Du spiritisme considéré comme cause d'aliénation mentale
L’exagération des idées religieuses , les croyances au surnaturel, l’amour du mystérieux, en agissant vivement sur l’esprit humain, ont toujours été de puissantes causes d’aliénation mentale.
Dans l’antiquité, au temps des prophètes et des magiciens, plus tard, au temps des sibylles et des pythonisses, plus tard encore, aux jours de foi vive, de piété profonde et d’ignorance au moyen-âge, la folie revêtait un caractère presque exclusivement religieux et mystique.
Le XVllle siècle et sa philosophie, tout en portant un rude coup au théocratisme et aux anciennes croyances encore fort respectées alors, n’atteignirent que peu ou point nos tendances à la superstition ; et il s’est trouvé des hommes comme Mesmer et Cagliostro qui surent audacieusement exploiter notre penchant pour le merveilleux.
De nos jours encore, malgré les travaux scientifiques qui poussent tout vers les choses positives et utiles, malgré l’instruction qui, généralisée dans les masses, a éclairé et fortifié les intelligences , malgré le scepticisme devenu général en matière religieuse et en matière morale, nous sommes presque aussi crédules, aussi faibles, aussi naïfs
que dans les premiers âges pour tout ce qui nous est présenté comme mystère, surnaturel, Impossible.
En nous efforçant, en affectant de ne vouloir croire à rien, nous en sommes venus à accepter avec la plus étonnante facilité les choses les plus absurdes.
« N’avons-nous pas été témoins, dit M. Morel, d’une véritable épidémie intellectuelle qui nous a envahis du fond de l’Amérique et qui a ranimé chez tant de personnes la croyance aux influences surnaturelles ? La possession de nos tables et de nos meubles par les esprits infernaux n’est-elle pas la résurrection sous une autre forme, moins dangereuse heureusement , des croyances qui avaient cours au moyen-âge ?» — (Traité des maladies mentales].
Celte facile crédulité nous explique comment il se fait qu’une nouvelle théorie sur le monde futur, théorie ayant la prétention de nous faire connaître notre sort et notre destinée au-delà de la tombe, le spiritisme enfin, puisque c’est le nom que les inventeurs ont donné à leur doctrine, prenne aujourd’hui même tant d’extension parmi nous, et vienne s’ajouter comme cause d’aliénation mentale aux causes déjà si nombreuses que portent avec elles les mœurs de notre époque. Quelle est cette doctrine ?
Les spiritistes professent que les âmes, une fois séparées des corps qu’elles ont animés , gardent dans un monde invisible une vie propre, indépendante, pendant laquelle conservant la conscience du bien et du mal, du juste et de l’injuste , elles sont plus ou moins heureuses, suivant qu’elles ont fait plus ou moins de bien dans leur existence matérielle. Après avoir, pendant un certain laps de temps, été punies ou récompensées de leurs actions terrestres, les âmes viennent se réincarner dans un autre corps et constituer dans leurs transmigrations successives, soit sur la terre, soit sur un autre globe habitable, des] individualités , des personnages plus ou moins importants , selon leurs mérites antérieurs. Enfin, c’est pendant leur existence à l’état ^'esprits que les âmes peuvent venir se
mettre en rapport avec ceux qui habitent encore le monde matériel.
Et admirez comment peu à peu un charlatanisme persévérant a su donner une forme et un corps à une superstition qui, il y a quelque douze ans, était à peine conçue.
Ce n’est plus seulement par des coups frappés et retentissants sur les portes et sur les murs ; ce n’est plus seulement par la danse des tables et des meubles que les esprits se manifestent à nous ; ce ne sont plus les esprits infernaux comme autrefois , mais les âmes mêmes des morts, de nos parents, de nos amis et d’autres que nous n’avons jamais connus qui viennent se communiquer aux vivants, écrire avec nos mains, parler avec nos voix, nous révéler enfin des secrets plus ou moins importants du monde invisible, suivant que les esprits qui les apportent sont plus ou moins élevés dans la hiérarchie, dans l’échelle sociale de leur empire, et suivant que nous-mêmes sommes plus ou moins dignes de ces hautes faveurs.
Tout cela dans un but de moralisation et pour le plus grand bonheur du genre humain I
Tel est, en peu de mots, le résumé de la doctrine spiritiste, telle qu’elle est enseignée du moins dans cette multitude de brochures et de volumes répandus dans le public par les apôtres non moins spéculateurs que zélés de la nouvelle religion.
Habilement manœuvré par des individus nommés médiums^ sans doute parce qu’ils servent d’intermédiaires entre les esprits et le monde terrestre, le spiritisme a fait en peu de temps des progrès rapides. Les adeptes , les prosélytes qu’ils comptent deviennent de jour en jour plus nombreux.
Il est vrai de dire, cependant, que c’est dans les villes, dans les grandes villes surtout, que le spiritisme a' porté ses prêtres et trouvé son principal champ d’exploitation ; l’agglomération d’un grand nombre de personnes a toujours été très-favorable au développement des idées bonnes ou mauvaises et aux succès des charlatans. Mais il n’est pas
douteux que, dans un avenir plus ou moins rapproché, le mal n’ait pénétré plus loin, car un grand nombre de cités sont devenues comme autant do foyers d’où s’élève, pour rayonner sur les environs, et de là se propager de proche en proche dans les campagnes, la lumière spiritisle.
Disons encore que la partie éclairée des populations a su, à part quelques exceptions, ne voir dans 1e spiritisme qu’une grossière duperie pratiquée sur une large échelle. Et effectivement, des femmes , de jeunes filles surtout , avec bon nombre d’ouvriers plus on moins ignorants ou paresseux, forment l’immense majorité des fidèles.
Lyon, pour sa part, a déjà fourni un beau contingent de fous par spiritisme. Cette ville, où les jongleries intellectuelles et autres ont toujours obtenu un très-beau succès, est devenue comme la place forte de la secte. De l’aveu même d’un médium des Brotteaux, le nombre de ses adhérents s’est, depuis dix-huit mois, prodigieusement augmenté. « Lyon, dit M. Figuier, avec ses hauts lieux , la croupe de la Croix-Rousse et les sommets de Fourvières représente très-bien ce que les spiritistes appellent un lieu fatidique. » Aussi il n’est pas surprenant que cette ville qui , à la fin du siècle dernier , éleva un temple au grand thaumaturge Cagliostro, accepte et digère fort bien les paroles célestes que chaque jour les esprits lui servent.
Les partisans des idées spiritistes soutiennent, sans le prouver, que leur doctrine est incapable de produire l’aliénation mentale. Bien plus, l’un d’entre eux va jusqu’à prétendre que le spiritisme est un préservatif assuré contre la folie, et voici les raisons qu’il en donne : « Parmi les cas les plus nombreux de surexcitation cérébrale, il faut compter les déceptions, les malheurs, les affections contrariées....; or le vrai spirite voit les choses de ce monde d’un point de vue si élevé , elles lui paraissent s^ petites, si mesquines auprès de l’avenir qui l’attend ; la vie est pour lui si courte, si fugitive, que les tribulations ne sont pour lui que les incidents désagréables d’un voyage.
Ce qui, chez un autre, produirait une violente émotion, l’affecte médiocrement. 11 sait d’ailleurs que les .chagrins de la vie sont des épreuves qui servent à son avancement, s’il les subit sans murmure, parce qu’il sera récompensé selon le courage avec lequel il les aura supportés. Ses con victions lui donnent donc une résignation qui le préserve du désespoir et par conséquent d’une cause incessante de folie et de suicide. » 11 y aura bientôt dix-huit siècles et demi que les apôtres du christianisme vinrent prêcher dans le monde ces idées qui déjà n’étaient pas nouvelles. Ils ne se doutaient guère alors les fondateurs de notre religion, qu’elles serviraient un jour à étayer la doctrine des demoiselles Fox.
Du reste, autre chose est d’affirmer et autre chose de prouver ; et nous tenons pour tout à fait fantaisiste et imaginaire le portrait qui est ici donné du vrai spiritisle. — Notre opinion est que les idées des médiums sont parfaitement capables de troubler les facultés mentales. Ce n’est pas que nous prétendions que la folle résultant des pratiques spiritistes revête toujours une forme en rapport avec la cause qui l’a produite; non : bien que nous ignorions « jusqu’à quel point les causes déterminantes de la folie ont de l’influence sur les formes de l’aliénation mentale. » (M. Parchappe), il est de remarque générale que les idées délirantes n’ont le plus souvent aucun rapport avec leurs causes génératrices. Le délire religieux, par exemple, le délire des persécutions ne reconnaissent presque jamais pour causes un sentiment religieux porté à l’excès ou des persécutions endurées de la part d’autrui ; et ce n’est pas chez les personnes les plus élevées par leurfortune ou leur position sociale, que se manifeste ordinairement le délire des grandeurs.
Si, dans les observations que nous allons rapporter, la plupart des sujets atteints d’aliénation mentale ont une forme de délire qui ne rappelle en rien la cause môme de ce délire, ilnes’ensuitpasquel’on doive regarder le spiritisme comme incapable de produire la folie j mais seulemeut que
le délire produit par lui sera comme tout délire produit par foute autre cause « en rapport avec le degré de sensibilité de l’individu, son éducation, ses mœurs, son caractère, avec les dispositions natives qui le rendent plus accessible à la crainte, à la colère, à la baine, à la jalousie, etc. » (M. Morel), en rapport en un mot avec les passions et les idées habituelles du délirant. »
Si l’on nous demande comment le spiritisme agit dans la production de la folie, nous répondrons qu'il ne la produit pas différemment que toutes les autres causes morales qui peuvent entraîner après elles l’aliénation mentale. Et ces causes, en agissant subitement ou à la longue sur l’organe de l’intelligence, sur le cerveau et par conséquent sur l’intelligence elle-même , en concentrant la pensée le plus souvent sur un seul objet et en l’isolant de tout ce qui n'est pas cet objet, ces causes, dis-je, finissent par ébranler, par troubler les opérations de l’esprit, par en user les ressorts et le délire s’établit. Ce délire sera variable, c’est-à-dire aura des formes diverses, suivant les divers individus.
Notre but est de prouver que les pratiques spiritistes peuvent agir comme cause directe et efficiente de folie, et par conséquent que le spiritisme doit entrer dans le cadre étiologique des maladies mentales. Depuis quelques années l’hospice de l’Antiquaille de Lyon et les autres établissements spéciaux du département du Rhône ont donné asile à un assez grand nombre de malheureux, devenus fous pour avoir cherché la médiumnité. C’est parmi eux que nous avons pris nos observations.
Observation I. — Manie chronique! délire ambitieux.
M. Th..., 55 ans, né de parents inconnus, est cultivateur; tempérament très-nerveux; instruction primaire passable. Il est marié, sans enfant. Catarrheux depuis trente ans ; il est en outre sujet, depuis plusieurs années, à la dyssenterie tous les étés ; religieux sans exagération, Ircs-sobrc et de mœurs irréprochables, n’a jamais été gravement malade.
Au mois d’avril de 1861, cet homme, qui n’avait jusque-là donné aucun signe de dérangement dans les idées, commença à s’occuper de spiritisme et de médiums, d’abord sans y attacher de l’importance. Bientôt il annonça sérieusement à sa femme que sa main, guidée par les esprits, écrivait les réponses aux questions qu’on lui faisait ; on venait le consulter sur le sort des personnes mortes et sa main répondait malgré lui. Il n’eut que des idées délirantes à opposer aux sages observations de sa femme.
Pendant toute une nuit, et malgré ses sentiments religieux, il se mit à prêcher contre l’archevêque de Lyon et les prêtres du diocèse. Placé par sa femme dans l’établissement de Saint-Georges, à Bourg, il y resta trois mois sans éprouver aucune amélioration ; au contraire, il y devint avide et gourmand. A son retour chez lui , le délire persista. Th... soutint qu’il avait deux femmes, qu’il devait prêcher les préceptes del’agricülture, il ne reconnaissait plus scs amis. S’étant enfui plusieurs fois de son domicile , situé dans un des faubourgs de Lyon, il fut un jour arrêté par la police dans une de ses excursions et amené à l’Antiquaille le 28 oetobre 1861.
Dans cet hospice, l’état de Th... est resté le même. Th... s’est nommé lui-même inspecteur en chef des cultures ; c’est sous ce titre qu’il a visité, dit-il, la Hollande, l’Italie, en y prêchant et glorifiant les travaux des campagnes. Actuellement scs idées ne se sont pas modifiées. Outre sa passion pour la culture des champs, il sc croit prêtre , ange; il passe la journée à admirer le soleil. Il est parfaitement calme , parle peu, ne travaille jamais. Les fonctions organiques s’accomplissent très-bien.
Notre ami et collègue, M, Chambard, qui a recueilli cette observation, n’a trouvé comme cause de la folie de Th... que l’influence du spiritisme.
Observation II. — Manie aiguë, folie mutUanle ; mort.
M. Br..., italien, âgé de 38 ans, eélibataire, d’un tempérament nervoso-sanguin et d’un caractère très-gai. Rien du côté de l’hérédité.
Cet homme, qui est colporteur, parcourt chaque année les diverses grandes foires de la France. Tous les ans , il vient passer deux ou trois mois avec des parents qu’il a à Lyon. 11 ne revient jamais dans cette ville sans rapporter des fleurs et des plantes étrangères pour ses amis cl ses voisins, auprès desquels il passe pour
Irès-instruit et très-habile à guérir hou nombre tic maladies.
L’année dcrnicrc il assista très-souvent à des séances de spiritisme chez une médium de la me de Marseille, à la Guillotièrc, et il partit au mois d’octobre, la tête déjà exaltée, en emportant avec lui plusieurs ouvrages spiritistes. Personne n’avait plus entendu parler de lui, lorsque en juillet dernier, 11... fut ramené de lîeaucairc par la gendarmerie chez scs parents de Lyon. Le malheureux était devenu fou.
Dans son délire, il parle continuellement d’esprits , d’évocation, de médiums ; il écrit même des phrases entières sans grande signification, dictées, prétend-il, par son esprit familier.
(Dans la doctrine spiritistc, il existe pour chacpic individu vivant un esprit spécialement chargé de veiller sur lui).
Le 27 juillet, ayant été enfermé par scs parents dans leur atelier de scrnirerie, situé au rez-de-chausée. II... alla vers la fenêtre et soutint une longue dispute avec phisicurs esprits placés dans le soleil et qui l’injuriaient. Après cela, il déchira ses habits, s’élança contre les murs la tête la première, finit par s’échapper par l’imposte de l’appartement et se précipita tout nu dans la rue.
Saisi et contenu par quelques voisins, il est porté chez le commissaire de police qui refuse de s’en charger. Br..., alors laissé seul sur la voie publique , se dirige toujours tout nu vers le quartier des Terreaux où le poste militaire s'empare de lui. C’est en vain qu’on s’efforce de lui passer quelques vêtements : Br... met tout en pièces, et on est obligé de le lier dans un sac pour le transporter au bureau central de la police, où il est mis au cachot. Pendant toute la nuit il pousse des cris véhéments, se frappe la tête contre les murs de la prison avec une telle force qu’on entend les coups retentir dans les pièces voisines, et se dilacère le visage.
M. le docteur Sérullaz, appelé le 28 juillet au malin, pour eonstater l’état du prisonnier, trouva celui-ci appuyé contre la muraille, entièrement nu, sanglant, la lèvre inférieure pendante en un lambeau déjà noirâtre et ne souffrant aucunement de cette plaie fort irrégulière et à peine saignante. Transporté à l’Anliquaille, B..., pendant tout le trajet, ne cessa de fixer le soleil en menaçant les esprits qu’il s’imaginait y voir.
A son arrivée à l’hospice , nous constatons une gangrène superficielle du cuir chevelu au niveau de la suture sagittale, avec ecchymose des paupières. Agitation et loquacité extrêmes.
Si on demande à Br... pourquoi il s’est fait ces mutilations, il répond que sa famille a mis la première le pied dans la Gaule cisal-
piiic ; qu’elle fit alors un pacte avec un esprit nommé Cètre. Cet esprit puissant a voulu s’emparer de lui , et c’est dans la bataille qu’il a soutenue pour lui résister, qu’il a reçu les blessures que nous voyons. Du reste, B... s’estime tres-heureux d’en être quitte pour si peu de chose, car l’esprit aurait pu lui briser les reins. Br... est médium passionné. Souvent les esprits lui parlent, le font écrire malgré lui. Il nous assure que s’il n'avait pas eu un caractère de fer, il serait certainement devenu fou ; que l’étude du spiritisme est très-dangereuse pour le vulgaire, et que les livres des médiums devraient être brûlés.
Pendant les quelques jours que le malade passa à l’asile, son délire fut général avec prédominance très-grande des idées splritistes. Il chercha plusieurs fois à se faire de nouvelles mutilations pour obéir à l’esprit. Des symptômes graves ne tardèrent pas à se manifester du côté de la poitrine. B... mourut le 7 août d’une méningite compliquée de pneumonie et sans même avoir montré un seul instant un éclair de raison.
Cette observation nous prouve très-bien que, dans certains cas, le délire peut avoir une forme en rapport avec sa cause productrice. B... en est un frappant exemple.
Obs. III. — Délire aigu suivi de mélancolie.
M'ie S..., âgée de 29 ans, tailleuse, de Lyon. Cette femme, d’un tempérament l}Tnphalique, a toujours été bien menstruée ; elle a reçu une bonne instruction primaire, est très-pieuse, irréjirochable dans scs mœurs, d’un caractère peu expansif et mélancolique. Rien du côté de l’hérédité.
Au mois de février dernier, S... fut conduite par une de ses amies dans une réunion spiritiste. Vivement impressionnée par ce qu'elle vit dans ces séances où elle retourna plusieurs fois, elle ne parlait plus f[ue des esprits, de la réalité de leur existence, de leiir puissance, etc. Prise de dégoût pour son travail , elle aimait à s’enfermer seule dans sa chambre, à consulter les esprits, à écrire leurs réponses, leurs conseils. Nous possédons quelques feuilles de papiers sur lesquelles se trouvent des phrases écrites ainsi par elle sous l’influence spiritiste. En voici quelques-unes très-souvent répétées : « Prie pour moi, mon enfant ; le temple de Dieu ne s’est pas bâti en un jour ; la foi ne se donne pas ; je te le pi’omcts ; »
cl autres semblables, qui n'ont de signillcalion que pour celle (jiii les traçait.
Au mois de juillet dernier, S... devint plus sombre, plus concentrée en elle-même, et commença à donner des signes non équivoques d’aliénation mentale, à avoir des hallucinations. Elle entend dans sa poitrine des voix impérieuses qui lui commandent de se lever, de partir, d’injurier les acheteurs qui se présentent chez sa mère. Elle prétend , en outre, avoir la tète complètement creuse, soutient et prêche devant plusieurs personnes qu’elle est la sainte Vierge, la mère de Jésus-Christ, récite et commente des versets de l’évangile, etc.
Le 22 août, un accès de manie furieuse se déclare: M'I® S... menace de tuer tous ceux qui l’approchent, de se tuer ellc-racmc ; repousse et renverse trois personnes qui veulent la maintenir, essaie de mordre quand on la touche. Le lendemain , cette agitation extrême fait place à une légère prostration ; la raison ne reparaissant pas, Ml*® S... est remise aux mains de 31. le docteur Lacour, à l’hospice de l’Antiquaille, où elle est encore aujourd’hui en traitement.
31**® S... est calme, tranquille, ne répond à aucune question, ne prononce dans toute la journée que quelques mots incompréhensibles. Son visage pâli exprime la douceur et la mélancolie. Quand on lui parle de spiritisme elle se détourne, mais sans colère.
Les fonctions organiques s’accomplissent bien.
Obs. IV. — Délire aigu, mort.
31. F. R..., propriétaire cultivateur, 75 ans, habite, aux environs de Lyon, un village où il vit seul. C’est un homme encore très-vigoureux, qui paraît avoir toujours joui d’une bonne santé. Il est amené à l’Antiquaille le 10 décembre 1861, atteint d’un délire aigu très intense et tout à fait général. Le médecin qui l’a soigné chez lui attribue sa folie, qui date de trois jours seulement, à ce qu il « a voulu approfondir la nouvelle science ou doctrine religieuse des spirites. »
Au milieu d’une loquacité incohérente, on distingue bien les mots d’apparition, d’esprits, de médiums et autres analogues, mais ils ne peuvent être considérés comme constituant un caractère prédominant du délire.
L’état de ce malheureux s’est promptement aggravé ; des symp-
lômcs évidents de méningite n’ont pas tardé à sc manifester ; R... a succombé, le 17 décembre, sept jours après son entrée à l’asile.
Obs. V. — Manie aiguë, délire ambitieux,
Mlle V..., 43 ans , tempérament lymphalico-sanguin, pas d’enfants , a toujours été bien réglée. Elle a reçu une bonne instruction primaire et est très-pieuse. Caractère doux et paisible ; son père et sa mère sont morts très-âgés ; il n’y a jamais eu d’aliéné dans la famille.
Un de ses oncles, M. B..., capitaine retraité et goutteux, a fait les guerres de l’Empire. V... aime à lui faire raconter ses campagnes, à lire l’histoire de Napoléon et des grands guerriers. Jusqu’en 1862, elle a vécu de son travail de couturière.
A la fin de 1861, M. B..,, le capitaine, âgé de 77 ans, devient extrêmement perclus par suite de douleurs goutteuses compliquées /
d’une maladie de cœur. Mlle V... prodigue ses soins à son oncle qu’elle aime beaucoup, jusqu’à la mort de M. B..., arrivée le 6 janvier 1862.
Quelques jours après le décès de son mari, M™'‘ veuve B... entend ou croit entendre pendant la nuit et même pendant le jour de violents coups frappés sur les murs, sur les meubles, dans les armoires, derrière le portrait du défunt ; les portes s’ouvrent et se ferment avec fracas sans cause apparente. Mlle V... reçoit les confidences de sa tante et en reste vivement impressionnée. Enfin M*"® B... va consulter un médium. Par l’intermédiaire de celui-ci, l’esprit de M. B... vient écrire une lettre dans laquelle il réclame des prières, • des neuvaincs , raconte ses souffrances et finit par demander une pendule qui lui indique les heures , parce que le temps lui dure beaucoup dans le Purgatoire où il est encore enfermé.
La pendule demandée est envoyée par le médium à son destinataire !
M'Ic V... garde la lettre pendant toute une semaine, la commente sans cesse , y pense continuellement. Tout à coup elle devient sombre, commence à parler des morts, du diable, des esprits, etc.
Au n ois de février, elle est prise d’un accès de manie aiguë, dans lequel elle casse et brise tout dans le ménage, déchire ses habits , les rideaux, tout ce qui lui tombe sous la main, chante des chansons guerrières, d’autres en l’honneur de Napoléon, déclare qu’elle veut aller à la cour pour y suivre l’Impératrice, etc. C’est dans cette
posilion mcnlalc qu’elle csl amenée ù rAuliquaille, le 18 févricrl862,
Pcnilanl ([uiiizc jours environ, le même état sc inainlinl , parfois même on fut obligé de mettre à V... la camisole de force et de rattacher au fauteuil. Peu à peu cependant le calme revint, et un intervalle de trois mois s’écoula pendant lesquels si V... ne fut pas tout à fait lucide, elle eut du moins, jusqu’à un certain point, la conscience de scs actes.
Au milieu du mois de juillet , nouvel accès caractérisé par les mêmes phcnomcncs que le premier et très-intense. Le délire est général, avec prédominance d’idées de grandeurs. V... chante des chants de guerre, parle sans cesse de Napoléon qu’elle veut inviter à diner avec tous les autres souverains de l’Europe, va se marier avec l’empereur, etc. Agitation extrême, camisole et fauteuil.
Au bout de trois semaines, le délire sc calma, la raison reparut, et aujourd’hui V... est entrée en pleine convalescence.
Dans cette observation, la fréquentation des médiums n’a^pas été nécessaire pour produire la folie-, la simple lecture d’une lettre écrite sous l’influence spiritiste a suffi pour amener ce fâcheux résultat.
Obs. VI. — Manie aiguë, délire religieux.
F. X..., 42 ans, d’un tempérament nervoso-bilieux, d’un caractère un peu sauvage, est assez instruit , sans aucun sentiment religieux et, de plus, grand fumeur. Il n’y a jamais eu de fou dans sa famille ; lui-même s’est toujours très-bien porte. Il entre à l’Antiquaille le 5 septembre 1861.
X... habite le quartier le plus reculé des Brotteaux, c’est-à-dire une partie de la ville de Lyon où les médiums sont le plus en vogue et où presque tout le monde est plus ou moins spiritiste.
Ayant entendu parler des esprits et de leurs hauts /aits, X... se fit prêter les livres classiques de la doctrine de la médiumnité et se mit à les lire avec passion. U devint bientôt lui-même un médium écrivant et voyant. A la lin du mois de juin 1861, il commença à ne plus agir comme tout le monde, à sc singulariser dans ses faits et gestes ; enfin il eut des hallucinations de la vue et de l’ouïe : de temps en temps, et pendant qu’il travaillait sur son métier, une lumière éclatante venait frapper ses yeux et éclairer sa pièce de soie, puis tout retombait dans l’obscurité. Pendant plus de deux mois.
il vit constamment à ses côtés ou devant lui son esprit familier. Celui-ci l’accompagnait partout, à table, au travail ; à la promenade il indiquait à X... les endroits qu’ils devaient éviter. Cet esprit avait la forme d’un homme de belle stature, de longs cheveux bouclés flottaient sur ses épaules, et, particularité à remarquer, la partie de son corps située entre le nombril et le tiers moyen des cuisses était aériforme, n’existait pas.
D'autres fois X... entendait des voix qui lui donnaient des ordres sur un ton très-impérieux ; s’il n’obéissait pas sur le champ, il se sentait piqué comme par des aiguillons dans tout son corps ; s’il était docile, au contraire , la voix lui promettait de lui rendre sa vue de quinze ans.
Le délire de X... est général, mais cependant les idées religieuses sont très-dominantes, et néanmoins X... est loin d’être pieux.
Il nous déclare qu’à la suite d’une invocation faite par lui, sainte Cécile, la patrone des musiciens (X... joue passablement du violon), lui est apparue. Il confond Jésus-Christ et la sainte Vierge avec l’Empereur et l’Impératrice. X... parle lentement et beaucoup ; il se lance souvent dans des phrases d’où il lui est impossible de sortir. 11 s’imagine de voir Dieu, que Dieu lui parle constamment ; à chaque instant il s’entretient avec un interlocuteur mvisiblc. Avant de répondre aux questions qu'on lui fait, il prie Dieu de venir à son aide, de l’inspirer de sa sagesse, etc. Voici un spécimen de scs réponses les plus habituelles : « Je suis un grand prophète, un grand prophète que Dieu a envoyé dans un hôpital de fous pour y prêcher, en sept langues, la religion catholique, apostolique et romaine, la religion protestante, la religion mahométanc ; oui je sais et parle sept langues. » ^
Au bout d’un mois de traitement sous la direction du docteur Arlhaud, M. X... put retourner chez lui complètement guéri.
Il y a peu de jours, j’ai été voir l’ancien pensionnaire de l’Antiquaille. Je l’ai retrouvé dans un état de santé parfaite ; il ne s’occupe plus de spiritisme ; sa raison est intacte, et X... dirige en ce moment une importante maison fabriquant les tulles.
Chez tous les sujets des observations précédentes, nous disons que l’aliénation mentale a bien certainement été occasionnée pas le spiritisme.
Quand on voit, en effet, tant d’individus d’àge, de mœurs, d’éducation, de caractère et de tempérament différents , pour
aucun desquels il ne nous est possible d’invoquer l'intluence de la cause la plus puissante de toutes dans la genèse de la folle, c’est-à-dire l’hérédité; quand on voit ces individus arriver tous au même résultat, Ij^ folie, après s’ôtre tous abandonnés à la môme erreur, le spiritisme, il est impossible qu’il n’y ait dans ce fait qu’une simple coïncidence. Evidemment ici la même cause a produit les mômes elîets.
Et si on m’objectait que cette môme cause amène pourtant des délires différents, je répéterais ce que j’ai déjà dit au commencement de ce travail : que la nature du délire - ne dépend pas de la cause qui le produit, mais bien de l’état moral et physique du délirant. C’est pour cela que dans les cas cités plus haut, les formes du délire sont variables comme les sujets eux-mêmes.
11 en est ainsi non seulement pour la folie, mais encore pour tous les autres faits pathologiques ; la clinique ne nous prouve-t-elle pas, chaque jour, qu’une même cause agissant sur un grand nombre d’individus, peut amener chez chacun d’eux un même état morbide , modifié dans
ses formes suivant la diversité des constitutions, des tem-
péraments, des habitudes des sujets atteints ?
Ces observations ne sont pas les seules que nous pourrions apporter pour prouver le danger du spiritisme. Les autres établissements spéciaux du département ont reçu bon nombre d’aliénés dont la folie ne reconnaissait pas d’autres causes que la fréquentation des médiums. M. le docteur Carrier pour sa part, et depuis peu de temps, a déjà traité et vu guérir dans son service trois femmes que le spiritisme avait rendues folles ; et je crois qu’il est peu de médecins qui, dans ces dernières années, n’aient eu l’occasion de rencontrer de pareils cas.
Je veux répondre ici à cette remarque qu’on pourrait me faire, à savoir que je ii’ai rencontré des fous spiritistes que dans les plus humbles classes de la société. C’est vrai, et cela parce que à l’Antiquaille on ne reçoit, dans l’immense majorité des cas pour ne pas dire toujours, que des ma-
lades actuellement pauvres et indigents. Mais, indépendamment’des noms que nous citerons à la fin de ces pages, nous savons de bonne source que les portes d’une maison de santé des environs bien connue, renommée pour sa bonne tenue et principalement affectée à la richesse, n’ont pas toujours été fermées devant l’aristocratie, victime elle aussi, dans quelques-uns de ses membres, du culte des esprits .
On pourrait dire encore qu’eu égard au nombre de ceux, qui étudient ;et pratiquent le commerce des médiums, le nombre des fous est très-restreint. Cette opinion n’est pas fondée : les fous par spiritisme ne sont pas seulement ceux qu’on est obligé de renfermer dans des maisons spéciales. Il en est beaucoup, et nous en connaissons beaucoup qui pour n’être point encore arrivés au même degré que ceux dont nous avons raconté l’histoire, donnent journellement des preuves qu’ils ont été plus ou moins frappés dans leurs facultés intellectuelles, A cet égard la raison publique a depuis longtemps devancé la science.
En deuxième lieu, le spiritisme n’eùt-il produit qu’un seul cas de folie, ce malheur unique ne nous paraîtrait pas compensé par tous les avantages que les médiums promettent.
Ce n’est pas d’aujourd’hui seulement que le spiritisme s’est signalé en suscitant des désordres intellectuels chez ceux qui le cultivent. En Amérique, dans le pays même qui lui a donné naissance et où il est en si grande faveur, le nombre des cas d’aliénation mentale dont il est la cause est prodigieux. Voici ce qu’un journal des Etats-Unis déclarait en 1852.
« La plupart des médiums deviennent hagards, idiots, fous ou stupides et il en est de même de beaucoup de leurs auditeurs. Il ne se passe pas de semaine où nous n’apprenions que quelqu’un de ces malheureux s’est détruit par un suicide, ou est entré dans la maison des fous. Les médiums donnent souvent des signes non équivoques d’un état anormal dans leurs Facultés mentales, et chez cer-
lains d’cnlrc eux on trouve des signes non équivoques d’une possession véritable par le démon. Le mal se répand avec rapidité, et il produira d’ici à peu d’années d’atlVeux résultats. » (Boston Pilot, le>- juin 1852 ; traduit par M. L. Figuier, dans l’Histoire du merveilleux).
En France, des individus appartenant aux classes élevées de la société n’ont-ils pas aussi été victimes de la funeste puissance du spiritisme ? Un avocat de Paris, Victor llennequin, qui s’était mis en rapport avecl’àme de la terre par le moyen des tables et qui sous l’influence du spiritisme écrivit l’opuscule intitulé: Sauvons le genre humain, mourut dans une maison de fous, après avoir fait enfermer dans une autre sa femme devenue folle avant lui par la même cause. Un savant distingué. Girard de Caudemberg, ancien ingénieur des ponts-et-chaussées mourut également fou, en 1858, après avoir publié un livre spiritiste intitulé : « Le monde spirituel. »
Dans toutes les classes de la société la doctrine des esprits a trouvé des adeptes et des victimes, et malheureusement la prédiction du journal que nous citions tout à l’heure s’est entièrement réalisée.
Le moment est venu de dire à quelles influences , à quelles causes nous attribuons le succès du spiritisme.
Nous ne dirons pas avec l’auteur du livre des Esprits que le spiritisme s’est si vite répandu parce qu’il « adoucit l’amertume des chagrins de la vie, calme les désespoirs et les agitations de Pâme, dissipe les incertitudes ou les terreurs de l’avenir, arrête la pensée d’abréger la vie par le suicide etc. » Il faudrait prouver toutes ces assertions, ce qui n’est pas facile. Non, les causes de ce regrettable progrès ne sont pas là, il faut les chercher ailleurs.
Les causes de la propagation du spiritisme sont les mêmes, modifiées toutefois par les mœurs et les connaissances de notre temps, que celles sous l’influence desquelles grandirent et se propagèrent dans les siècles antérieurs plusieurs épidémies intellectuelles analogues, telles que la dernonolàtrie en Lombardie (1504), en Lorraine (1580), dans
le Jura (1598) et en Espagne (1630) ; le vampirisme en Pologne, en Hongrie et en xMoravic (1700-1740) ; et il y a à peine trois ans, (1859) une épidémie d’hystérodémonopatliie, observée à Morzine (Haute-Savoie) et relatée avec soin dans la Gazette médicale de Lyon, par notre maître, M. le docteur Arthaud.
Ces causes se trouvent « dans ce goût du merveilleux si anciennement et si universellement répandu 5 dans le progrès d’autant plus rapide des superstitions qu’elles ont été plus absurdes. (Foderé, Traité du délire). »
« Cet amour du merveilleux, dit M. Figuier, n’est pas particulier à notre époque; il est de tous les temps et de tous les pays, car il tient à la nature même de l’esprit humain. Par une instinctive et injuste défiance de ses propres forces, l’homme est porté à placer au-dessus de lui d’invisibles puissances s’exerçant dans une sphère inaccessible. Cette disposition native a existé à toutes les périodes de l’histoire de l’humanité, et revêtant, selon les temps, les lieux et mœurs, des aspects différents, elle a donné naissance à des manifestations variables dans leur forme, mais tenant au fond à un principe identique. »
Si donc l’homme est naturellement enclin à avoir des croyances religieuses , les croyances anciennes s’étant fortement affaiblies par suite des attaques dont elles ont été l’objet et du ridicule qu’on a jeté sur elles, la naissance d’une multitude d’essais religieux plus ou moins ingénieux se trouve expliquée et justifiée. C’est pour cela qu’après tant d’autres doctrines disparues est venue la doctrine des esprits.
A ces causes générales ajoutons, pour le spiritisme en particulier, quelque chose d’attrayant et de séduisant pour les âmes sensibles et un appât pour les âmes avides : c’està-dire pour les premières, la presque certitude que le spiritisme donne de nous faire connaître le sort de ceux que nous avons aimés et perdus ; pour les autres l’espérance d’apprendre des choses relatives et précieuses à leurs intérêts matériels, car les esprits doivent naturellèment tout
•connailre el on peut leur faire toutes sortes de questions. De plus, ne passons pas sous silence l’habileté qu’ont eue les auteurs delà secte de n’attaquer, de ne toucher en rien la politique et la religion.
Cette dernière môme leur prête à son insu un utile concours. Et de fait, lorsque de par les livres saints, nous, catholiques, protestants et autres membres de la grande famille chrétienne, sommes tous obligés d’ajouter foi aux apparitions célesto-corporelles des saints, des anges, de Dieu lui-même et à d’autres prodiges encore plus surprenants, notre intelligence n’est-elle pas comme un terrain tout préparé pour recevoir dans son sein, y faire germer et fructifier la bonne semence des médiums? Assurément notre éducation religieuse nous excuserait presque de croire aux chimères du spiritisme. Mais hàtons-nous d’ajouter, afin que personne ne se méprenne sur notre pensée, que : « Ce n’est pas la religion, mais c’est la superstition qui engendre la folie » (Parchappe).
Si dans les autres parties de la France les cas de folie causés par la doctrine des médiums sont aussi fréquents que dans le département que nous habitons, et il n’y a pas de raison pour qu’il n'en soit pas ainsi, il nous semble hors de doute que le spiritisme peut prendre place au rang des causes les plus fécondes d’aliénation mentale.
Toutefois, si nous sommes affligés de voir tant de malheurs produits par une cause aussi vaine, ce qui nous rassure, et nous console, c’est de penser que le spiritisme ne reposant pas sur des bases solides, sur le bon sens qu’il choque, ne pourra jamais devenir une doctrine universelle et durable. Il sera tôt ou tard réduit à l’état de secte n’ayant pour soutien que l’orgueil aveugle de ses adeptes. Le sens commun qui ne peut manquer de revendiquer ses droits en fera bonne justice. Le spiritisme disparaîtra comme ont disparu avant lui les anciennes superstitions dont il n’est en réalité que la continuation sous une autre forme. Seulement il est bien probable que quelque nouvelle erreur lui succédera et ainsi de suite.
Quoi qu’il en soit, on ne saurait dès aujourd’hui apporter trop de soins à fixer des limites aux spéculations si honteusement heureuses des médiums, à entraver leur marche envahissante et par là à diminuer leur fatale influence. Est-ce à dire que pour ce faire nous réclamions l’intervention de l’autorité publique ? Cette pensée est bien loin de nous. Ne donnons pas au spiritisme le prestige d’une persécution qui ne ferait que grandir son succès.
C’est à la science, principalement à la science médicale et aux saines doctrines religieuses de combattre cette ridicule innovation américaine, puisqu’elle a pris parmi nous la dangereuse importance d’une épidémie et presque l’autorité d’un dogme.
D’autre part et surtout, les pères et mères de famille, les chefs d’ateliers, etc.,devraient avoir la prudence de veiller à ce que leurs enfants ou leurs employés ne se rendissent jamais dans ces réunions spiritistes appelées des groupes, et dans lesquelles le péril pour la raison n’est certainement pas le seul à craindre.
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