se montrèrent fort encourageants et, à l’heure actuelle, près de deux cent malades furent traités à l’aide de cette thérapeutique.
Le Démorphène — c’est ainsi que le produit est appelé — est une émulsion dans le sérum physiologique et comprend :
Huile d’olive À oder eur .. 8parties Distéaroglycérophosphate décholime sm ue 0, 9 parties Sérum physiologique .... Q.S. pour 100.
On administre par voie intramusculaire cette émulsion à raison de cinq injections de 5 cc pro die. On y associe l’insuline — 15 U le matin — 15 U l’après-
.midi, afin de renforcer l’intensité des échanges nutritifs et d’améliorer le métabolisme des hydrates de carbone et des matières grasses.
On surveille soigneusement le cœur et, afin d’éviter les accidents toujours possibles, on a recours aux cardiotoniques habituels (huile camphrée — spartéine — camphre buvable ou injectable, ouabaïne à faibles doses).
On facilite les voies de l’élimination et on débarrasse l’intestin (car « sevrer un morphinomane constipé c’est l’exposer à des troubles graves ») en donnant un purgatif quotidien sous forme de cascara, évonymine, podophyllin.
Les diurétiques employés sont les boissons lactosées, la scille, la théobromine.
On excite les sécrétions à l’aide de la pilocarpine.
Les doses d’hypnotiques administrées sont en rapport avec les manifestations algiques et l’état
fonctionnel du rein et du foie de chaque toxicomane.