I.K SPITZBEKG
qui devait ouvrir une route nouvelle au commerce de sa patrie. Cependant Cornelis était remonte dans le nord, et s’était retrouvé sur les cétes du Spitzbcrg par 80° de latitude, près de nie Amsterdam, on son navire avait jeté l’ancre le mois précédent.
Rn 1607, un Anglais, Henri Hudson, reconnut dans un même voyage la cète est du Groenland jusqu’au 73’ degré de latitude, et la côte occidentale du Spi^tzberg, et il s’avança en mer presque jusqu’au 82’, où il fut arrêté par la banquise. Dans les années qui suivirent. Jones Poole, Robert Folherby, et un grand nombre de baleiniers basques, hollandais et anglais, visitèrent le Spitzberg.
En 16111, Badin et Fotherby poussèrent jusqu’au 80* degré, débarquèrent sur la banquise qui tenait à la terre, s’avaneèrent à pied vers le nord-est, et furent arrêtés par une barrière de glaces infranchissable, à huit lieues du point où ils avaient abordé.
Pendant tout le cours du wii* siècle, de nombreux baleiniers fréquentaient les c(Mes du Spitzbcrg. De juin à septembre, les baies des parages septentrionaux étaient animées par un grand concours de marins actifs et résolus ; chaque nation avait la sienne. Des villages composés de maisons en planches apportées par les navires s’élevaient comme par enchantement : le plus beau était celui de Smeerenberg ; les Hollandais y retrouvaient les estaminets d’Amsterdam, et un quartier appelé Haarlemerccokery était consacré à la fonte de la graisse de baleine. Vers l’automne, ces colonies temporaires disparaissaient ; maisons et habitants retournaient en Hollande. En 1633, sept hommes passèrent l’hiver, et furent retrouvés sains et saufs. L’année suivante, sept autres voulurent braver les mêmes périls. Le soleil disparut le 20 octobre ; un mois après, un d’eux présenta des symptômes de scorbut, et succomba le 2U janvier, .\tteints tous successivement de cette cruelle maladie, ils cessèrent le 26 fé-
DÉCOIVERTE ET EX l' LOU ATI ONS.
vrier d’écrire leur journal. Celui qui le rédigeait traça d’une main tremblante ces dernières lignes : a Nous sommes encore quatre couchés dans notre cabane, si faibles et si malades, que nous ne pouvons plus nous aider les uns les autres. Nous prions le bon Dieu de venir à notre secours et de nous enlever de ce monde où nous n’avons plus la force de vivre. » Ces tentative.s et celles qUe font encore les chasseurs russes prouvent qu’il est possible d’hiverner au Spitzberg. Je pense comme Scoresby, que dans une habitation convenable en bois, avec de la houille, des conserves alimentaires et du vin généreux, un pareil hivernage ne présenterait pas de sérieux dangers.
Parlons actuellement du voyage qui a le plus contribué à faire connaître le Spitzberg : c’est celui d’un baleinier hambour* geois appelé Fiédéric Martens. Sorti de l’Elbe le 15 avril 1671, il revint le 29 août. Après avoir reconnu l’ilc de Jan Mayen, il s’était dirigé vers le nord du Spitzberg, avait chassé les baleines sur la cote nord-ouest, entre la baie de la Madeleine et le détroit de Hinlopen, et s’était avancé jusqu’au 81' degré de latitude. Il descendit à terre à Magdalena-bay, à Fairhaven, à Smeerenberg, à la baie des Moules {Mussel-bay), et au havre Sud {Zuidhaven). Sa relation est fort complète. Il décrit le Spitzberg, puis traite de la mer, de la glace, de l’air, des plantes, des animaux ; donne les détails les plus intéressants et les plus véridiques sur les mœurs et la pêche de la baleine ou des grands cétacés que l’on trouvait sur les côtes du Spitzberg à cette époque {!).
La pèche attirait toujours un grand nombre de navires dans ces parages; mais les navigateurs, les explorateurs des mers polaires se dirigeaient vers les côtes septentrionales de l’Amérique, à la recherche de ce passage de l’Atlantique dans la mer
(t) Jlecueii de Voiages au Nord, l. II : Journal d’un voyage au Spitaberghen, par Frédéric Martens (de Hambourg), suivi d'une detcriplion de Spil3btrghen. In-18, Amsterdam, t71S, avec 17 planches.
LE SPITZBERCi.
Pacifique, dont Maclurc devait achever la découverte de nos jours.
Le premier voyage purement scientifique sur les côtes du Spitzberg est celui de Jean-Constantin Phipps (1), depuis lord Mulgrave, et de SkeffingtonLutwidge, sur les navires \e Race-hor$e et la Cnrcasn, accompagnés de l’astronome Lyons et du physicien Irving. Le but de l’expédition était de s’approcher le plus possible du pôle boréal. Les navires sortirent le 2 juin 1773 de la Tamise, et découvrirent la côte méridionale du Spitzl)crg le 28 au soir. Le h juillet, ils mouillèrent dans une petite baie au sud de celle de Hambourg ; s’avancèrent ensuite par 80“ 48', où ils furent arrêtés par la banquise, et de là dans l’est vers les Sept- Iles, naviguant toujours au milieu des glaces flottantes. Les 5, 6 et 7 août, ils coururent les plus grands dangers ; les navires, entourés de glace, restèrent immobiles, malgré les efforts des deux équipages. Déjà les embarcations étaient à la mer et parées, lorsqu’on s’aperçut que les glaces se mettaient en mouvement et entraînaient les navires vers l’ouest. Le 10, ils se trouvaient en pleine mer. Naviguant désormais dans une mer libre, ils étaient de retour en Angleterre au milieu de septembre. Phipps a abordé sur plusieurs points du Spitzberg, au sud de la baie de Hambourg, sur Plie d’.àmsterdam , sur Waldenisland, sur l’ile Basse [Lmt' island] et à l’ile Moffeii. C’est le premier voyage où l’on ait fait des observations météorologiques régulières. Le docteur Irving s’efforça de déterminer la température de la mer à diverses profondeurs avec un tbermomètre imaginé par Cavendish, et Lyons mit à l’épreuve plusieurs méthodes pour déterminer la position du navire par l’estime et le chronomètre. Dans su relation, Phipps donne un journal circonstancié de son voyage, tous les détails des observations et des expériences, et enfin une liste, avec figures, des animaux et des végétaux observés pendant la campagne.
(1) goyoffe toieord» the Sorth-pole, 1774, traduit en trançais en 177.S.
DKCOUVEBTF.j F.T EXPLORATIONS. «3
Au commencement du xrx* siècle, nous trouvons une série de voyages exécutés par un seul navigateur qui, pour le nombre, l’exactitude et la variété des travaux accomplis, ne peut être comparé à aucun de ses prédécesseurs, et ne sera jamais dépassé comme obser\'ateur. William Scoresby, fds d’un capitaine baleinier, fit dix-sept voyages au Spitzberg. Trop jeune pour se livrer à des recherches suivies pendant les premiers, ce sont les résultats des douze derniers, entrepris dans les années comprises entre 1807 et 1818, qui forment la matière de l’excellent ouvrage qu’il a publié sur les mers arctiques (1). Quand on réfléchit que Scoresby était lui-même un baleinier des plus entreprenants, on ne peut s’empêcher d’admirer comment il a su acquérir les connaissances nécessaires et trouver le temps indispensable |M)ur tracer un tableau complet du Spitzberg, de ses mers, de ses glaces, de son climat et de ses productions naturelles. Pour se faire une juste idée de son exactitude et de sa sagacité, il faut avoir revu ce qu’il a vu et contrôlé ce qu’il a écrit. Gomme les voyages de de Saussure, avec lequel il a les plus grands rapports par l’ingénuité des observations toujours exemptes d’idées préconçues et une certaine timidité dans les conclusions, son livre sera toujours le point de départ de toute recherche scientifique dans les mers arctiques. Les résultats plus nombreux et plus exacts obtenus par ses successeurs sont dus, non pas à leurs qualités personnelles, mais aux instruments plus parfaits et aux méthodes plus exactes que les progrès incessants de la physique ont mis à leur disposition. De même, les géologues qui parcourent les Alpes n’observent pas mieux que de Saussure, mais savent plus que lui. Scoresby est le de Saussure des mers arctiques, et je suis assuré que tous ceux qui ont visité 5 la fois les Alpes et la mer Glaciale confirmeront ce jugement.
(1) An Account of the arlic régions, wilh an hislory and description of the Northern whalefishery, iUustrated by tvoenty-four engravings. 2 vol. in-«% 1820.
6t ■ LE SPITZBERG.
En 1807, le Skannon, sous les ordres du capitaine Brockc, Ht une reconnaissance des côtes occidentales du Spitzberg, qui a servi de base à la géographie et à l’hydrographie de ces parages.
Mentionnons seulement pour mémoire le voyage infructueux de la Dorothée, commandée par le capitaine David Buchan, et du Trenl, sous les ordres du lieutenant John Franklin, qui a trouvé, il y a vingt ans, une mort glorieuse en tentant de découvrir ce passage du nord-ouest que lui-même, Ross et Parry cherchèrent vainement pendant si longtemps. Les deux navires, partis des lies Shetland le 27 mai 1818, atteignirent le 80' degré près du Spitzberg. La banquise formait une barrière infranchissable : retenus pendant huit jours dans les glaces, ils vinrent mouiller à Fairbaven. Une seconde tentative, où ils s’élevèrent jusqu’à 80* 32', ne fut pas plus heureuse; et, .après avoir essuyé un terrible coup de vent au milieu des glaces flottantes, ils regagnèrent la baie de Smeerenberg, y restèrent un mois pour réparer leurs avaries, et revinrent en Angleterre le 10 octobre.
Cet insuccès ne découragea pas l’amirauté anglaise, qui envoya en 1823 la corvette le Griper sur les côtes du Spitzberg : elle était commandée par le capitaine Clavering, le lieutenant Forster, et portait le capitaine, depuis général d’iirtillerie, Sabine, qui devait faire et fit en effet d’importantes expériences avec le pendule pour la détermination de la figure et de la densité de la terre, avec le baromètre pour la mesure des Iiauteurs, puis des observations variées sur la température, la végétation, etc. Le Grifter, parti en mai d’Angleterre, séjourna ^dans Fairbaven par 79“ à6' de latitude^ et revint par les côtes orientales du Groenland, qui furent explorées du 72' au 76' degré de latitude.
Phipps et Scoresby avaient émis l’opinion que la banquise qui arrêtait tous les navigateurs dans leurs tentatives pour atteindre le pôle nord formait une plaine unie sur laquelle on
l)i;COi:VF.KTF KT KXPLOltATIONS.
pourrait s’avancer à pied ou eu traîneau. Cefle idée frappa l’imagination d'Édouard Parry. Il n’était âgé que de trente-sept ans, avait déjà fait quatre voyages dans le Nord et passé deux liivere au fond de la mer de Batlin, l’un à l’ile Melville, l’.autre à Portlt<jwen, dans le détroit du Prince-Régent : nul homme n'était tlonc mieux préparé que lui pour une pareille expédition. Le 27 mars, il partit sur VUecla, toucha à Hammerfest, reconnut la pointe d'IIackluit le \h mai, entra dans Magdalena-hay, et après plusieurs bordées vers le nord, il laissa son navii'e ilans Hecla-cove, anse de la baie de Tveurenhvrg. VUerla y resta du 20 juin au 28 août, pendant que Parry cherchait avec ses embarcations et des traîneaux à s’avancer vers le pôle sur la ban- (|uise : malheureusement celle-ci était entraînée vers le suil, tandis que Parry et ses compagnons marchaient vers le nord. Après trente et un jours de fatigues inouïes, ils ne se trouvaient que par 82° h'i' de latitude. Pousser plus loin sur cette banquise, qui n’était |K)int une surface unie comnuîPhipps et Scoresby l’avaient jugé de loin, mais une espèce de glacier hérissé de pointes séparées par des crevasses et des intervalles où la mer était libre, eût été à la fois impossible et inutile, puisque la banquise dérivait vers le sud à mesure que Parry s’avançait vers le nord. Parry revint donc à Hecla-cove, le 20 août, après avoir visité la plupart des Iles les plus septentrionales du Spitzberg; savoir : Aoïc island, Walden-iiland, l’ile Moffen et enfin LUtle-Table iiland et /{os»-inlet, la plus boréale de toutes.
L’intéressante relation de Parry (1) est suivie d’un appendice contenant : quatre mois d’obsenations météorologiques faites dans les mers du Spitzberg, à Hecla-cove, j>ar latitude 79° 5.5', et pendant son excursion sur la banquise; des mesures de la température de la mer à diverses profondeurs, que j’ai discutées
(I) An Allempt la reach thf \ortli-i>ole. In-A°, 1SQH