‹ Du suicideChapitre 15 sur 52 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

des suicides

à la

popidation.

MoYeiiiie

"de

5Zi3,/i23 23,632 11,157 9,663 6,638 6,162 5,197 /4,660 Zi,5/i2

Ces chiffres n'ont pas besoin de commentaire, et nous pouvons désormais regarder comme un fait acquis a la science, que le nombre des sui- ?< cides augmente constamment depuis V enfance jusqu'à V extrême vieillesse. II serait donc plus vrai de dire, contrairement a l'opinion d'Esquirol et de M. Falret, que la vieillesse amène très fréquemment avec elle, en même temps que son cortège ordinaire d'infirmités physiques et morales, un dégoût profond de la vie, un désespoir incurable qui, trop souvent, aboutissent au suicide.

i \. De l'inflaence des sexes sur la production du suicide .

Tous les observateurs qui ont écrit sur le suicide , s'accordent a reconnaître qu'il est beaucoup plus fréquent chez les hommes que chez les femmes ; la plupart représentent ce rapport par les chiffres 3 et i. C'est aussi, a très peu de chose près, celui qui résulte de la comparaison des nombres recueillis par l'administration de la justice. (Voy. le VII' tableau.) Ainsi sur les 52,126 suicides indiqués dans nos tableaux, 39,302 ont été commis par des hommes et

12,8*2^1 par des femmes, ce qui donne le rapport de 3,06 ai. Ce rapport, comme on doit s'y attendre , est loin d'être constant : on le trouvera d'autant plus variable qu'on opérera sur des nombres moins considérables, et embrassant une moindre étendue de pays. Ces exceptions ne servent d'ailleurs qu'a confirmer la règle précédemment établie. Car les faits individuels sont, par essence, aussi variables que les déterminations dépendantes de la liberté humaine. Aussi est il indispensable d'en recueillir un très grand nombre et de les comparer entre eux, lorsqu'on veut découvrir les lois générales auxquelles ils obéissent au moment de leur accomplissement. Cette méthode seule peut conduire a la vérité. Combien d'erreurs , fruits précoces de généralisations prématurées , ont été renversées par des observations plus nombreuses et plus longtemps prolongées?

Une erreur de ce genre a été mise en avant par M. Cazauvieilh dans son ouvrage sur le suicide, raliéncUion mentale et les crimes contre les jiersonnes. « Dans les villes, dit i!, les femmes se » distinguent par la mollesse de leur constitu-

SELON LES SEXiiS. 53

» lioD, la délicatesse de leurs sens et la prédo- » minance des facultés affectives , tandis que » dans les campagnes , elles ont le système » nerveux moins développé, plus de force h musculaire, un plus grand besoin d'une ali- » mentation abondante ; mais leurs sens sont » émoussés, leurs facultés affectives moins » actives, ce qui les rapproche davantage de la » constitution de l'homme. Deux conséquences » résultent de ce rapprochement de la constitu- » tion de la femme a celle de l'homme. » La première , qu'elle emploie les mêmes » moyens pour se détruire, comme nous » le verrons plus tard; la seconde, qu'il y » a moins de différence entre le nombre » des hommes et celui des femmes qui se ;) suicident dans les campagnes que dans les » villes : Ainsi sur 48 suicides effectués de 1819 » a 1833 dans le même canton, nous trouvons » 27 hommes et 21 femmes, ce qui établit le » rapport comme 4 h 3 (1) ». M. Cazauvieilh , étudiant le suicide sur une très faible échelle,

(1) Du suicide , de l'aliénation mentale , et des crimes contre les -personnes , par M. Cazauvicilli. Paris, 1849, p. 35.

a dû se trouver très embarrassé lorsqu'il s'est aperçu que ses chiffres étaient en désaccord avec l'opinion la plus généralement adoptée. 11 a donc cherché l'explication de celte différence dans des considérations physiologiques un peu forcées, qui prouveraient avec plus de force peut-être tout le contraire de ce qu'il leur demandait. Car nous avons peine k comprendre comment le développement exagéré du système nerveux, la délicatesse des sens, ou la prédominance des facultés affectives, pourraient diminuer le nombre des suicides chez les femmes qui habitent les villes. D'autant mieux que M. Cazauvieilh partage complètement l'opinion régnante parmi les médecins d'aliénés qui regardent le suicide comme le résultat d'une maladie du cerveau, et que ces causes doivent exercer une influence bien plus active sur l'encéphale que le développement exagéré de la force musculaire, et « cette modification » dans l'organisation des femmes de la campa- » gne, qui leur donne le caractère, les habi- » tudes, les mœurs, les besoins, les désirs et » les penchants de l'homme. »

Ne semblerait-il pas au contraire, si l'on s'en

tenait aux apparences et aux inductions théoriques, que le suicide chez les femmes devrait être pkis commun dans les villes où celles-ci sont exposées à tant de séductions, où des déceptions si cruelles les attendent? Et c'est ce qui arrive en effet, comme on le verra dans le tableau suivant (voy. le IX^ tableau). Malheureusement nous n'avons trouvé dans les comptes rendus de la justice criminelle aucune donnée positive sur la fréquence relative des suicides dans les villes et dans les campagnes. Pour y suppléer, nous avons partagé les départements en deux catégories distinctes, selon qu'ils renferment ou non des villes populeuses, et nous avons cherché a déterminer comment les morts volontaires se distribuent entre chacune de ces catégories. Enfin, pour rendre nos chiffres plus évidents, et donner plus de poids à notre démonstration, nous nous sommes contenté de prendre dans chacune d'elles quinze des départements qui remplissent le mieux les conditions indiquées.

IX'' TABLEAU. Rapport proportionnel du suicide entre les deux secces , dans les départements dont la population est agglomérée dans les villes et dans ceux où elle est disséminée dans les campagnes.

DEPARTEMENTS

POPULATION

POPULATION

agglomérée dans

les villes.

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