‹ Du suicideChapitre 25 sur 52 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Nous n'avons étudié jusqu'ici que les causes éloignées du suicide, les circonstances générales a la faveur desquelles ce penchant funeste se développe au sein de la société, s'étend, se propage et se vulgarise, pour ainsi dire, tous les jours. Nous avons trouvé dans des faits nombreux et concluants, dans des chiffres officiels embrassant toute la France pendant. une longue série d'années, nous avons trouvé, disons-nous, la preuve irrécusable que le nombre des suicides suit la même marche ascendante que la civilisation, qu'il augmente dans une proportion effrayante à mesure que l'instruction se répand au sein des masses, en même temps que les progrès de l'industrie et du commerce et l'accroissement de la fortune publique appellent un plus grand nombre d'individus à jouir d'un peu d'aisance et de bien-être. Ces chiffres si éloquents dénotent , au sein de cette société en

apparence si florissante , un malaise profond dont il importait singulièrement de bien apprécier les causes et l'étendue. C'est ce que nous avons essayé de faire dans le chapitre précédent, autant du moins que le comportait la question particulière que nous avions a résoudre.

11 nous reste maintenant à étudier les causes plus bornées qui, n'agissant que sur l'individu, sont, en réalité, le complément nécessaire des premières. Cette étude, dont l'importance ne saurait être contestée, rentre plus immédiatement dans le domaine de la médecine, et par suite dans les attributions de l'Académie. Ici encore cependant nous puiserons les éléments de nos recherches dans les comptes rendus de la justice criminelle. Ces comptes rendus renferment, depuis 1836, un tableau détaillé des motifs présumés, des causes au moins apparentes quela notoriété publique assignait à chacun des suicides que les procureurs généraux étaient appelés a constater. Bien des erreurs se sont sans doute glissées dans ces tableaux. Les véritables motifs des suicides ont dû échapper bien souvent aux investigations quelquefois très superticielles des officiers du parquet, surtout

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lorsqu'il s'agissait de quelqu'une de ces infirmités physiques ou morales qu'on cache soiiçneusement a tous les yeux. 11 a dû encore arriver bien souvent que les motifs indiqués n'ont pas agi seuls pour amener une détermination aussi funeste, et qu'ils en cachaient d'autres plus intimes dont l'existence aura passé inaperçue.

11 ne faudrait donc pas attacher une trop grande importance aux chiffres qu'on trouvera dans le tableau suivant. Ils sont vrais, mais ils ne représentent qu'une partie de la vérité. Aussi nous garderons-nous, dans les conclusions que nous en tirerons, d'affirmations trop positives qui pourraient être démenties par de nouvelles observations plus rigoureuses et plus exactes. Ces réserves bien établies, poursuivons nos recherches. L'ordre et la division adoptés dans leurs tableaux statistiques par les rédacteurs des comptes rendus de la justice criminelle sont loin d'être inattaquables, surtout pour des médecins. Cependant nous n'avons pas cru devoir le changer, désireux que nous sommes de conserver à nos chiffres tout leur caractère officiel.

DU SLicii)'.:. 105

Wl^ TABIjKAU. Des causes uccasionneUes du suicide. 1836-1852.

Motifs prùsninés Je» suiciiles. Hoinine>'. bemmes. Totaux.

Mis(!re 2,355 587 2,9i2

Affaires embarrassées, dettes. . . . 2,809 195 3,00Zi

Perte au jeu 157 1 158

Perte d'emploi 237 26 263

Perle de procès (et crainte de) . . . 137 19 156

Autres pertes 332 59 391

Crainte delà misère 26/4 55 319

Revers de fortune 280 ^5 325

Regrets d'avoir disposé de tout ou

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