C. Cellules contenant des matières sucrées
Les matières sucrées se formant aussi bien dans l’un que dans l'autre règne organique (3), on doit s’attendre à les trouver très-répandues dans les plantes; aussi, différents auteurs les ont-ils depuis longtemps signalées
(1) Wurtz. Traité de chimie médicale, t. II, p. 503.
(2) Sachs. Trad. Van Tieghem, p. 86.
(3) Claude Bernard. Des phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux [Revue scientifique , 14 novembre 1874). — De l'emploi des moyennes en physiologie générale , à propos de l'influence de l'effeuillage des betteraves sur la production de la matière sucrée ( Comptes rendus, t. LXXI et suiv.) etc.
dans les divers éléments anatomiques de celle-ci, mais c’est uniquement dans les cellules que s’amassent les sucres que la thérapeutique ou l’économie domestique empruntent aux végétaux. Qu’on les demande aux types les plus inférieurs de la série, à ces Alg*ues, par exemple, à ces Laminaires, dont les insulaires de l’île Molène se servent pour édulcorer leurs boissons médicamenteuses, ou qu’on les tire des végétaux supérieurs, tels que la Canne à sucre, la Betterave ou le Frêne, l’Érable, etc., toujours les éléments cellulairesen renfermeront seuls en quantité suffisante pour nos besoins.
Point n’est utile d’entrer ici dans le détail des différents types que la chimie moderne a justement établis parmi ces matières (1); le sucre de canne et la mannite doivent seuls d’ailleurs être mentionnés, la thérapeutique n’employant généralement pas à l’état isolé le glucose, le lévulose et les autres espèces analogues.
Le Sucre de Canne est contenu dans un grand nombre de végétaux parmi lesquels je citerai la Canne à sucre , la Betterave , Y Erable, la Carotte, les Oignons , etc.; mais les deux premières de ces plantes sont ordinairement les seules dont on le retire industriellement.
La Canne à sucre ( Saccharum officinarum , est une Graminée dont le chaume plein renferme un suc sucré contenu principalement dans les éléments du tissu fondamental, et se montre surtout abondant vers la partie inférieure de cette tige.
Chez la Betterave (Beta vulgaris), la matière sucrée réside dans la grosse tubérosité inférieure qui se trouve plus ou moins enfoncée dans la terre, et comprend deux
(1) (Voyez Wurtz, Chimie médicale , t. II. — Berthelot, Chimie orga- - nique , etc.
parties d’origineet d’importance très-différentes, comme nous le savons depuis les travaux de M. Decaisne : la partie supérieure, généralement épigée, doit être rapportée à la tige, et ne contient guère que des matières azotées ou cristallines; la partie inférieure, au contraire, véritable pivot de la racine, renferme une grande quantité de matière sucrée; aussi la culture s’est-elle appliquée à exagérer le plus possible le développement de cette dernière partie qui forme presque seule la souche de la « Betterave de Silésie » et des variétés analogues,
h&inannite (\\ie l’on rapproche aujourd’hui des sucres, car si elle ne fermente pas directement au contact de la levure de bière, elle don ne de l’alcool, de l’acide carboniqueplusdel’hydrogènelorsqu’on la meten présenced’un ferment approprié et du carbonate de chaux, la mannite forme la partie active des « marines » qui sont d’autant plus estimées qu’elles contiennent plus de ce principe.
Dans la nature, on n’obtient que de faibles quantités de ce produit s’écoulant desblessures faites par un insecte hémiptère ( Cicada Ornï) à un arbre de la famille des Jasminées ( Fraxinus Ornus L.var. rotundifolia ) ; mais les diverses sortes de manne qui nous parviennent de Sicile, etc., sont obtenues au moyen d’incisions artificielles et probablement formées dans le tissu cortical, bien que, dans l’état actuel de nos connaissances, la question ne paraisse pas encore complètement élucidée.
La mannite se retrouve d’ailleurs dans plusieurs autres végétaux, tels que l’Asperge, le Céleri, un grand nombre de Champignons et d’Algues (1).
(1) Wurtz, Loc. cit.
Berthelot. Loc. cit.
Riche. Manuel de chimie médicale et pharmaceutique , 2°, id., Paris, 1873, p. 606.
D. Cellules contenant des huiles essentielles,
DES OLÉORÉSINES, ETC.
Ces éléments constituent la majeure partie des « organes glandulaires » des végétaux, mais doivent etre distingués soigneusement de certaines formations tjui, paraissant en être très-voisines au point de vue des produits qu’on y rencontre, en diffèrent toutefois notablement sous le rapport de leur origine. Dans ces dernières, dans la plupart des « canaux sécréteurs, » par exemple, le réservoir qui renferme la substance active est de nature purement lacunaire; il a débuté sous la forme d’un petit méat dû à l’écartement de cellules jusque-là contiguës, puis cet espace s’est étendu et peu à peu a revêtu l’aspect d’une lacune plus ou moins vasculariforme : que les cellules ambiantes produisent des substances spéciales, celles-ci s’accumuleront dans le canal voisin, simple méat agrandi, qu’elles n’auront nullement contribué à former au moins d’une manière directe.
Pour les productions que je vais décrire, l’origine et le fonctionnement sont tout différents : les substances actives se forment encore dans des cellules spéciales mais elles y demeurent constamment, et c’est seulement par la disparition des parois de celles-ci qu’elles peuvent être mises en liberté; souvent elles se rassembleront dans des réservoirs plus ou moins étendus, mais dont la formation ne saurait être rapprochée de celle des canaux sécréteurs indiqués précédemment ; ces réservoirs, en effet, ne seront pas dus à un simple écartement, à une dislocation du tissu ambiant, ils seront
produits par résorption successive des cellules delà glande dont le fonctionnement peut se résumer en deux périodes : 1° formation de la substance active à l’intérieur de la cellule ; 2° mise en liberté de ce produit. L’activité propre de ces cellules demeure chargée du premier de ces phénomènes; c’est par résorption de leurs parois qu'est assuré le second.
Cette distinction établie, passons à l’étude des cellules à produits essentiels. Ces cellules peuvent demeurer isolées ou bien, au contraire, être réunies en nombre plus ou moins considérable, de là des glandes unieellulaires et pluricellulaires, distinction plus importante au point de vue anatomique qu’au point de vue médical, puisque certaines plantes ( Labiées , etc.) nous offriront, sur le même individu, des glandes unicellulaires et d’autres multicellulaires dont le produit sera identique. Une nouvelle division peut être établie parmi les glandes qui seront dites intérieures ou extérieures selon qu’elles seront comprises dans la masse des tissus de la plante ou qu’elles seront situées à l’extérieur de celle-ci et en connexion étroite avec certaines productions épidermiques telles que les poils. Cette division a l’avantage de correspondre plus exactement à certaines de nos familles médicinales, aussi crois-je devoir l’adopter ici tout en la combinant avec la précédente ; les glandes se trouveront dès lors réparties de la manière suivante :
extérieures .
Glandes \ intérieures
unicellulaires \
pluricellulaires j à poil.
unicellulaires
pluricellulaires
Labiées,
Solanées, Monotropées, Rhinanthacées.
basilaire... Labiées...
Ulmacées.
terminal... Urticées.
Valérianées.
Laurinées.
Monimiacées.
Aurantiacées.
Rutacées.
Myrtacées.
Hypéricinées, etc.