‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 118 sur 210 · ZONES VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

ZONES VÉGÉTALES

Le savant naturaliste d’Avignon, llcquien, avait parfaitement reconnu les dilTérentes zones végétales du Ventoux, et il voulut bien m’aider de ses conseils pour ma première exploration en 1836. De loin, l’œil ne distingue pas ces zones; il ne reconnaît qu’une bande brune qui semble couper la montagne par le milieu : c’est la forêt de hêtres, qui occupe la région moyenne.

Cependant ces régions végétales sont bien définies et caractérisées par l’existence de certaines plantes qui manquent dans les autres. On compte six régions sur le versant méridional, cinq sur le versant septentrional (1). Nous commencerons par le versant sud, celui qui se confond à sa base avec la plaine du Rhône. Toutes les jilantes de la plaine appartiennent à la région

(t) Voyez l’énumcralian complète de toutes les espèces dc.ces zones végétales dans le Mémoire inséré au tome VI de la 2° série des Annales des sciences nalui elles, année 1K:I8.

ZONES VEGETALES. . 419

la plus basse : elle se caractérise très-bien par deux arbres, le pin d'Alep et l’olivier. Tous deux sont propres au bassin méditerranéen, autour duiquel ils forment une ceinture interrompue seulement par le delta de l’tigypte. Le pin d’Alep se trouvesur toutes les collines qui longent le pied méridional du Ventoux ; il ne dépasse pas 430 mètres au-dessus du niveau de la mer. L’olivier monte plus haut, mais n’est plus cultivé au-dessus de 500 mètres. Sous ces arbres, on rencontre toutes les espèces méridionales qui forment le fond de la végétation provençale : le chêne kermès, le romarin, le genêt d’Espagne, le Dorycnium suffruticosum. — L'ne zone étroite succède à celle-ci: ^ elle est caractérisée par le chêne vert, celui-là même qui est si favorable à la production de la truffe. Cet arbre ne dépasse guère 550 mètres; mais les semis opérés depuis quinze ans en élèveront probablement la limite altitudinale. Au milieu des taillis, on trouve la dentelaire d’Europe, le genévrier cade, le grand euphorbe characias, le Psoraiea à odeur de bitume, etc.

Une région dépourvue de végétaux arborescents vient immédiatement après les deux premières. Le sol est nu, pierreux, généralement inculte; cependant çà et là on remarque des cham[)S de pois chiches, d’avoine ou de seigle, dont les derniers sont à 1030 mètres au-dessus de la .Méditerranée; mais un arbrisseau, le buis, doux sous-arbrisseaux, le thym et les lavandes, une autre labiée herbacée, le Nepeta gravvolens, et le dompte-venin {Vincetoxicum o/ficinnle), dominent pour la taille et le nombre. C’est dans cette région que les tentatives de reboisement au moyen des chênes et des pins maritimes se pomsuivenl avec succès. 11 faut s’élever jusqu’à 1150 mètres pour retrouver de nouveau la végétation arborescente : elle se compose de hêtres. D’abord épars et soüs forme de taillis, ils sont plus grands à partir de 1240 mètres, surtout dans les ravins profonds, véritables vallons qui les abritent du vent. Quelquesunes de ces gorges offrent un aspect charmant : des escarpe-

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l,E MONT VF.NTOr.K.

ments pittoresques les dominent, de bc.iux bouquets de hêtres aux troncs marbrés de lichens blancs se groupent à leur pied, un vert gazon entretenu par riiumidité du sol tapisse le fond de la combe. Des perspectives s’ouvrent d’un côté vers les arêtes nues de la montagne, de l’autre vers la plaine fertile; les eaux du Rhône scintillent au loin; l’air est traversé par les abeilles bourdonnantes qui s’échappent des ruches étagées au midi contre les rochei's. Le thym et les lavandes exhalent leurs parfums pénétrants lorsque le pied du voyageur vient à tes fouler. L’œil est charmé de ce contraste qu’on ne trouve que dans le Midi : une belle verdure due à la fraîcheur du sol, sous un ciel bleu et avec un air sec, chaud et transparent. Au printemps, en automne et pendant les pluies d’orage de l’été, ces ravins sont des torrents éphémères, mais terribles, qui entraîneraient le voyageur et ses chevaux comme des brins de paille; mais te torrent passe vite, le sol est imbibé d’eau, le soleil luit, et la végétation reprend avec une vigueur nouvelle.

Les hêtres montent jus<iu’à 166Ü mètres. A celte hauteur, les dépressions sont peu profondes, et les arbres, exposés à l’action déprimante du vent qui les couche sur le sol, ne sont plus que d’humbles buissons, à branches courtes, dures et serrées. Un pareil buisson, semblable à une boule ou à un matelas étendu parterre, est souvent aussi vieux que de grands hêtres qui élèvent dans le ciel leur cime orgueilleuse. Un certain nombre de plantes habitent la région des hêtres. Plusieurs appartiennent à la zone subalpine des montagnes de l’Europe moyenne, et ne descendent jamais, dans la plaine. Tels sont le nerprun, le groseillier, la giroflée, la cacalie et l’oseille des Alpes, l’amélanchier commun, l’antliyllide des montagnes, etc.

A la hauteur de 1700 mètres, le froid est trop vif, l’été trop court et le vent trop violent, pour que le hêtre puisse encore subsister; aussi sur le Ventoux, comme dans les Alpes et les Pyrénées, un arbre «le la famille des conif«*res est-il le dernier

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