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SECT. III. DES QUALITÉS INTELLECTUELLES

poésie, les mathématiques ou les beaux-arts, on voit leur talent se modifier avec l'âge et subir des transformations qui se succèdent à peu près constamment dans le même ordre. Ainsi, le mathématicien commence par des recherches de mathématiques pures ; il passe plus tard aux applications , au perfectionnement des méthodes ; puis enfin, à l'examen métaphysique de ces mêmes méthodes. Il manie d'abord hardiment l'arme du calcul ; il en examine ensuite le tranchant , et finit par en approfondir la théorie. Il semble que ce ne soit pas là l'ordre naturel des choses ; et pourtant on marche aussi , sans avoir appris d'abord la science de l'équilibre.

Le peintre , le statuaire , le musicien produisent, dans leurs débuts, des ouvrages plus brillants par la forme que solides par la pensée ; ils s'occupent ensuite de donner plus de style à leurs conceptions; leurs ouvrages sont mieux comMnés, plus savamment composés, mais souvent c'est aux dépens de la verve et de l'originalité.

Le talent poétique prend aussi plus ou moins tardivement son essor , selon le genre de composition dont on s'occupe. Le poète tragique dont les passions et une imagination vive sont les principaux éléments de succès, peut arriver plus tôt au complet développement de son talent.

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que le poète qui consacre son génie à la haute comédie et à la peinture des mœurs. 11 ne suffit pas en effet, pour ce dernier, d'avoir une imagination riche et de posséder parfaitement toutes les ressources de sa langue ; il doit avoir encore un puissant esprit d'observation, qui est l'apanage de l'âge mûr bien plus que de la jeunesse. Molière, lui-même, n'a commencé à produire ses œuvres capitales que vers l'âge de 46 ans , époque où il donna le Misanthrope , le Tartufe, l'Avare, le Bourgeois gentilhomme ; les Femmes savantes ne furent composées que vers la fin de sa vie.

L'imagination est donc l'une de nos facultés intellectuelles qui se développent les premières, l'observation et la réflexion dominent plus taré? et, plus tard encore, se manifeste le génie philosophique qui ne s'arrête plus à l'examen d'objets purement matériels, mais qui veut se rendre compte des principes des choses et s'enfoncer

dans toutes les abstractions métaphysiques.

Nous verrons bientôt que l'histoire des sciences assigne au développement de l'esprit humain , considéré de la manière la plus générale, les ^ mêmes phases qu'au développement de l'intelligence de l'individu. i

La mémoire est peut-être la faculté qui, dès notre enfance, se manifeste avec le plus d'inten-

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site. Néanmoins, si nous voulons faire un appel à nos premiers souvenirs, nous trouverons qu'ils ne remontent guère au delà de l'âge de trois à quatre ans. Cette faculté précieuse est un des éléments les plus essentiels pour l'acquisition de nos connaissances; c'est aussi l'un des éléments que nous perdons le plus tôt. La mémoire des noms semble • nous quitter la première ; et vers l'âge de quarante-cinq ans , beaucoup de personnes en font déjà la triste expérience.

La mémoire se développe plus tôt que l'imagination, qui ne fait que reproduire en quelque sorte les éléments acquis parla mémoire, pour en déduire ou des conceptions scientifiques ou des images que la littérature et les arts savent mettre à profit. La raison exige un temps plus long pour arriver à sa maturité.

On pourrait dire que le développement des facultés intellectuelles se fait successivement daijs un ordre toujours le même , chez les différents êtres de la création ; mais qu'il est plus ou moins complet , selon leur organisation plus ou moins parfaite. On ne saurait contester la mémoire aux animaux ; on peut leur refuser l'imagination et surtout le raisonnement.

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