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veut les blocs de roche qu'on trouve dans les environs de celle ville, el qui sonl Iropgros pour que l’eau ail pu les y amener. » En parlant ainsi, Perraudin ne se doutait guùre avoir fait une grande découverte et résolu, à force de bon sens, un problème que le génie des plus célèbres géologues, armé de toutes les ressources de la science, avait abordé sans succès.
Heureusement le savant auquel il venait de communiquer le résultat de ses observations solitaires était un homme pratique, plus soucieux de faits que île théories. Le germe que le paysan avait jeté dans son esprit s’y développa librement, et l’idée d’une ancienne extension des glaciers au delà de leurs limites actuelles devint pendant vingt uns l’objet constant de ses recherches et de ses méditations. Un ingénieur de ses amis, M. Venetz, avait été amené de son côté aux mêmes vues par l’étude des bl ocs erratiques du Valais. Enfin, en 183ti, lorsque sa conviction fut conqilèfe el appuyée sur des preuves nombreuses et irrécusables, M. de Char|)entier (car c’était lui qui avait été le confident de l’erraudiii)émilses opinions au congrès des naturalistes suisses réunis à Lucerne. Comme toute idée nouvelle, celle-ci fut accueillie avec froideur ou rejiousséc avec dédain ; mais, comme c’était une vérité, elle fil son chemin toute seule, el aujourd'hui c’est une des questions les mieux élucidées de toutes celles qui ont agité le public géologique. Cràce aux nombreux travaux publiés sur ce sujet (1), le pliénoinèiie observé d’aburd dans les Alpes a jeris les proportions d'une
(1) l*.irmi CCS trav.nux, nous citerons ceux ilc MM. Agassiz, Desor, A. CiiVol. J. Forbes, Studer, A. Eselicr de la Untli, itiancliet, Alpti. Favre, do Mortillet, Hogard, Tyndall, Rainsay, llecr, Castaldi et Oniboni, dans les Alpes ; Leblanc, Renoir, Hogard et E, Collondi, dans les Vosges; Agassi/., Lyell, lliickland, ‘Smith, Maclaren, Ramsny, en Ecosse, en Angleterre et en Irlande; Al. tlrongniart, Sefslroem, Keilhau, Riitliling, Siljestroem, Daubréc, Murcliison, de Vcmeuil, Durochcr, Kjerulf, Nordcnskitild el A. Torell, en Finlande cl en Scandinavie; Agassi/, Desor, Hilclirork el Darwin, en Amériipie; Hoclisteller, à la Nunvrlle-/.ÿlande,etc.
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longue période de froid qui a régné sur une portion considé-^^ rablc des deux liémispliùres. Si le génie de l’homme peut s’élever un jour à la cause de celle époque glaciaire, il aura jeté la plus vive lumière sur la dernière phase de l’hisloirc géologique du globe, sur l’époque mystérieuse immédiatement postérieure à l’apparilion de rtionime à la surfare de la terre, et sur ces déluges dont la trace se retrouve dans toutes les traditions des peuples, en Kurope, en Asie et dans les deux Amériques.
La relation intime qui lie ces deux phénomènes entre eux ne saurait être niée, car elle nous est attestée à la fois par le raisonnement et par l’observation. Néanmoins nous ne poursuivrons pas l’étude des phénomènes glaciaires dans tous les p.ays où ils ont été signalés; nous nous bornerons à les étudier dans les Alpes, où les faits, bien connus et mieux appréciés, peuvent être vérifiés chaque année par de nombreux voyageurs.
Les glaciers de la Suisse et de la Savoie ont-ils toujours été circonscrits dans leurs limites actuelles, ou se sont-ils étendus autrefois dans les grandes plaines qui environnent la chaîne des Alpes? Tel est le problème réduit à sa plus simple expression. Mon but est d’exposer les faits sur lesquels s'appuient les partisans de l’ancienne extension des glaciers. Pour faire accepter cette idée, ils ont eu à combattre, chez les savants, des convictions anciennes, appuyées sur les autorités les plus irrécusables en géologie; chez les gens du monde, le témoignage de la tradition biblique et celui de tous les sens, qui se révoltent à la seule pensée que ces plaines si fertiles et si peuplées aient été ensevelies pendant de longues périodes de temps sous un immense linceul de neige et de glace. Les uns et les antres ont le droit d’exiger des preuves nombreuses et positives. Ces preuves existent; mais, avant de les examiner, il est indispensable de posséder quelques notions sur les glaciers actuels; car la méthode suivie par les géologues auxquels on doit les résultats que nous allons exposer a toujours été celle que Constant
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PivvosI et Lyell ont inirnduile diins la fieienee, cl qui peut se • résumer en ces mots: « liludier le mode d'aclion des éléments naturels que nous voyons fonctionner sous nos yeux, et comparer les effets qu’ils produisent à ceux dont la surface du globe a conservé l’empreinte. » En procédant ainsi , nous verrons que partout, dan^ les vastes plaines qui environnent les Alpes, on rencontre les traces de ces glaciers gigantesques dont ceux d’aujourd’hui ne sont, pour ainsi dire, que la miniature. Cependant, quoique réduits à de faibles dimensions, les glaciers actuels nous offrent en petit tous les phénomènes que les nappes de glace présentaient jadis sur une plus grande échelle. Les effets sont les mêmes, et de leur identité nous pourrons conclure à celle des agents qui les ont produits.
nés GI.ACIERS ACTfEI.S.
Du haut des crêtes du Jura qui dominent le bassin du Léuian, on embrasse d’un seul coup d’œil toute la chaîne des Alpes, depuis le Valais jusqu’en Dauphiné. La masse colossale du Mont-Blanc, .assise sur sa large base, s'élève majcslueusemenl au-slessus de cette longue arête dentelée. Les plus hautes cimes se distinguent dos sommets moins élevés par la blancheur éclatante des neiges qui les recouvrent. En été, la linéite inférieure de ces neiges perpétuelles forme une ligne droite horizontale, parfaitement tranchée, qui contraste avec la somhre verdure des forêts étendues au pied des montagnes. Cette ligne, c’est celle des neiges éternelles. .Au-dessus, l’Iiiver règne seul; audessous, les saisons suivent leur cours régulier. Au-dessus, la vie existe à peine et est représentée seulement par quelques plantes alpines et quelques insectes éphémères; au-dessous, elle se manifeste sous mille formes variées, depuis les plus hautes régions où s’aventurent le pin cemhro H le chamois jus-
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qu'aux plaines habitéfs par les hommes, où les moissuiis jaunissent et où la vigne mûrit scs fruits.
En Suisse, la limite inférieure des neiges perpétuelles est à 27(H) mètres au-dessus du niveau de la mer; mais, en s’approchant des Alpes, en pénétrant dans les vallées étroites qui découpent les massifs principaux, tels que ceux du Mont-Blanc, du Mont-Hose, du Saint-tlothard et de la Jungfrau, on s’aperçoit que cette limite ti’cst pas une ligne droite, comme elle le parait, quand on la considère de loin. Les champs de neiges éternelles émettent, pour ainsi dire, des rameaux qui descendent dans les vallées, sous la forme de masses de glace semhlahles à des torrents congelés. Ces masses sont des glaciers. Leur pied est souvent à plus de 1500 mètres au-dessous de la limite des njjiges perpétuelles, et avoisine quelquefois de grands villages, tels que ceux de Chamounix, de Courmayeur et de Grindelwald, dont la hauteur moyenne est de 1120 mètres audessus de la mer. Toutefois il existe un grand nombre de glaciers qui ne descendent pas aussi bas, et s’arrêtent sur ces pentes élevées, où l’on ne trouve plus que des chalets épars, habités pendant quelques mois.de l’année seulement.
Quelles sont les relations qui existent entre ces glaciers et les champs de neige auxquels ils se rattachent? C’est la première question que nous devons examiner. La science l’a déjà résolue. En hiver, au printemps et en automne, il tombe sur les sommets des Alpes des masses de neige considérables (1). Ces neiges, chassées par les vents, emportées par les tourbillons, s’accumulent surtout dans les grandes dépressions qui avoisinent les hautes cimes. Ces dépressions sont connues sous le nom de cirques, car elles se terminent ordinairement par une
(1, I..1 liaiilcur lie b neige Inmln'e au C.riinsel, à 1800 mètres iii-ilcssus de la mer, a èlé de IC", 00, depuis le mois de novembre 1815 jus<iu'au moi.s d'avril 1810. I.a coiiclic d'eau rèsullant de la fusion de celle neige aurait eu l"’,in d'épais; cui.